idiosyncrasie
Histoire de file
Posté par Ian le mer, 21/05/2008 - 12:07
À l'instar de leurs vieux amis anglais, les Québécois sont réputés dans le monde entier pour leur sacro-saint respect des priorités dans les files d'attente (la fameuse "ligne"), que ce soit devant l'arrêt d'autobus, la caisse des épiceries ou le guichet des administrations. Étant moi-même réfractaire à la méthode parisienne consistant à passer devant un maximum de personnes dans le but futile de gagner quelques minutes, j'ai pu me plier à cette exigence locale sans le moindre effort.
Il m'a en revanche fallu plusieurs mois pour assimiler quelques subtilités qui n'allaient pas d'elles-mêmes au départ. Contrairement à ce que j'avais pensé de prime abord, j'ai par exemple constaté que les personnes qui patientent sur les bancs ou dans les abris d'autobus situés en retrait sur le trottoir ne sont pas considérées comme faisant la queue. Ces dernières se placent en conséquence à la fin de la file lorsque le véhicule espéré arrive, même si elles attendent depuis plus longtemps que les autres. Une loi tacite plus étrange semble autoriser les vieillards à passer devant tout le monde sans besoin d'en faire la requête ou de formuler les moindres excuses ou remerciements.
À moins d'appartenir à la catégorie sus-citée, l'individu qui a le malheur de commettre un crime de lèse-file d'attente doit s'attendre à affronter une masse de regards hostiles, voire quelques propos désobligeants de leurs compagnons de voyage sur le thème du respect des règles et d'autrui. Il y a quelques temps, j'ai été témoin d'une scène hallucinante confirmant ce culte de l'ordre séquentiel.
Alors que j'avançais en file indienne avec de nombreux autres passagers vers l'entrée d'un bus qui venait de nous ouvrir ses bras, quatre personnes forcément plus pressées que les autres ont eu l'idée extravagante de pénétrer dans le véhicule par la porte de derrière, habituellement réservée uniquement à la sortie. C'était sans compter sur la vigilance de Super-Chauffeur qui s'est immédiatement manifesté :
"Merci de ne pas passer par derrière mais de faire la ligne comme tout le monde. Reste quatre personnes à descendre !"
J'ai un instant cru mal comprendre le but de la dernière phrase, mais mon interprétation s'est révélée exacte lorsqu'au bout de quelques secondes d'un silence gêné, un des voyageurs fautifs s'est finalement décidé à descendre du bus pour réintégrer la ligne.
"Reste trois personnes à descendre !", s'est alors exclamé Super-Chauffeur.
Il a ainsi continué son décompte jusqu'à ce que chaque contrevenant ait quitté le bus après un délai dépendant de son aptitude à résister à l'humiliation publique et de son espoir que son tortionnaire abandonne.
L'ordre divin ayant repris ses droits, le preux chevalier de la STM a finalement bouclé la boucle en criant :
"Bon, maintenant, ceux qui sont à l'avant du bus, merci de vous diriger vers l'arrière. Apparemment, il y avait assez de place pour quatre personnes".
Sweepstake et maths
Posté par Ian le mar, 22/01/2008 - 19:02
En traînant sur Internet au lieu de méditer sur les moyens de garantir la paix dans le monde et de faire fructifier mon argent, je suis tombé sur un billet de Boing Boing mettant en exergue une spécialité canadienne pour le moins troublante. Tout en restant silencieux sur le désarroi l'ayant conduit à de si vaines lectures, son auteur y explique que le règlement d'une loterie proposée par les cafés Starbucks à leurs clients oblige les vainqueurs résidant au Canada à répondre à une question mathématique pour obtenir leur prix.
Grâce à l'armée de recherchistes stagiaires qui donnent une caution journalistique à ce blog pour un coût modique, j'ai pu facilement obtenir les motifs de cette clause déconcertante. Celle-ci a en fait été créée afin de contourner le code criminel du Canada qui limite sévèrement les jeux de hasard nécessitant une contribution financière de leurs participants. Dans ce pays, quiconque se risque à faire miroiter la chance de gagner quelle que faveur que ce soit en échange d'une somme d'argent sans avoir obtenu la permission de l'État est coupable d'un acte criminel, et s'expose à des sanctions pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement. Le fait que ledit montant ait originellement servi à s'offrir une boisson abusivement nommée "café" ne fait pas exception.
