santé
Les virus ne passeront pas
Soumis par Ian le ven, 27/04/2007 - 13:21.Depuis des temps immémoriaux, je souffre d'une sorte de rhinite chronique se manifestant plus ou moins violemment selon les périodes. Si j'achetais encore des mouchoirs de marque Kleenex, il n'y aurait sans doute déjà plus de forêt boréale. Ce matin, le mal était particulièrement virulent. Je n'arrêtais pas d'éternuer et de me moucher. Au bout d'une heure à ce régime, le collègue avec lequel je partage une cloison de mon cubicle a fait le tour du pâté de bureaux pour venir me parler :
- Visiblement, tu es trop malade pour venir travailler, m'a-t-il dit.
- Non, ce n'est rien, lui ai-je répondu. J'ai tout le temps le nez pris.
- Je dis ça parce parce que tu n'arrêtes pas de tousser et de te moucher, c'est des allergies, de l'asthme ?
- J'ai toujours eu le nez sensible. Il y a peut-être beaucoup de pollution aujourd'hui.
- En tout cas, je te souhaite bon courage parce que tu tousses beaucoup, a-t-il conclu avant de retourner à sa place.
Devenant avec le temps un expert en double-langage québécois, l'idée m'est venue que mon interlocuteur ne s'était pas déplacé pour compatir à mon triste état, mais dans le but de me transmettre un message. J'ai d'abord pensé que j'extériorisais trop bruyamment l'inflammation de mes muqueuses, et que ceci l'empêchait de se concentrer sur son travail. Pendant les minutes qui ont suivi, je me suis donc appliqué à me moucher, tousser ou éternuer le plus discrètement possible afin de ne point dépasser son seuil de tolérance sonore. Bien que je n'aie pas totalement écarté la première hypothèse, j'ai ensuite trouvé une autre raison qui aurait pu motiver sa visite : la lutte acharnée des Québécois contre les germes infectieux.
En France, les employés venant travailler malades comme des chiens suscitent souvent l'admiration de leurs collègues et de leurs supérieurs pour leur productivité et leur volonté de ne pas grever le budget de la sécurité sociale. Au Québec, ce genre d'individu semble plutôt considéré comme un vecteur de contamination. Cet hiver, ma chef d'équipe a ainsi convaincu plusieurs de mes acolytes malades de rentrer chez eux pour se reposer, en insistant sur le fait qu'il était inutile de provoquer une épidémie. En rejoignant leurs pénates, ces derniers ne risquaient d'ailleurs pas de passer pour des profiteurs se tournant les pouces aux dépends de la communauté, puisque les congés maladie ne sont pas rémunérés au Québec. La société pour laquelle je travaille soutient par ailleurs ce combat contre les bactéries en placardant dans les toilettes et dans les salles de repas des affiches expliquant comment se laver les mains avec un maximum d'efficacité.
On pourrait répliquer que cet acharnement contre les micro-organismes est sûrement propre à mon employeur et n'est pas représentatif du Québec. On retrouve toutefois cette préoccupation ailleurs. Lorsque l'on se rend chez un médecin généraliste ou spécialiste, il n'est par exemple pas rare de tomber sur un écriteau invitant les patients qui toussent à demander un masque à l'accueil. Encore plus fort, le CLSC de mon quartier dispose dans sa salle s'attente d'un espace clos spécialement réservé aux personnes ayant une maladie supposée contagieuse. La clinique de mon médecin traitant demande quant à elle aux visiteurs de laisser leurs chaussures à l'entrée de l'établissement et d'enfiler des espèces de chaussons en toile bleu clair qui me rappellent tellement l'hôpital que je préfère rester en chaussettes.
Et dire qu'avec toutes ces précautions, il y a encore des gens qui trouvent le moyen de tomber malade !
Malédiction oculaire
Soumis par Ian le dim, 25/03/2007 - 14:28.Il existe manifestement une loi divine visant à ce que je ne garde pas mes lunettes intactes au Québec. En novembre 2000, je brisais les deux verres de ces dernières en m'asseyant sur ma veste où je les avais rangées cinq minutes plus tôt. La mésaventure qui m'est arrivée hier soir ne laisse à première vue aucun doute sur l'intervention de puissances occultes, à défaut d'oculistes. Alors que j'étais impliqué dans une partie endiablée de taboo avec des amis, j'ai soudain eu la velléïté démente de nettoyer mes verres de lunettes à l'aide du bas de mon pull. En dépit de mes efforts pour la ménager, la monture s'est soudainement brisée en son milieu, me laissant avec deux morceaux de lunettes quasiment symétriques, aussi indépendants qu'inutilisables. Bien que cette perspective me branche modérément, je suis sorti aujourd'hui dans l'optique de trouver un commerçant susceptible de ressouder ces deux éléments. Malheureusement, aucun opticien de mon quartier n'est ouvert le dimanche. J'ai cru entrevoir mon salut dans la boutique de lunettes du Zellers de Plaza Côtes-des-Neiges, mais c'était loupé. Une employée à l'orgelet proéminent m'a en effet affirmé sans ciller que la réparation était impossible. Elle aurait pu faire un effort, je ne lui demandais pas de me la faire à l'oeil.
