France
Français en difficulté, gros préjugés
Posté par Ian le jeu, 25/02/2010 - 11:32
Il y a quelques semaines, le magazine Marianne a reproduit sur son site web un billet du blog L'Hérétique qui explique qu'un couple de Français installé au Canada s'est vu refuser son renouvellement de permis de travail. Le gouvernement justifie sa décision en disant que leur fille handicapée représente une charge financière trop lourde pour la société canadienne. L'histoire est d'autant plus absurde que les deux Français ont suffisamment d'argent pour prendre en charge tous les soins médicaux de leur fille et se sont engagés à le faire. Bien que je partage la révolte de l'auteur, cette phrase m'a vraiment fait sortir de mes gonds :
"Les Canadiens sont favorables, d'après un sondage, à 70 % au rétablissement de la peine de mort, comme le rapporte le Scriptorium. A quand une majorité pour euthanasier les handicapés ?"
Premièrement, cette affirmation est fausse. D'après le sondage cité, ce n'est pas 70 % mais 62 % des Canadiens qui sont pour la peine de mort. Le seul chiffre que j'ai trouvé qui ressemble à celui énoncé est le 69 % de Québécois favorables à cette peine. Ce ne serait certes pas la première fois qu'un Français confond les paliers provincial et fédéral, mais l'auteur prouve qu'il est parfaitement conscient de cette nuance en disant que "Le Québec était pourtant tout prêt à les accueillir, mais l'échelon fédéral en a jugé autrement." Prendre des chiffres peu flatteurs du Québec, considéré comme le gentil de l'histoire, pour les attribuer au méchant Canada est un procédé plus que troublant.
Deuxièmement, l'auteur fait des rapprochements entre des sujets qui n'ont rien à voir entre eux : le refus d'un permis de travail pour un motif discutable et la peine de mort (les trois Français ne risquent pas la mort en rentrant en France, du moment qu'on ne leur fait pas prendre le Concorde) ; une décision du gouvernement canadien avec l'ensemble de la population canadienne (pour information, le parti conservateur actuellement au pouvoir n'a obtenu que 37,7 % des voix).
Ces associations absurdes ne pouvaient déboucher que sur une troisième aberration : émettre l'hypothèse que les Canadiens pourraient être favorables à l'euthanasie des handicapés. Je comprends qu'on puisse être choqué par la décision du Canada, mais il faudrait garder un léger sens de la mesure. J'imagine le scandale en France si un magazine canadien usait de la même rhétorique : "La France interdit le mariage aux homosexuels et expulse en masse les immigrés vers leur pays d'origine en guerre. À quand une expulsion des homosexuels français vers les pays en guerre ?"
Mise à jour
Malgré tout le mal que l'Hérétique voudrait que nous pensions des Canadiens, au moins deux médias locaux ont déjà pris la défense du couple français.
- La Gazette : Let the Barlagnes stay in Canada
- Who we are : Les Barlagne
Quand Libération tombe d'accord avec Sarkozy
Posté par Ian le dim, 14/02/2010 - 17:33
Crédit illustration
Il y a quelques jours, j'ai été intrigué par un billet de blog de Libération titré "Le Québec affiche son goût pour la diversité en France". La journaliste, Catherine Coroller, y raconte que le gouvernement de la Belle Province distribue devant la gare Montparnasse, à Paris, la brochure "Vous avez une place au Québec" dont le but est de recruter des immigrants francophones.
Manifestement subjuguée par le fait que deux des trois individus présents sur la photo de couverture semblent ne pas avoir d'origines gauloises, l'auteure se réjouit de cette "image souriante d'un pays accueillant", et souligne à quel point l'ouverture du Québec contraste avec la fermeture de la France qui "sépare deux jumelles marocaines, l'une ayant été expulsée ce matin, tandis que l'autre réussissait à échapper à l'arrestation".
J'ai sûrement un très mauvais esprit, mais lorsque je lis ce genre de comparaison, j'ai le réflexe d'en vérifier concrètement la pertinence. Je me suis donc amusé à remplir le formulaire d'"Évaluation préliminaire d'immigration" pour la jeune Marocaine qui a échappé à l'arrestation, au cas où elle voudrait s'installer au Québec. Pour ce faire, j'ai utilisé les informations livrées par les médias et inventé les éléments qui me manquaient en essayant de privilégier un peu la candidate.
Mauvaise nouvelle. Même avec une expression française avancée, un niveau d'anglais intermédiaire et en faisant sa demande de France, une femme de 18 ans qui n'a aucun diplôme et pas d'expérience professionnelle ne semble pas répondre aux critères de sélection du Québec. Si elle arrive à échapper à la police suffisamment longtemps pour finir son contrat d'apprentissage en restauration, la jeune Marocaine a en revanche ses chances, pour peu qu'elle réussisse à réunir les quelques milliers d'euros nécessaires pour les frais provinciaux et fédéraux, la visite médicale et le montant minimum d'installation. Un détail.
Bien sûr, il existe également un programme d'immigration pour les réfugiés, mais je doute que les résidants français puissent en bénéficier. Selon les accords Canada-Québec sur l'immigration, c'est d'ailleurs le fédéral et non le provincial qui détermine qui peut bénéficier de ce statut. Comme pour bon nombre de ses collègues français, cette nuance semble certes échapper à la journaliste, puisqu'elle confond les ministères de l'immigration canadien et québécois.