Le gouvernement canadien étant curieusement plus enclin à s'associer avec les propriétaires de casinos et de machines à sous qu'avec les vendeurs de cappuccinos, les entreprises non spécialisées dans le dépouillement des joueurs pathologiques ont dû trouver une ruse pour pouvoir organiser légalement ces populaires sweepstakes qui attirent les consommateurs aussi sûrement que les présidents de la République attirent les mannequins aphones. Après de nombreuses séances de méditation et d'inhalations de plantes médicinales de Colombie, les experts en marketing ont finalement découvert que pour échapper aux foudres de la justice, il suffisait que leurs jeux ne dépendent pas à 100 % du hasard.
C'est la raison pour laquelle la plupart des compagnies canadiennes qui organisent des concours ajoutent systématiquement à leur tirage au sort cette fameuse question mathématique. Bien entendu, celle-ci s'avère soigneusement étudiée pour être la plus simple possible, dans le but que même un diplômé de l'ENSAM soit capable d'y répondre.
Le dernier point à élucider est de savoir pourquoi les cafés Starbucks excluent de leur concours tous les habitants de la province de Québec. Il faudra que j'en parle à mes stagiaires quand ils auront fini de dégager la neige de mon allée.
Café français
Posté par Ian le lun, 22/10/2007 - 16:32
Jeudi dernier, alors que je m'en allais quérir la pitance que mon entreprise m'autorise à avaler entre deux corrections de bug PHP, je suis tombé sur une soixantaine de personnes faisant du piquetage devant le Second Cup de l'avenue du Parc. Dans un premier temps, j'ai songé qu'elles revendiquaient des muffins plus gros ou du café non transparent, mais j'ai vite compris à leurs pancartes du style "Le français n'est pas négociable." que leur requête était plutôt d'ordre linguistique.
Un collègue québécois s'apprêtant à se joindre aux manifestants a confirmé cette hypothèse en m'expliquant qu'ils protestaient contre la décision de la chaîne de supprimer la mention "Les cafés" qui précède le "Second Cup" sur les enseignes de ses établissements. Le Mouvement Montréal français à l'origine de ce rassemblement sommait l'entreprise d'abandonner cette idée qui selon lui "compromet le visage français de Montréal et s’ajoute à d’autres facteurs d’anglicisation comme le bilinguisme des services publics et l’exigence indue de l’anglais sur le marché du travail."
En suppliciant mes synapses pour savoir si je devais considérer ces militants comme de graves intégristes de la langue française ou des valeureux gardiens de l'exception culturelle, j'ai réalisé que je touchais un point de divergence entre la France et le Québec qui n'avait rien d'un détail. Si une bande d'activistes se réunissait devant un supermarché Leader Price dans mon pays d'origine pour qu'il soit rebaptisé "Meilleur Prix", elle aurait en effet plus de chances de provoquer l'hilarité générale qu'une mobilisation. Bien que la majorité des Français estime qu'il est normal d'exiger que les modes d'emploi ou les emballages des produits soient écrits dans la langue de Mesrine, la plupart semblent considérer en revanche les marques commerciales comme des sortes de noms propres qui peuvent rester dans le patois de leur pays d'origine.
Dans la Belle Province, l'angoisse de se faire assimiler par les voisins anglophones est tellement présente que beaucoup de Québécois refusent de perdre le moindre bout de terrain. La charte de la langue française exige d'ailleurs que le nom des entreprises soit en Français. Il existe certes quelques exceptions, mais aucune ne semble autoriser Second Cup à perdre ses cafés. C'est sans doute en partie pour cette raison que la chaîne a annoncé le jour même de la manifestation qu'elle réviserait sa décision.
Anyway, ça ne bouleversera pas ma vie. Je prends mes capuccinos au café Étoilepiastre.
