spécialité locale

Une proposition que l'on peut refuser

Lorsque Io et moi sommes arrivés au Québec en septembre 2006, une amie m'a suggéré d'emprunter la voiture d'un de ses amis français de retour au pays pour une période indéterminée. J'ai instinctivement repoussé cette offre car ce genre de véhicule représente pour moi davantage une source de pollution et de dépenses inutiles que l'accélérateur de vie sociale que certains pithécanthropes semblent y trouver.

Mon amie m'a rétorqué que sa proposition était la manière idéale de bénéficier des avantages d'une automobile sans ses inconvénients. L'investissement prohibitif nécessaire à l'acquisition d'un tel engin m'étant épargné, il me restait en effet uniquement l'essence à payer. Le véhicule me coûterait donc de l'argent uniquement quand je m'en servirais (si on omet le prix de l'assurance, la taxe annuelle d'immatriculation de 255$ et les frais de réparation en cas de panne éventuelle).

Elle ajouta que ce véhicule nous serait très utile pour notre installation dans notre appartement. La perspective de ramener chez nous les cinq étagères, les deux bureaux, le canapé, le lit, les deux tables de nuit, les deux tables à manger, les quatres chaises et la commode que nous nous apprêtions à acheter à Ikea en à peine trois fois plus d'aller-retour que si nous nous faisions livrer avait effectivement de quoi séduire.

Soupçonnant que mon scepticisme se fissurait, ma camarade a conclu en expliquant que la voiture était également un moyen de ne pas dépendre de ses amis pour rentrer de soirée, à condition bien sûr de ne pas boire puisque les lois canadiennes sur la conduite en état d'ivresse autorisent à peine la consommation d'un chocolat à la liqueur.

En entendant mon amie dérouler ainsi son argumentaire j'ai songé qu'elle cherchait au moins autant à se rendre service à elle-même qu'à nous. Son nouveau chum disposait en effet déjà d'une automobile et celle qu'on lui avait prêtée était devenue un poids. Dans ma grande bonté, je lui ai quand même promis de réfléchir à son offre. La procrastination aidant, je ne l'ai toutefois jamais rappelée, et nous nous sommes un peu perdus de vue depuis.

J'ai compris à quel point cet acte manqué était une bénédiction un soir d'hiver, alors que les dépanneuses braillaient dans la rue pour avertir de l'arrivée des déneigeuses. La ville de Montréal oblige en effet les automobilistes à déplacer régulièrement leur véhicule afin de faciliter le travail de ces machines. Si j'avais emprunté la voiture comme on me l'avait proposé, j'aurais été obligé de prendre le volant bien plus souvent que je ne le souhaite afin de suivre cette coutume locale, à moins de vouloir payer une amende ou la récupérer à la fourrière.

Pire, il m'aurait fallu à chaque fois passer une bonne dizaine de minutes dans le froid armé d'une pelle afin de dégager le véhicule de sa coque de neige avant de pouvoir le bouger. L'expression "tous les avantages sans les inconvénients" m'aurait alors paru très relative.

D'un autre côté, j'aurais peut-être des abdominaux musclés.
Voiture dans la neige

Sus aux maringouins

Samedi matin, Io et moi partons en camping dans la jungle de la Mauricie avec une douzaine de camarades de lutte. J'aimerais pouvoir promettre que je reviendrai intact de cette expédition insensée mais rien n'est moins sûr. Plus que les ours bruns dont j'arrive à calmer l'agressivité d'un simple regard foudroyant, ce sont mes retrouvailles avec les maringouins que je redoute le plus. Lors de mon dernier passage en ces lieux, ceux-ci avaient été tellement séduits par ma peau suave et délicate qu'ils l'avaient attaquée sans relâche pendant soixante-douze heures. A la fin de mon séjour, mes bras et mes jambes étaient si rouges et boursouflés qu'on aurait pu les confondre avec le visage d'un fan d'Amel Bent.