Bref, Catherine Coroller n'a visiblement pas compris que la campagne du Québec ne vise pas en priorité à accueillir les minorités opprimées en France, mais à recruter des personnes susceptibles de participer à l'économie de la Belle Province. Cette dernière ne fait finalement qu'appliquer la politique d'immigration choisie si chère à Nicolas Sarkozy et à laquelle, il me semble, la gauche dont se réclame Libération est farouchement opposée.
C'est le problème quand on récupère le moindre évènement pour servir une cause politique sans se documenter. On s'expose à soutenir le camp adverse sans s'en rendre compte.
La loi de la jungle
Posté par Ian le dim, 01/04/2007 - 17:05
La tendance agaçante de certains Français à la généralisation abusive ne me fait pas oublier que ce mal existe absolument chez toutes les nationalités, y compris chez les Québécois. J'ai pu valider cette théorie avec Io à l'aéroport d'Orly, quelques heures avant que nous nous envolions pour notre pays d'adoption. Alors que nous faisions la queue devant le comptoir d'enregistrement des bagages, j'ai entendu derrière moi deux personnes qui discutaient avec un accent tout à fait identifiable. En me retournant discrètement, j'ai aperçu un couple de Québécois qui rentraient sans doute chez eux après quelques jours de vacances à Paris. Cette escapade ne semblait pas avoir détendu le jeune homme, car il s'agitait comme un pantin en regardant de toutes les directions avec un agacement visible, tandis que sa blonde tentait de le calmer. J'ai rapidement compris l'origine de cette fébrilité.
Quatre files de voyageurs avançaient en parallèle, chacune étant jalonnée de deux comptoirs successifs. Le premier était tenu par un agent de sécurité qui vérifiait les passeports et posait quelques questions de routine, tandis que le second permettait d'enregistrer effectivement ses bagages et de les poser sur le tapis roulant qui les achemineraient aux soutes. Le flot de passagers n'était pas régulier. Il arrivait donc qu'un voyageur passe le premier comptoir alors que la personne qui le précédait n'avait pas encore fini ses démarches au second. Constatant parfois que le second comptoir de la file d'à côté était libre, de nombreux voyageurs se précipitaient dessus afin de gagner un peu de temps. Ce comportement étant présent dans toutes les files, on pouvait raisonnablement supposer qu'il avait globalement pour effet d'accélérer la vitesse des enregistrements. C'était cependant sous-estimer l'attachement de notre Québécois au respect des files d'attentes. Celui-ci trépignait à chaque changement de file et prenait à témoin sa compagne avec un air offusqué.
- Ils changent de file. C'est pas normal. Je vais le signaler !
- Laisse, lui répond sa compagne, ici, c'est comme ça que ça se passe, c'est des Français. C'est la loi de la jungle.
J'ai failli réagir à cette saillie à la portée anthropologique insoupçonnée en lui expliquant que l'on pouvait être Français et civilisé, mais je suis resté sans voix. Au summum de l'exaspération, le jeune Québécois est quant à lui parti voir un agent de sécurité pour lui dire qu'il y avait des gens qui faisaient rien qu'à doubler. Il est revenu de ce bref échange totalement atterré :
- Il m'a dit que ça ne posait pas de problème et qu'on pouvait faire pareil !
Sa compagne paraissait tout aussi profondément choquée par cet exemple insoutenable de la sauvagerie française.
C'est à ce moment qu'Io et moi avons pu passer au premier comptoir. Les démarches se sont passées en deux minutes, et nous devions attendre que le second comptoir encore occupé se libère. Sachant que nous étions largement en avance pour l'avion, nous n'avons pas jugé utile de changer de file pour prendre d'assaut le comptoir qui venait de se libérer à notre gauche. L'autre couple s'y est en revanche jeté immédiatement après avoir passé le premier comptoir.
C'est ainsi que deux Français forcément barbares qui ne voulaient pas trop se stresser ont enregistré leurs bagages cinq minutes après deux Québécois civilisés qui étaient à l'origine derrière eux.
La loi de la jungle, ça s'apprend vite.
Ça se dispute
Posté par Ian le mar, 20/02/2007 - 16:27
Parfois, je regrette de ne plus être en France, juste pour avoir le plaisir de discuter de certains événements devant la machine à café (source AFP).
Trois plaintes pour violences et insultes ont été déposées par des personnels navigants d'Air France contre l'animateur Jean-Luc Delarue à la suite d'"incidents" sur un vol Paris-Johannesburg le 13 février, a-t-on appris de sources concordantes, confirmant des informations parues dans la presse people.
(...)
L'animateur de France 2 aurait notamment insulté, mordu et donné une claque à un steward, selon Pierre Destuguès délégué syndical (Alliance PNC) qui a été en contact avec les personnels navigants du vol.
(...)
D'après la même source, l'animateur qui buvait du vin rouge, lançait des raisins en l'air sans réussir à les rattraper en vol avec sa bouche. M. Delarue aurait alors tenté de faire manger un raisin à un personnel navigant. Celui-ci, ne parvenant pas à le convaincre d'arrêter de boire, l'a "neutralisé" sur son siège jusqu'à l'atterrissage.
Précisons à l'attention de nos amis Québécois que Jean-Luc Delarue est un animateur télé au look de premier de la classe dont la crédibilité journalistique repose entièrement sur le port d'une oreillette.








