politique

Moral des prouts

"Il n'y a pas de guerre intestinale au sein du parti"
Mario Dumont dans le Journal Métropole

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Votez con

Selon les observateurs, le 6 mai dernier représente une effroyable déflagration politique qui nous plongera dans une dictature ignoble et sanguinaire, ou un extraordinaire renouveau démocratique qui redonnera à la France son statut de premier pays de l'univers qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Après avoir suivi assidûment la campagne pendant plusieurs semaines, je suis arrivé quant à moi au point ultime de saturation politique. L'accession au pouvoir d'un individu très porté sur la répression et le paternalisme me plonge certes dans un relatif désarroi, mais ce n'est rien comparé à la lassitude que je ressens après avoir observé le comportement de nombreux sympathisants et militants quel que soit leur bord.

Me battant pour préserver mon individualité depuis que j'ai quitté mon statut de gamètes, je ne parviens pas à comprendre que l'on renie son identité au point de se noyer dans une idolâtrie dans laquelle je n'oserais tremper l'ongle pour mon chanteur préféré. Les fanatiques arborant un T-shirt "I love Ségo" ou hurlant "Sarko président" à tue-tête jusqu'à briser leurs propres tympans en sont les symptômes les plus spectaculaires, mais pas forcément les plus déprimants.

Les plus choquants, ce sont ces gens de droite ou de gauche persuadés que leur argumentation provient de leurs fines observations et de leur incomparable sens de l'analyse alors qu'ils ne font que réciter comme des pantins les leçons répandues par le parti qu'ils ont choisi. Voir ces marionnettes justifier les attaques les plus abjectes lancées par leur camp alors qu'ils n'avaient pas de mots assez durs pour les dénoncer lorsqu'elles provenaient de celui d'en face me consterne. Les entendre crier à la calomnie quand on répand des rumeurs sur leur poulain alors qu'ils colportent eux-mêmes les pires ragots sur leur adversaire sans faire aucune vérification m'horripile. Je suis épuisé d'être catalogué selon l'orientation de mes interlocuteurs comme un salaud de droite ou un naïf de gauche à chaque fois que je pointe un raisonnement boiteux ou une information erronée.

Les gauchistes qui affirment redouter des émeutes alors qu'ils les souhaitent secrètement pour justifier leur position m'exaspèrent. Les droitistes qui pensent qu'il suffit d'alléger les taxes patronales pour éradiquer la misère me révulsent. D'où vient cette manie de réagir systématiquement en fonction d'une idéologie et non de son sens critique ? Est-il si compliqué de partager les idées d'un parti sans être dupe de ses excès démagogiques ? Faut-il avoir une intelligence hors du commun pour comprendre que comparer Nicolas Sarkozy à Hitler est abusif, ou que Ségolène Royal n'est pas vraiment une cruche ? A-t-on le droit de ne pas choisir son camp sans se faire mépriser ?

Je laisserai d'autres personnes répondre à ces questions car j'ai décidé de ne plus parler d'élections dans les mois ou années qui viennent. Ça me fait trop désespérer de l'être humain.

Heureusement que j'ai trouvé ce truc pour me détendre (Merci Micmac).

Volaille

Je reviens avec Io du collège Stanislas où nous avons voté pour le deuxième tour des élections présidentielles. Pour une raison que je me refuse à deviner, les bulletins que j'ai pris dans les deux piles désignaient le même candidat. Il a donc fallu que je retourne prendre deux nouveaux papiers en m'assurant qu'ils soient bien différents (en prendre un seul aurait nui à la discrétion du scrutin). Après avoir rempli mon devoir de citoyen, j'ai heureusement trouvé une utilité aux trois bulletins superflus :

Sarkokottes

Cela me semble symboliser assez fidèlement ce qui risque d'attendre les Français dans les mois qui viennent. Cot ! Cot ! Cot !

Réflexions sur un premier tour

Après une tentative balbutiante de live blogging, voici une petite synthèse du brunch présidentiel et des élections qui l'ont motivé. Nous étions une quinzaine de blogueurs au café Méliès, parmi lesquels Laurent, Philippe, Christophe, Isabelle, Christian et Véro. En raison de problèmes techniques, nous ne pouvions profiter de la télévision de l'establishment établissement. Laurent et Philippe ont heureusement installé un ordinateur portable relié à un grand écran afin que nous puissions suivre la soirée des résultats en streaming sur le site de France 24.