10 choses auxquelles je m’habitue parfaitement au Québec
Posté par Ian le dim, 11/03/2007 - 15:24
Le vrai service au public
En tant que Français, ancien Parisien de surcroît, j'apprécie d'être agréablement accueilli par la plupart des administrations publiques et des services client des entreprises. Il arrive bien sûr que l'on tombe sur des employés odieux, mais c'est relativement exceptionnel, alors qu'il semble bien que ce soit la règle dans mon pays d'origine.
Utiliser ma carte de paiement dans les supermarchés quel que soit le montant
La quasi-totalité des magasins français impose un montant minimum pour pouvoir payer par carte bancaire. Le système Moneo inventé pour combler cette lacune n'est pas du tout pratique. Au Québec, je peux sortir ma carte Interac même si mon achat se résume à trois boîtes de pâté à 49 sous pour Crapulax. Mieux, je peux demander à la caissière d'ajouter 40 $ à ma facture et me donner la différence en espèces.
Un environnement moins hostile
Lorsque l'on a vécu plus de dix ans dans la capitale française, les Montréalais passent pour des personnes très détendues. Les comportements stressants typiquement parisiens dans les transports en commun (blocage des portes du métro pour faire entrer les copains, personne nous poussant pour sortir du bus alors que celui-ci n'est pas arrêté et que l'on descend soi-même au prochain arrêt, ...) sont beaucoup moins fréquents ici.
Payer un loyer décent
A Paris, je payais plus de 1000 euros pour un appartement situé au seizième étage d'une tour qui en comptait 30, dans un quartier très bétonné. A Montréal, je paye un loyer deux fois moins élevé pour un appartement dans un bloc de trois étages entouré d'arbres et de pelouses. Ca change la vie.
Me sentir en sécurité
Quand on vient d'une ville française comme Paris, on a parfois l'impression que l'on peut se faire taper dessus pour un simple regard de travers (et mon expérience prouve que ce n'est pas qu'une impression). Il faut également être vigilant lorsque l'on retire de l'argent à un guichet dans un quartier touristique car les vols à l'arrachée sont fréquents. Je ne ressens pas ce besoin de vigilance constante au Québec.
L'interdiction totale de fumer dans les lieux publics
C'est un véritable bonheur de rentrer d'une soirée dans un bar sans avoir ses affaires qui empestent le tabac. Étant asthmatique, j'apprécie par ailleurs énormément de ne pas faire une crise au restaurant parce que son tenancier estime qu'un simple écriteau suffit à séparer un coin fumeur d'un coin non-fumeur.
Faire la queue devant l'autobus
L'attention particulière portée par la majorité des Québécois au respect des files d'attente est une bénediction. A Paris, j'ai toujours mal vécu la nécessité de contrôler mes arrières à chaque fois que je vais chercher mes croissants dominicaux à la boulangerie pour éviter qu'un rustre ne me passe devant.
Avoir un peu moins peur de me faire écrabouiller lorsque je traverse la rue
Il me semble que je me fais bien moins griller la priorité piéton depuis que je suis ici. Cela est toutefois loin d'être parfait, et il m'arrive encore trop souvent de pester contre des automobilistes prêts à risquer des vies humaines pour arriver 5 mn plus tôt chez eux.
Marcher les yeux vers l'horizon
Contrairement à Paris, où je devais prendre garde à chaque pas à ne pas marcher dans une crotte de chien, je peux désormais lever la tête et contempler les filles le paysage lorsque je marche dans la rue.
La neige
C'est mon deuxième hiver ici, et je ne me lasse pas du tout de la neige. C'est sans doute parce que je n'ai pas de voiture.
10 choses auxquelles j’ai du mal à m’habituer au Québec
Posté par Ian le mer, 28/02/2007 - 15:59
Les toilettes publiques vraiment publiques
Dans la plupart des collectivités publiques ou privées que j'ai pu visiter, les différentes cuvettes de toilettes ne sont pas séparées par un mur, mais par de simples cloisons placées à 30 centimètres du sol et mesurant environ 1m 50. Résultat, on peut voir les pieds de son voisin quand on est sur le trône, et on s'attend à chaque instant à voir un géant passer sa tête au dessus de ces dérisoires séparations pour faire coucou. Moi, ça me bloque.