Il est pourtant hors de question que je rate un week-end de camping avec mes amis à cause d'une bande de créatures vrombissantes prouvant à elles seules l'inexistence d'un dieu miséricordieux. J'ai donc pris quelques mesures drastiques pour me préserver de leurs attaques :

1 : Porter des vêtements clairs
T-shirts clairs
Les moustiques sont attirés par les couleurs sombres. Troquer mes éternels T-shirts noirs pour des tons plus vifs devrait réduire mon sex appeal auprès de ces bestioles.
Inconvénient : Je risque de passer pour un fan de skate.

2 : Me laver avec un savon et un shampoing à la citronnelle.

Savon et shampoing à la citronnelle

Il est de notoriété publique que l'odeur de la citronnelle écoeure les moustiques. M'en recouvrir de la tête aux pieds est un bon moyen de les faire fuir.
Inconvénient : L'odeur de la citronnelle fait aussi fuir ma blonde.

3 : M'enduire régulièrement d'aloe vera

Aloe Vera

Cette plante a le même effet répulsif pour les moustiques que la citronnelle.
Inconvénient : Inconnu pour le moment

4 : M'asperger de DEET

DEET

Ce produit désoriente totalement les maringouins et les mouches noires tout en inhibant leur instinct piqueur.
Inconvénient : Fait fondre le plastique, potentiellement cancérogène. A n'utiliser qu'en dernier recours.

5 : Appliquer de l'After Bite sur mes piqûres

After bite

J'aimerais ne pas avoir à me servir de ce dernier accessoire car cela signifierait que toutes les précautions évoquées ci-dessus se sont avérées inefficaces.

Inconvénient : Odeur d'ammoniaque encore plus répulsive que la citronnelle pour tout être humain pourvu d'un odorat fonctionnel.

Je ne manquerai pas de vous faire un bilan de l'efficacité de ces diverses méthodes si je survis.

À table !

J'ai découvert à Montréal un mode de restauration que je n'avais jamais vu auparavant : les foires alimentaires. Le concept consiste à placer en un point stratégique d'une galerie commerciale quelques dizaines de tables et de chaises, et d'entourer ces dernières de comptoirs vendant les mets les plus divers. Cela fonctionne comme un self-service. Les lécheurs de vitrines affamés après avoir passé la matinée à arpenter le Canadian Tire ou le Zellers peuvent se procurer leur pitance au Subway ou Kojax local et s'installer à une table libre pour se repaître en toute quiétude. Ils peuvent ainsi repartir le ventre plein à l'assaut des Simons, Omer de Serre et autres Renaud-Bray jusqu'à la tombée de la nuit. Les tables mises ainsi à la disposition du public sont bien entendu exclusivement réservées aux personnes avalant les victuailles vendues sur place. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir dans ce genre d'endroit le pittoresque panneau "Merci de ne pas flâner." destiné à dissuader quiconque serait tenté de se reposer sans consommer. J'imagine que chaque restaurateur contribue financièrement à l'entretien du mobilier proposé aux clients. Le programmeur que je suis ne peut que s'extasier devant ce bel exemple de mutualisation des ressources.

Foire alimentaire

 

Haute gastronomie

Poutine presque maison.

Poutine

10 choses auxquelles je m’habitue parfaitement au Québec

Le vrai service au public

En tant que Français, ancien Parisien de surcroît, j'apprécie d'être agréablement accueilli par la plupart des administrations publiques et des services client des entreprises. Il arrive bien sûr que l'on tombe sur des employés odieux, mais c'est relativement exceptionnel, alors qu'il semble bien que ce soit la règle dans mon pays d'origine.

Utiliser ma carte de paiement dans les supermarchés quel que soit le montant

La quasi-totalité des magasins français impose un montant minimum pour pouvoir payer par carte bancaire. Le système Moneo inventé pour combler cette lacune n'est pas du tout pratique. Au Québec, je peux sortir ma carte Interac même si mon achat se résume à trois boîtes de pâté à 49 sous pour Crapulax. Mieux, je peux demander à la caissière d'ajouter 40 $ à ma facture et me donner la différence en espèces.