Alors que les Français sont très peu nombreux à suivre les élections québécoises ou canadiennes, j'ai été surpris que plusieurs clients locaux du café viennent nous demander si nous avions des résultats. Cet intérêt se retrouvait également dans les dias de la Belle Province. Le fait qu'une femme ait pour la première fois la possibilité de remporter une élection présidentielle française et que la personnalité de son adversaire soit très controversée ne semble pas étranger à ce phénomène.

Les résultats des élections proprement dites ne m'ont en revanche pas surpris. Bien que l'idée que Jean-Marie Le Pen puisse accéder au second tour me terrorisait, j'ai finalement estimé que cette hypothèse était peu probable pour trois raisons. La première est que beaucoup de personnes qui habituellement ne votent pas ou votent pour de petits partis allaient probablement se rabattre sur les grands candidats dans l'angoisse de revivre la catastrophe de 2002. La deuxième est que les électeurs de Le Pen ont compris qu'il aurait très peu de chances d'être élu même s'il se qualifie pour le second tour, et qu'ils préfèreraient donner leur voix à Sarkozy qui a plus de chances de gagner. La troisième est que de nombreuses personnes qui votaient pour Le Pen par lassitude de l'alternance droite/gauche mais ne partageaient pas ses idées allaient opter pour Bayrou.

Le score de Bayrou n'est pas non plus très étonnant. Si celui-ci a bénéficié des voix des sympatisants de droite jugeant Nicolas Sarkozy trop extrémiste et de socialistes n'arrivant pas à voir Ségolène Royal comme une femme de gauche, la crainte d'un deuxième tour soit avec Le Pen, soit avec deux candidats de droite a là aussi contraint certains dissidents à entrer dans le rang.

L'issue du second tour dépendra pour une bonne part du report des voix des deux principaux candidats éliminés. J'ai cependant du mal à imaginer l'un ou l'autre appeler explicitement à voter pour un candidat. Bayrou prendrait en effet un gros risque pour son avenir en choisissant un camp alors que toute sa stratégie consiste à clamer qu'il n'appartient à aucun d'eux (ou aux deux. Je ne sais pas, je ne sais plus). Je vois par ailleurs mal Le Pen appeler à voter pour Nicolas Sarkozy, qui a contribué à sa chute en venant chasser sur son territoire de l'immigration, de la sécurité et du nationalisme (à moins bien sûr d'avoir obtenu quelque chose en échange). Les partisans de ces deux ex-candidats seront-ils contraints de penser par eux-mêmes pour savoir pour qui voter ?

Du côté des éliminés, j'imagine que les partis de gauche vont appeler à faire barrage contre Nicolas Sarkozy, à l'exception bien sûr d'Arlette Laguiller, comme d'habitude. Reste à savoir si la consigne sera suivie ou si la tentation de l'abstention sera la plus forte. Je doute en revanche que les chefs de l'association des bénévoles du Puy du Fou et de l'amicale des flingueurs de lapins appellent à voter pour qui que ce soit.

Le second tour s'annonce aussi palpitant qu'angoissant.

Mise à jour :

Sacré Arlette, elle m'étonnera toujours.

Envoyé spécial

Comme prévu, je suis au café Méliès avec une quinzaine de blogueurs pour discuter du résultat des élections présidentielles françaises. Souffrant d'une honnêteté maladive, il me paraît indispensable d'avertir les visiteurs qui font exploser mes statistiques que je ne publierai ici aucune estimation avant 20h, heure française. Les chiffres sont de toute façon tellement contradictoires que ça ne vaut pas le coup de les transmettre.

Les 0,1 % des lecteurs qui s'intéressent à ma prose et non aux résultats peuvent régulièrement recharger ce billet dans lequel je compte poster mes réactions au fil de l'après-midi.

14h heure de Montréal. 20h heure de Paris. Résultats.

Première réaction : je suis content de ne pas avoir voté "utile".

Deuxième réaction : comme je le pensais sans trop l'espérer, Le Pen a souffert de la concurrence de Sarkozy et Bayrou, et se prend une bonne gamelle.

Sarkozy parle. Je suis épaté que l'on puisse dire aussi peu de choses concrètes en autant de mots. Révélation : Sarkozy a un coeur.

Le Pen est pas content. Faut dire qu'il nous prévoyait un nouveau 2002. Va-t-il se retirer de la vie politique ? "Nous avons gagné le combat des idées". Ce n'est pas Sarkozy qui dira le contraire.