Ne pas pouvoir mettre moi-même mes courses dans les sacs au supermarché
De nombreux magasins tels que Métro et IGA emploient spécialement des gens pour mettre les courses des clients dans des sacs plastiques à la sortie des caisses. Cette initiative part sans doute d'un bon sentiment, mais peut s'avérer assez gênante pour les personnes qui, comme moi, souhaitent ranger elles-mêmes leurs achats. Doit-on prendre le risque de blesser l'employé en lui disant que l'on souhaite se passer de ses services ?
Ne pas avoir de réponse quand je dis bonjour à mes voisins
En France, il est fréquent de dire bonjour à ses voisins dans l'ascenseur, même si on ne les connaît pas. Les personnes qui s'abstiennent de répondre passent généralement pour impolies. Il a fallu que je prenne plusieurs vents avant de comprendre que cette coutume n'a pas cours au Québec. La majorité des gens sont presque effrayés lorsqu'un inconnu les salue.
Les bâtiments trop chauffés en hiver et trop rafraîchis en été
Quelle que soit la saison, entrer ou sortir d'un édifice au Québec a toujours été pour moi l'occasion d'éprouver un violent choc thermique. La climatisation et le chauffage semblent systématiquement réglés trop forts. La température externe idéale pour un être humain est paraît-il comprise entre 22 et 24 degrés. Pourquoi ai-je l'impression que les bâtiments sont maintenus à 15 degrés en été et à 30 en hiver ?
Compter le nombre de transactions bancaires
Les banques québécoises facturent la plupart des transactions : paiement par carte, retrait d'espèces, émission d'un chèque, etc. Chaque compte inclut un forfait pour un nombre d'opérations gratuites, mais celui-ci est généralement peu élevé. Quand on a l'habitude des transactions illimitées, il faut une certaine vigilance pour ne pas enrichir involontairement son banquier et s'appauvrir par la même occasion.
Les immeubles sans treizième étage
Cette particularité architecturale fort fréquente à Montréal est un affront à mon côté rationnel, qui refuse que l'on interrompe une belle suite incrémentale pour une simple question de superstition.
Devoir attendre mon tour pour laver mon linge
Mon immeuble propose une laveuse et une sécheuse pour une douzaine d'appartements. Trouver un créneau durant lequel ces dernières ne sont pas utilisées est parfois difficile. Je pourrais certes investir dans une laveuse personnelle, mais pour une raison inconnue, le règlement de la propriété interdit aux locataires d'avoir une telle machine chez eux.
Les magasins qui ferment à 17h le samedi
Je ne compte plus les fois où je me suis retrouvé bloqué à l'entrée d'un magasin parce que j'ai oublié que ce dernier ferme plus tôt le samedi. Heureusement, beaucoup restent souvent ouverts plus tard qu'en France les autres jours de la semaine, ainsi que le dimanche.
Calculer les taxes
Bien que je me défende en calcul mental, j'ai encore du mal à ajouter dans ma petite tête les taxes non incluses sur les étiquettes de la plupart des produits dans les magasins. Il faut me comprendre. Ces dernières années, j'ai dû passer du franc au dollar canadien, du dollar canadien au franc, du franc à l'euro et de l'euro au dollar canadien. Je n'ai pas besoin qu'on en rajoute.
Manger des OGM
J'avoue que c'est surtout l'idée qui me gène. Les aliments transgéniques n'ont pas un goût différent des autres. Je vis juste dans l'angoisse permanente de me réveiller avec une paire de tentacules, ou des antennes à la place des yeux.
Brève V
Posté par Ian le mer, 24/01/2007 - 17:54
Je suis tombé sur une rubrique de about.com qui explique le sens de nombreux gestes français. Il est troublant de penser que ces codes que nous utilisons quasi-instinctivement ne sont pas du tout universels. Lecteurs québécois : y a-t-il des gestes de cette liste que vous ne connaissiez pas ? Y a-t-il des gestes que vous utilisez qui ne sont pas dans la liste ?
French Gestures - Gestes français - French Body / Sign Language
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