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ici et là bas

Férié, c’est pou !

Les travailleurs québécois ne sont pas gâtés côté vacances. La loi ne leur garantit qu'un minimum de deux semaines de congés payés par an, contre cinq pour les français. Pire, ces derniers bénéficient de 10 jours fériés dans l'année contre seulement 8 pour leurs cousins de la Belle Province. Avant de crier à l'injustice pour ce second point, il faut rappeler qu'au Québec, si un jour férié tombe un samedi ou un dimanche, les salariés le récupèrent en prenant un congé le vendredi précédent ou le lundi suivant. Ce n'est pas le cas en France où il est définitivement perdu. Pour savoir exactement qui des Québécois ou des Français ont le plus de jours fériés, il faudrait perdre beaucoup de temps à effectuer des calculs complexes, tout cela pour obtenir un résultat inutile et dérisoire. Nous allons donc nous y atteler sur le champ.Commençons par poser les éléments du problème. Par souci de simplification, je me tiendrai au régime général, en m'abstenant de citer les jours fériés supplémentaires auxquels ont droit les habitants de la Moselle ou les banquiers.

Comme évoqué plus haut, il y a huit jours fériés garantis au Québec :

  • 1er janvier (Nouvel an)
  • Vendredi Saint ou lundi de Pâques, au choix de l’employeur
  • Lundi qui précède le 25 mai ("Fête de Dollard", ou "fête de la Reine")
  • 24 juin (Fête nationale du Québec)
  • 1er juillet (Fête du Canada)
  • 1er lundi de septembre (Fête du travail)
  • 2e lundi d’octobre (Action de grâces)
  • 25 décembre (Fête de la surconsommation)

Les 10 jours fériés de la France sont les suivants :

  • 1er janvier (gueule de bois)
  • Lundi de Pâques
  • 1er mai (Fête du travail)
  • 8 mai (Victoire de 1945)
  • Jeudi de l'Ascension
  • 14 juillet (Fête nationale)
  • Assomption
  • 1er novembre (Toussaint)
  • 11 novembre (Armistice de 1918)
  • 25 décembre (Fête de la rediffusion du "Père Noël est une ordure")

Parmi ces jours fériés, seulement deux sont garantis : Le Jeudi de l'Ascension et le Lundi de Pâques. Il en existait un troisième (le Lundi de Pentecôte), mais il n'est plus chômé depuis 2005, suite à une incroyable pirouette politique que je ne commenterai pas ici. Tous les autres jours dépendent du hasard. Une année pouvant commencer par n'importe quel jour de la semaine et être bissextile ou non, il existe 14 combinaisons différentes. Grâce à mes extraordinaires talents de programmeur qui m'obligent à rejeter chaque jour plusieurs offres d'emploi de Google et Microsoft, j'ai écrit en quelques secondes un script permettant de compter pour chaque année le nombre de jours fériés intéressants, c'est à dire ne tombant pas un samedi ou un dimanche :

Année non bissextile :

  • commençant le Lundi : 8 jours
  • commençant le Mardi : 9 jours
  • commençant le Mercredi : 9 jours
  • commençant le Jeudi : 8 jours
  • commençant le Vendredi : 6 jours
  • commençant le Samedi : 6 jours
  • commençant le Dimanche : 8 jours

Année bissextile :

  • commençant le Lundi : 9 jours
  • commençant le Mardi : 9 jours
  • commençant le Mercredi : 8 jours
  • commençant le Jeudi : 6 jours
  • commençant le Vendredi : 7 jours
  • commençant le Samedi : 8 jours
  • commençant le Dimanche : 7 jours

On observe que les Français bénéficient au maximum d'un jour ferié de plus que les Québécois, et qu'ils peuvent en avoir jusqu'à deux de moins (maudite année 2005). Cela ne répond toutefois pas totalement à notre question, puisque chaque combinaison n'a pas la même probabilité d'apparaître que les autres. J'ai donc fait une moyenne des vrais jours fériés entre 2007 et 2036 (un bug de PHP m'empêchant d'aller plus loin), et je suis arrivé à un résultat de 7.72. On peut donc estimer que durant les 30 prochaines années, les Québécois auront en moyenne 0,28 jours fériés de plus que les Français.