Un environnement moins hostile

Lorsque l'on a vécu plus de dix ans dans la capitale française, les Montréalais passent pour des personnes très détendues. Les comportements stressants typiquement parisiens dans les transports en commun (blocage des portes du métro pour faire entrer les copains, personne nous poussant pour sortir du bus alors que celui-ci n'est pas arrêté et que l'on descend soi-même au prochain arrêt, ...) sont beaucoup moins fréquents ici.

Payer un loyer décent

A Paris, je payais plus de 1000 euros pour un appartement situé au seizième étage d'une tour qui en comptait 30, dans un quartier très bétonné. A Montréal, je paye un loyer deux fois moins élevé pour un appartement dans un bloc de trois étages entouré d'arbres et de pelouses. Ca change la vie.

Me sentir en sécurité

Quand on vient d'une ville française comme Paris, on a parfois l'impression que l'on peut se faire taper dessus pour un simple regard de travers (et mon expérience prouve que ce n'est pas qu'une impression). Il faut également être vigilant lorsque l'on retire de l'argent à un guichet dans un quartier touristique car les vols à l'arrachée sont fréquents. Je ne ressens pas ce besoin de vigilance constante au Québec.

L'interdiction totale de fumer dans les lieux publics

C'est un véritable bonheur de rentrer d'une soirée dans un bar sans avoir ses affaires qui empestent le tabac. Étant asthmatique, j'apprécie par ailleurs énormément de ne pas faire une crise au restaurant parce que son tenancier estime qu'un simple écriteau suffit à séparer un coin fumeur d'un coin non-fumeur.

Faire la queue devant l'autobus

L'attention particulière portée par la majorité des Québécois au respect des files d'attente est une bénediction. A Paris, j'ai toujours mal vécu la nécessité de contrôler mes arrières à chaque fois que je vais chercher mes croissants dominicaux à la boulangerie pour éviter qu'un rustre ne me passe devant.

Avoir un peu moins peur de me faire écrabouiller lorsque je traverse la rue

Il me semble que je me fais bien moins griller la priorité piéton depuis que je suis ici. Cela est toutefois loin d'être parfait, et il m'arrive encore trop souvent de pester contre des automobilistes prêts à risquer des vies humaines pour arriver 5 mn plus tôt chez eux.

Marcher les yeux vers l'horizon

Contrairement à Paris, où je devais prendre garde à chaque pas à ne pas marcher dans une crotte de chien, je peux désormais lever la tête et contempler les filles le paysage lorsque je marche dans la rue.

La neige

C'est mon deuxième hiver ici, et je ne me lasse pas du tout de la neige. C'est sans doute parce que je n'ai pas de voiture.

10 choses auxquelles j’ai du mal à m’habituer au Québec

Les toilettes publiques vraiment publiques

Dans la plupart des collectivités publiques ou privées que j'ai pu visiter, les différentes cuvettes de toilettes ne sont pas séparées par un mur, mais par de simples cloisons placées à 30 centimètres du sol et mesurant environ 1m 50. Résultat, on peut voir les pieds de son voisin quand on est sur le trône, et on s'attend à chaque instant à voir un géant passer sa tête au dessus de ces dérisoires séparations pour faire coucou. Moi, ça me bloque.

Ne pas pouvoir mettre moi-même mes courses dans les sacs au supermarché

De nombreux magasins tels que Métro et IGA emploient spécialement des gens pour mettre les courses des clients dans des sacs plastiques à la sortie des caisses. Cette initiative part sans doute d'un bon sentiment, mais peut s'avérer assez gênante pour les personnes qui, comme moi, souhaitent ranger elles-mêmes leurs achats. Doit-on prendre le risque de blesser l'employé en lui disant que l'on souhaite se passer de ses services ?

