sciences naturelles
Sus aux maringouins
Soumis par Ian le ven, 22/06/2007 - 16:37.Samedi matin, Io et moi partons en camping dans la jungle de la Mauricie avec une douzaine de camarades de lutte. J'aimerais pouvoir promettre que je reviendrai intact de cette expédition insensée mais rien n'est moins sûr. Plus que les ours bruns dont j'arrive à calmer l'agressivité d'un simple regard foudroyant, ce sont mes retrouvailles avec les maringouins que je redoute le plus. Lors de mon dernier passage en ces lieux, ceux-ci avaient été tellement séduits par ma peau suave et délicate qu'ils l'avaient attaquée sans relâche pendant soixante-douze heures. A la fin de mon séjour, mes bras et mes jambes étaient si rouges et boursouflés qu'on aurait pu les confondre avec le visage d'un fan d'Amel Bent.
Il est pourtant hors de question que je rate un week-end de camping avec mes amis à cause d'une bande de créatures vrombissantes prouvant à elles seules l'inexistence d'un dieu miséricordieux. J'ai donc pris quelques mesures drastiques pour me préserver de leurs attaques :
1 : Porter des vêtements clairs
Les moustiques sont attirés par les couleurs sombres. Troquer mes éternels T-shirts noirs pour des tons plus vifs devrait réduire mon sex appeal auprès de ces bestioles.
Inconvénient : Je risque de passer pour un fan de skate.
2 : Me laver avec un savon et un shampoing à la citronnelle.
Il est de notoriété publique que l'odeur de la citronnelle écoeure les moustiques. M'en recouvrir de la tête aux pieds est un bon moyen de les faire fuir.
Inconvénient : L'odeur de la citronnelle fait aussi fuir ma blonde.
3 : M'enduire régulièrement d'aloe vera
Cette plante a le même effet répulsif pour les moustiques que la citronnelle.
Inconvénient : Inconnu pour le moment
4 : M'asperger de DEET
Ce produit désoriente totalement les maringouins et les mouches noires tout en inhibant leur instinct piqueur.
Inconvénient : Fait fondre le plastique, potentiellement cancérogène. A n'utiliser qu'en dernier recours.
5 : Appliquer de l'After Bite sur mes piqûres
J'aimerais ne pas avoir à me servir de ce dernier accessoire car cela signifierait que toutes les précautions évoquées ci-dessus se sont avérées inefficaces.
Inconvénient : Odeur d'ammoniaque encore plus répulsive que la citronnelle pour tout être humain pourvu d'un odorat fonctionnel.
Je ne manquerai pas de vous faire un bilan de l'efficacité de ces diverses méthodes si je survis.
Conte presque d’été
Soumis par Ian le lun, 18/06/2007 - 16:12.Jeannot Lapin habitait un terrier cossu situé à deux pattes du village des Schtroumpfs. Outre le nom on ne peut plus banal pour un léporidé dont l'avaient affublé ses parents, il se caractérisait par une pratique opiniâtre de la peinture artistique. Pas un jour ne s'écoulait sans qu'il ne fixe sur la toile l'oeil farouche d'un sanglier sur le point de charger un promeneur ou un flamboyant coucher de soleil sur les maïs génétiquement modifiés du champ d'à côté. Cette activité ne lui apportait néanmoins pas le moindre rond de carotte. Il dut donc se résoudre un jour à chercher un emploi afin de payer sa ration quotidienne de trèfles et son abonnement au câble Vidéotron.
Après quelques démarches infructueuses auprès de Walt Disney et de Pâques Industries, Jeannot trouva finalement un poste de concepteur de motifs de papier peint pour une filiale de Trois Petit Cochons Ltée. Le travail s'avéra assez ingrat. Alors qu'il avait l'habitude de choisir avec soin la toile sur laquelle il immortaliserait la scène émouvante d'un chasseur se tirant une balle dans le pied, il devait désormais se contenter d'un support rustre et irrégulier qui dénaturait et enlaidissait systématiquement toutes ses tentatives artistiques.
Le calvaire le plus dur à subir était toutefois sa collègue Ginette la Fouine. Celle-ci prenait très au sérieux son métier qui consistait à sonder les habitants de la forêt afin de définir le thème des papiers peints qui inonderaient prochainement tous les gîtes, terriers, nids et tanières de la contrée. Malgré un premier contact positif, Jeannot ne tarda pas à découvrir que sa collègue avait la sensibilité artistique d'un protozoaire, et qu'elle maîtrisait autant les techniques graphiques qu'il dansait bien le Charleston. Pire, elle était persuadée d'être une experte dans le domaine et se permettait de lui donner des leçons sur son propre métier alors qu'elle n'y comprenait rien. Si les ornements quétaines qu'elle avait imaginés pour une tapisserie étaient immondes après l'impression, c'était parce que Jeannot n'avait pas utilisé le bon crayon. Si ce dernier lui expliquait qu'il était impossible de simuler plusieurs couleurs avec seulement du noir, elle lui répliquait étonnée que c'était très facile et qu'il suffisait qu'il utilise correctement l'encre. Toute protestation était systématiquement interprétée comme de la mauvaise volonté.
Une telle association ne pouvait que provoquer de méchantes étincelles. Au bout de quelques mois, Jeannot ne pouvait plus imaginer la tête de Ginette la fouine autrement qu'en guise de trophée accroché au mur. Il ne supportait plus de dessiner des motifs d'hippopotames roses avec des ailes de chauve-souris volant sur un fond jaune fluo, ni de passer ses nuits à griffonner des milliers de fourmis différentes sur un gabarit parce que Ginette voulait que le papier peint ne se répète que tous les trente kilomètres. L'irritation de Jeannot atteignit son apogée lorsqu'il apprit que la plupart des habitants de la forêt trouvaient les papiers peints hideux mais qu'ils s'en contentaient parce que Ginette leur disait qu'il ne savait pas dessiner autre chose.
Au bord de la dépression et de la fouinicide, Jeannot finit par annoncer à sa chef Colette la Chouette qu'il ne supportait plus Ginette et qu'il souhaitait quitter la compagnie. Triste qu'il en arrive à cette extrémité et anxieuse de ne pouvoir trouver rapidement un nouveau dessinateur, elle lui demanda de rester en lui promettant d'arranger les choses. "Il y a forcément moyen de trouver un terrain d'entente, dit-elle. Nous ne sommes pas des humains". Jeannot accepta donc de faire pour le lendemain une liste des choses qu'il fallait faire pour améliorer l'atmosphère de travail, tandis que Ginette s'engagea à faire la même chose de son côté. Il avait toutefois l'impression que le point de non-retour était atteint, et qu'il était parfois plus sage d'achever le hérisson agonisant après s'être fait bousculer par une voiture que de s'acharner à lui faire du bouche à bouche.
Qu'auriez-vous fait à la place du lapin ?