Quand Bayrou a commencé son discours par "J'ai une bonne nouvelle", j'ai cru qu'on lui avait donné des résultats erronés. Comme il le rappelle judicieusement, de nombreux sondages le donnaient quatrième, derrière Le Pen. Cela n'empêchera pas de nombreuses personnes de croire aux prédictions de ces derniers pour le deuxième tour.

Ségolène Royal a vraiment du mal à s'exprimer en public. On devrait inventer un jeu dans lequel chacun boit une gorgée de bière lorsqu'elle dit "ordre juste" ou "conquérante".

Votez rétro

Alors ça, c'est une idée géniale.

Votez mutant

Enfin un outil pratique pour nous aider à voter. Merci, Kek.

Votez Muffin

Je serai dimanche 22 avril à midi au Café Méliès pour participer au brunch-blog-politique initié par Philippe Martin et Zelaurent. Histoire de me sentir appartenir à l'élite, je pourrais profiter de ce billet pour jurer avec des trémolos dans la voix que je ne publierai pas les résultats des élections en avance. C'est cependant inutile puisqu'à l'heure dite, toutes les personnes intéressées par ce pseudo-scoop seront en train de lire le blog de cet apprenti journaliste dont le nom m'échappe. C'est d'ailleurs le but recherché.

Votez futile

Dans moins d'une semaine se déroulera le premier tour des élections présidentielles françaises. Io et moi avons reçu il y a quelques jours le papier du consulat nous informant que nous pourrons voter à Montréal, dans un collège d'Outremont. Loin de jouer l'émigré dédaigneux ne souhaitant plus se mêler des affaires de son pays d'origine, je suis la campagne avec beaucoup d'attention. Je m'angoisse en effet un tantinet que deux candidats sur quatre susceptibles d'accéder au second tour ambitionnent de gouverner le pays à coups de matraque dans les gencives. Comme beaucoup de mes compatriotes qui ne veulent pas voir arriver ces individus au pouvoir, je bascule continuellement entre deux options.

La première consiste à voter pour l'un des deux candidats les mieux placés pour battre les ignobles individus évoqués ci-dessus. J'ai malheureusement aussi peu d'affinité avec la cheftaine scoute au sourire mécanique qu'avec le manchot qui se fait passer pour un ambidextre. La seconde option consiste à choisir parmi les candidats sûrs de perdre celui qui correspond le mieux à mes idées. Je ne vois malheureusement pas l'intérêt d'une telle tactique car elle n'enlèverait aucune chance à mes deux bêtes noires. Quel est le plus sage ? Voter stratégique pour éviter le pire ? Voter pour un parti avec lequel je partage une ou deux idées alors que mon idée principale est que je ne veux pas être dirigé ?

Embourbé depuis des semaines dans ces interrogations qui ne m'empêchent heureusement pas de dormir, je suis à la fois effrayé et fasciné par ces militants de la première ou dernière heure qui savent avec certitude qui est le meilleur candidat. Touchés par la grâce à la suite de je ne sais quelle expérience mystique, ils scandent les louanges de leur nouvelle idole, dans l'espoir de couvrir les hurlements du camp d'en face. Attribuant à leur poulain toutes les vertus imaginables, niant ou approuvant ses pires excès ou ses positions les plus démagogiques, ils se complaisent sans mesure dans un culte de la personnalité qui me cause des haut-le-coeur. Quel que soit leur coterie, ils jettent un regard méprisant sur leurs adversaires qui font forcément fausse route et ne méritent que du mépris. Parfois ils s'invectivent au détour d'un bar ou d'un blog, se jetant à la face des noms d'oiseaux que même leur champion n'oserait murmurer.

Que le monde doit être facile à appréhender pour ces fantômes accrochés à leur idole, se gargarisant de slogans comme "Désirs d'avenir", "La France de toutes nos forces" ou "Ensemble tout devient possible" comme s'ils avaient un sens. Qu'il doit être rassurant de confier ainsi l'avenir de son pays à un gourou sans avoir à s'encombrer d'un inopportun esprit critique. Cette impression de détenir la vérité et d'avoir enfin trouvé un sens à la vie doit être revigorante.

Du moins jusqu'au soir du 22 avril, où l'on apprend avec horreur que le messie a perdu.

Mac Donald démonté

Visiblement, José Bové est passé dans mon quartier.

Mac Donald démonté Mac Donald démonté

Oups, non. Je n'ai rien dit.

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