relations
Zizanie
Soumis par Ian le lun, 12/02/2007 - 18:52.Depuis une semaine, mes collègues et moi sommes un chouia stressés, car nous devons bientôt livrer une nouvelle version du logiciel sur lequel nous travaillons. En plus des classiques bugs apparaissant à la dernière minute, je dois composer avec un camarade programmeur très imbu de sa personne, tentant d'imposer une bibliothèque totalement inadaptée à nos besoins. Ayant gardé une grande confiance en l'intelligence humaine, en dépit de toutes mes expériences malheureuses, j'ai essayé en vain de le dissuader de cette bévue, en lui présentant méticuleusement mes arguments. Au lieu de répondre à ces dernier, celui-ci s'est hélas systématiquement réfugié dans les attaques personnelles, insinuant que je ne veux pas faire d'efforts ou que je suis psychorigide.
La situation s'est sensiblement dégradée vendredi matin, lors d'une réunion de synthèse. Alors que j'essayais une fois de plus de répondre aux attaques de mon contradicteur, dont la mauvaise foi commençait à me miner, j'ai oublié que j'ai tendance à élever la voix lorsque je défends mon point de vue avec conviction. Mon charmant collègue a bien sûr saisi cette occasion de me déstabiliser en m'expliquant que s'énerver ne servait à rien et que je devais rester calme, enchaînant sur un discours flamboyant sur la nécessité de respecter les opinions contradictoires.
Gêné d'avoir pu paraître agressif alors que ce n'était nullement mon intention, j'ai passé une bonne partie de l'après-midi à me reprocher de ne pas être capable de contrôler mon comportement. On m'avait pourtant prévenu à la session us et coutumes que les conflits ouverts étaient très mal vus au Québec. Le week-end a heureusement eu un effet bénéfique, et j'ai repris le travail lundi matin beaucoup plus sereinement. Je me disais que même si cette bibliothèque allait compliquer les choses, il valait peut-être mieux l'utiliser de la manière la plus intelligente possible plutôt que de perdre mon énergie à me battre contre son adoption qui semblait inéluctable.
L'après-midi, mon chef d'équipe qui partait en réunion m'a cependant expliqué qu'il avait réfléchi durant sa fin de semaine, et qu'il avait finalement envoyé un mail à mon camarade développeur et moi afin de nous demander de ne pas utiliser la bibliothèque en question. Après que mon collègue soit revenu de sa pause et se soit installé sur son ordinateur, il m'a demandé si j'avais lu le message que venait de nous envoyer le chef d'équipe, et j'ai répondu que oui.
Alors, très calmement, il a rangé ses affaires sans un mot et a quitté le bureau, trois heures plus tôt que d'habitude.
Je me suis dit que finalement, je ne gérais pas si mal les opinions contradictoires.
De la bise
Soumis par Ian le lun, 29/01/2007 - 17:55.Qu'elles soient françaises ou québécoises, de nombreuses personnes semblent penser que leurs cousins d'Outre-Atlantique ont une culture très proche de la leur, et que leur principale différence est de parler avec un accent bizarre. Cependant, cette illusion commence déjà à s'effriter lorsqu'une paire d'individus venant de chaque continent doit se dire bonjour. Deux hommes ne se tortureront certes pas trop l'esprit, et opteront naturellement pour une bonne poignée de main. Les deux autres cas de figures possibles (une femme rencontrant une femme, et une femme rencontrant un homme) impliquent toutefois de résoudre un dur dilemne : doit-on ou non se faire la bise ? C'est une excellente question, et je vous remercie de me l'avoir posée.
Bien que je ne dispose pas de statistiques précises pour étayer mes propos, je pense ne pas me tromper en affirmant que la majorité des français font la bise à tout les membres de leur famille proche. Je salue de cette manière mes parents, grands-parents, frères et soeur, mais pas le chat, car je suis allergique. Il est possible que cette pratique soit moins courante dans les très hautes sphères de la bourgeoisie où les enfants vouvoient leurs parents et où le père tutoie la bonne.
Dans le cercle des amis proches, l'usage veut que les filles se fassent la bise entre elles, ainsi que les filles et les garçons, mais pas les garçons entre eux. Il existe toutefois des garçons dont je fais partie qui font la bise à certains de leurs amis mâles sans que cela ne soit forcément révélateur d'un passé commun inavouable. Il arrive également que des collègues femmes ou de sexe opposé qui ont sympathisé ou qui travaillent dans une petite entreprise à l'ambiance familiale se fassent également la bise pour se dire bonjour. Cela reste toutefois assez rare, et je déconseille fortement aux Québécois arrivant en France de faire la bise à leur employeur potentiel lors de leur entretien d'embauche.
D'après les témoignages que j'ai recueillis, il semble que les Québécois fassent surtout la bise à des membres de leur famille proche. Même dans ce contexte, il paraît moins fréquent qu'en France que deux hommes se disent bonjour ainsi. Il est également plus rare que des amis se fassent la bise, à moins qu'ils se connaissent depuis longtemps. Une grande partie des immigrés français au Québec étant concentrés à Montréal, beaucoup de Québécois de la région se sont habitués à voir des Français faire la bise à tort et à travers et se prêtent eux-mêmes à l'exercice. Il reste toutefois quelques barrières solides. Un couple d'amis nous a ainsi offert à Io et moi un cadeau il y a quelques semaines. Io leur a fait la bise à tous les deux pour les remercier (autre coutume française bizarre), mais je l'ai seulement faite à la fille. J'ai tout de suite compris que le garçon préfèrerait périr par les flammes que coller sa joue contre la mienne, et je me suis contenté de la bonne poignée de main virile.
J'espère que ce petit résumé des us et coutumes québécois et français aura été autant utile aux uns qu'aux autres. Bien sûr, après avoir bien compris à qui l'on doit ou peut faire la bise, il reste deux interrogations angoissantes : "doit-on commencer par la joue droite ou la gauche ?" et "combien doit-on faire de bises ?". Ayant passé moins de deux ans à Montréal, je ne peux répondre pour les Québécois, pas plus que je ne peux répondre avec certitude pour la France, après y avoir vécu plus de trente ans.