Ne pas avoir de réponse quand je dis bonjour à mes voisins

En France, il est fréquent de dire bonjour à ses voisins dans l'ascenseur, même si on ne les connaît pas. Les personnes qui s'abstiennent de répondre passent généralement pour impolies. Il a fallu que je prenne plusieurs vents avant de comprendre que cette coutume n'a pas cours au Québec. La majorité des gens sont presque effrayés lorsqu'un inconnu les salue.

Les bâtiments trop chauffés en hiver et trop rafraîchis en été

Quelle que soit la saison, entrer ou sortir d'un édifice au Québec a toujours été pour moi l'occasion d'éprouver un violent choc thermique. La climatisation et le chauffage semblent systématiquement réglés trop forts. La température externe idéale pour un être humain est paraît-il comprise entre 22 et 24 degrés. Pourquoi ai-je l'impression que les bâtiments sont maintenus à 15 degrés en été et à 30 en hiver ?

Compter le nombre de transactions bancaires

Les banques québécoises facturent la plupart des transactions : paiement par carte, retrait d'espèces, émission d'un chèque, etc. Chaque compte inclut un forfait pour un nombre d'opérations gratuites, mais celui-ci est généralement peu élevé. Quand on a l'habitude des transactions illimitées, il faut une certaine vigilance pour ne pas enrichir involontairement son banquier et s'appauvrir par la même occasion.

Les immeubles sans treizième étage

Cette particularité architecturale fort fréquente à Montréal est un affront à mon côté rationnel, qui refuse que l'on interrompe une belle suite incrémentale pour une simple question de superstition.

Devoir attendre mon tour pour laver mon linge

Mon immeuble propose une laveuse et une sécheuse pour une douzaine d'appartements. Trouver un créneau durant lequel ces dernières ne sont pas utilisées est parfois difficile. Je pourrais certes investir dans une laveuse personnelle, mais pour une raison inconnue, le règlement de la propriété interdit aux locataires d'avoir une telle machine chez eux.

Les magasins qui ferment à 17h le samedi

Je ne compte plus les fois où je me suis retrouvé bloqué à l'entrée d'un magasin parce que j'ai oublié que ce dernier ferme plus tôt le samedi. Heureusement, beaucoup restent souvent ouverts plus tard qu'en France les autres jours de la semaine, ainsi que le dimanche.

Calculer les taxes

Bien que je me défende en calcul mental, j'ai encore du mal à ajouter dans ma petite tête les taxes non incluses sur les étiquettes de la plupart des produits dans les magasins. Il faut me comprendre. Ces dernières années, j'ai dû passer du franc au dollar canadien, du dollar canadien au franc, du franc à l'euro et de l'euro au dollar canadien. Je n'ai pas besoin qu'on en rajoute.

Manger des OGM

J'avoue que c'est surtout l'idée qui me gène. Les aliments transgéniques n'ont pas un goût différent des autres. Je vis juste dans l'angoisse permanente de me réveiller avec une paire de tentacules, ou des antennes à la place des yeux.

Escapade au carnaval

Samedi dernier, Io et moi sommes allés au Carnaval de Québec avec Stéphane (que je connais de mon premier séjour à Montréal) et sa femme Fanny (une bonne amie de Florence). Nous nous sommes promenés toute la journée dans la vieille ville, notre parcours étant ponctué d'une dégustation de tire d'érable sur la neige, de glissades sur bouée et de découvertes de statues de neiges et de glace. Nous avons conclu notre balade en assistant au fameux défilé. Cette escapade nous a fait beaucoup de bien, car c'est la première fois que nous quittions Montréal depuis notre arrivée au Québec.

Vous pouvez découvrir la galerie complète (merci à Supergab et Mat pour leurs conseils avisés :-) ).

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Brève II

Le délicat sujet des pourboires et du service non inclus au Québec, vu du côté du serveur et de la cliente.

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