Mon doigt aux urgences
Soumis par Ian le sam, 11/11/2006 - 16:06.En faisant la vaisselle vendredi soir, j'ai joué involontairement les prolongations de spasm. Alors que je frottais énergiquement l'intérieur d'un verre dont la gueule était légèrement fendillée, un petit morceau triangulaire s'en est détaché, laissant une pointe acérée qui s'est copieusement enfoncée à la base de mon index droit. Mon doigt était bien entaillé, et j'ai regretté de ne pas disposer d'une caméra pour filmer le sang qui coulait à flot, ce qui m'aurait permis de postuler pour la prochaine édition du festival.
Pour arranger les choses, l'accident s'est produit vers 20h30, alors que le CLSC de notre quartier avait fermé depuis une demi-heure. Ne sachant pas si l'état de mon doigt nécessitait ou non une intervention, Io a appelé le 911 pour demander conseil. Son interlocuteur lui a immédiatement demandé de fournir notre numéro de téléphone et notre adresse, ce qu'elle a fait, tout en précisant qu'elle souhaitait simplement un renseignement. Au fil de la conversation, elle a toutefois réalisé que l'employé avait déjà commandé une ambulance. Contrairement à la France, où les agents du numéro des urgences peuvent rediriger l'appelant vers un médecin de garde s'ils jugent le problème peu grave, il semble que le 911 doive être utilisé uniquement si c'est une question de vie ou de mort. Io a heureusement réussi a annuler le taxi jaune qui m'était destiné.
Sur les conseils de l'agent du 911, nous nous sommes finalement rendus à l'Hôpital Général Juif de Montréal qui se trouve à vingt minutes à pied de chez nous. Nous habitons juste à côté de l'Hôpital Sainte-Justine, mais celui-ci est exclusivement destiné aux enfants. La première étape de notre parcours consistait à nous présenter dans la salle de tri des urgences. Une femme qui attendait déjà avec son mari nous a expliqué que nous devions prendre une fiche sur une petite étagère et l'insérer dans une sorte de pointeuse afin de conserver notre tour. Au bout d'une demi-heure, après m'être honteusement fait doubler deux fois par des malotrus au bord de la mort, j'ai pu faire admirer mon doigt à la docteure. Celle-ci a rempli une fiche et me l'a tendue avec une carte plastique portant le chiffre 8, qui m'a semblé être un numéro de tour.
Nous nous sommes ensuite rendus dans une grande salle dans laquelle attendait une vingtaine de personnes. Après avoir présenté ma carte de RAMQ et ma fiche au guichet des enregistrements je me suis assis avec Io, me doutant que je devrais au minimum attendre une bonne heure avant de pouvoir rencontrer un interne. Deux heures plus tard, nous avions eu l'occasion de voir passer plusieurs spécimens pathologiques et accidentels fort intéressants, mais on ne m'avait toujours pas appelé. J'en venais à me demander si ma blessure était si grave, ou s'il était possible de rentrer chez nous et improviser un pansement avec du scotch et quelques Kleenex. Par chance, ma plaie ne me faisait quasiment pas mal.
Vers 1h00, une infirmière a clamé mon nom. Elle nous a amenés, Io et moi, à une salle de soin où nous avons dû attendre encore une bonne demi-heure. L'infirmière est revenue nous voir, mais c'était juste pour nous demander de changer de salle, la notre devant servir à un autre patient (le mot prenant ici tout son sens). Elle s'est montrée à nouveau une demi-heure plus tard en disant qu'elle était vraiment désolée. Pensant qu'elle faisait allusion à notre attente et que l'on allait enfin me soigner, je lui ai répondu soulagé que ce n'était pas grave. En fait, elle s'excusait parce qu'elle devait à nouveau nous déplacer pour revenir à la salle précédente. Vers 2h10, un interne est toutefois venu s'occuper de moi. Après quelques injections d'anesthésie dans mon index, il m'a recousu en faisant quatre points de suture, ce qui prouvait au moins que je n'étais pas venu pour rien. L'opération a duré une vingtaine de minutes.
Je n'étais toutefois pas au bout de mes peines, car il fallait que j'attende qu'une infirmière me fasse une piqûre antitétanique (je ne me souvenais plus de la date de mon dernier rappel). Celle-ci s'est acquittée de cette tâche une demi-heure plus tard, et à 3h15 du matin, nous avons enfin quitté l'hôpital, plus de six heures après y être entrés.
Les personnes ayant le coeur assez accroché pour manger au KFC ou écouter un disque entier de Raphaël sans vomir peuvent admirer ma blessure de guerre.


