got milk?
Révélations
Soumis par Ian le jeu, 27/12/2007 - 12:11.Suite aux rumeurs qui circulent sur le net selon lesquelles j'aurais des liens avec des groupuscules visant à dissuader ou convaincre les Français d'immigrer au Québec, il me semble indispensable de révéler les véritables motifs qui m'ont conduit à m'installer dans la Belle Province et à créer ce blog.
Mon aventure québécoise débuta en juillet 2000. Le ministère français de l'agriculture publia ce mois là un rapport d'étude de plus de 400 pages imprimées en Arial 9 points qui devait bouleverser les secteurs de l'alimentation et de la restauration. Se basant sur une observation et une analyse minutieuses du marché, celui-ci expliquait qu'après l'engouement de la population pour les pizzas, les paninis, les chiches-kebabs et les sushis, la poutine serait le prochain plat à la mode sur laquelle se jetteraient tous les habitants de l'Hexagone.
Fort de ce constat, le M.E.U.H. (mouvement des éleveurs ultra-hermétique), association clandestine et secrète régie par la loi 1901, convint au cours d'une assemblée générale extraordinaire qu'il fallait à tout prix envoyer un agent au Canada avec la mission de s'emparer de la recette du fromage en crottes. Fabriquer et vendre directement en France l'un des principaux ingrédients de la spécialité québécoise permettrait en effet d'engranger des revenus très importants, et il était indispensable de commencer la production avant que des filières s'organisent pour en importer d'outre-Atlantique. Pour mener à bien cet objectif, il fallait un homme de poigne, mêlant force de caractère, rudesse et intelligence, avec un sex-appeal à faire craquer la plus sévère des crémières. Le choix se posa tout naturellement sur ma personne qui, en plus de posséder toutes ces qualités, s'était rendue célèbre en démantelant un réseau de contrefaçon de vache qui rit en 1998.
Le 16 août 2000, je m'envolai donc vers le Québec, sous l'identité d'un simple étudiant en informatique suivant un programme d'échange à l'université de Montréal. Afin de crédibiliser davantage mon alibi, je décidai de créer le site que vous consultez actuellement afin de raconter mes aventures au quotidien, omettant évidemment tous les éléments liés à mon infiltration des milieux laitiers québécois. J'étais loin de me douter à l'époque que des investisseurs sans scrupules me voleraient mon idée de journal de bord en ligne et en feraient un immense succès commercial, rebaptisant le concept en "blog" au passage afin de faire croire qu'ils en étaient les inventeurs.
Pour en revenir à nos vaches, ma tâche d'espionnage fut bien moins aisée que je ne l'aurais cru. Mes nombreux voyages entre Montréal, la Mauricie et Warwick étaient exténuants. Les éleveurs québécois esquivaient par ailleurs mes questions indiscrètes avec une dextérité fascinante. Mes recherches auprès des bovins eux-mêmes furent également infructueuses en dépit de mes excellentes notes obtenues à l'école en meuglement langue seconde. Les employés des fromageries se montrèrent tout aussi taciturnes et abominablement méfiants. Il s'en fallut de peu que l'on ne retrouvasse mon corps sans vie gisant au fond d'un tank à lait.
A l'aide d'un savant dosage de psychologie et de Molson Export, je réussis cependant un soir de juin 2001 à extorquer la recette tant convoitée à un ingénieur d'une prestigieuse fabrique de fromage en grains. Celui-ci me donna en outre un petit bocal qui renfermait selon lui la bactérie utilisée pour donner à ce produit son inégalable texture qui le fait crisser sous la dent. Heureux d'être enfin récompensé de mes efforts, je partis quelques jours plus tard pour Paris afin de remettre le précieux butin à mes commanditaires, avant de jouir d'un repos et d'un chèque bien mérités.
Cette trêve bénie fut malheureusement de courte durée. Quelques semaines après avoir pris congé de mes employeurs, j'appris par la presse que l'on avait retrouvé le corps de tous les membres du M.E.U.H. à moitié dévoré gisant dans la salle de réunion de leur laboratoire secret du Larzac. L'examen des dépouilles révéla que ces derniers avaient trépassé suite à l'absorption du premier prototype de fromage en grain qu'ils venaient de produire. Les analyses de la fiole que m'avait donné l'ingénieur montrèrent que nous étions tous tombés dans un ignoble piège. Contre toute attente, celle-ci ne contenait pas un ingrédient miracle, mais un redoutable croisement de bifidus avec une forme foudroyante de la bactérie mangeuse de chair qui par chance n'était pas transmissible entre humains.
Dans les années qui ont suivi, j'ai essayé d'oublier cette tragique histoire et de refaire ma vie, mais j'étais sans cesse hanté par le visage de René, Alphonse, Marguerite et de tous les autres qui avaient payé cette mystification de leur vie. En septembre 2006, je suis finalement revenu au Québec afin de retrouver l'auteur de cet abominable crime et lui faire payer son acte. Bien qu'il m'ait fallu écumer des centaines de bars, d'étables, de fromageries et autres lieux sordides pour parvenir à mes fins, j'ai enfin pu remettre la main sur cet ingénieur maudit et l'attirer dans un traquenard. Au moment où je m'apprêtais à faire justice moi-même à l'aide d'un croc de boucher, j'ai cependant réalisé que la vengeance était une mauvaise chose, et j'ai préféré livrer l'odieux personnage aux autorités canadiennes.
A présent que tout est fini, je pourrais essayer de faire une croix sur cette histoire et rentrer en France, mais finalement je me plais bien au Québec. Je me suis fait des amis, je paye un loyer deux fois moins élevé qu'à Paris, et Montréal est une ville agréable. L'un des rares points négatifs avec le système de santé et le prix du fromage est que je me suis retrouvé au milieu d'une bagarre un peu vaine que se livrent depuis quelques années plusieurs sites d'immigrants français déçus ou béats de leur expérience. J'espère que ce récit aura fait comprendre à tout le monde que mon blog n'est qu'une couverture pour mes activités occultes et que je n'appartiens à aucun de ces deux camps.