Étonnant, non ?

Les virus ne passeront pas

Depuis des temps immémoriaux, je souffre d'une sorte de rhinite chronique se manifestant plus ou moins violemment selon les périodes. Si j'achetais encore des mouchoirs de marque Kleenex, il n'y aurait sans doute déjà plus de forêt boréale. Ce matin, le mal était particulièrement virulent. Je n'arrêtais pas d'éternuer et de me moucher. Au bout d'une heure à ce régime, le collègue avec lequel je partage une cloison de mon cubicle a fait le tour du pâté de bureaux pour venir me parler :

- Visiblement, tu es trop malade pour venir travailler, m'a-t-il dit.
- Non, ce n'est rien, lui ai-je répondu. J'ai tout le temps le nez pris.
- Je dis ça parce parce que tu n'arrêtes pas de tousser et de te moucher, c'est des allergies, de l'asthme ?
- J'ai toujours eu le nez sensible. Il y a peut-être beaucoup de pollution aujourd'hui.
- En tout cas, je te souhaite bon courage parce que tu tousses beaucoup, a-t-il conclu avant de retourner à sa place.

Devenant avec le temps un expert en double-langage québécois, l'idée m'est venue que mon interlocuteur ne s'était pas déplacé pour compatir à mon triste état, mais dans le but de me transmettre un message. J'ai d'abord pensé que j'extériorisais trop bruyamment l'inflammation de mes muqueuses, et que ceci l'empêchait de se concentrer sur son travail. Pendant les minutes qui ont suivi, je me suis donc appliqué à me moucher, tousser ou éternuer le plus discrètement possible afin de ne point dépasser son seuil de tolérance sonore. Bien que je n'aie pas totalement écarté la première hypothèse, j'ai ensuite trouvé une autre raison qui aurait pu motiver sa visite : la lutte acharnée des Québécois contre les germes infectieux.

En France, les employés venant travailler malades comme des chiens suscitent souvent l'admiration de leurs collègues et de leurs supérieurs pour leur productivité et leur volonté de ne pas grever le budget de la sécurité sociale. Au Québec, ce genre d'individu semble plutôt considéré comme un vecteur de contamination. Cet hiver, ma chef d'équipe a ainsi convaincu plusieurs de mes acolytes malades de rentrer chez eux pour se reposer, en insistant sur le fait qu'il était inutile de provoquer une épidémie. En rejoignant leurs pénates, ces derniers ne risquaient d'ailleurs pas de passer pour des profiteurs se tournant les pouces aux dépends de la communauté, puisque les congés maladie ne sont pas rémunérés au Québec. La société pour laquelle je travaille soutient par ailleurs ce combat contre les bactéries en placardant dans les toilettes et dans les salles de repas des affiches expliquant comment se laver les mains avec un maximum d'efficacité.

On pourrait répliquer que cet acharnement contre les micro-organismes est sûrement propre à mon employeur et n'est pas représentatif du Québec. On retrouve toutefois cette préoccupation ailleurs. Lorsque l'on se rend chez un médecin généraliste ou spécialiste, il n'est par exemple pas rare de tomber sur un écriteau invitant les patients qui toussent à demander un masque à l'accueil. Encore plus fort, le CLSC de mon quartier dispose dans sa salle s'attente d'un espace clos spécialement réservé aux personnes ayant une maladie supposée contagieuse. La clinique de mon médecin traitant demande quant à elle aux visiteurs de laisser leurs chaussures à l'entrée de l'établissement et d'enfiler des espèces de chaussons en toile bleu clair qui me rappellent tellement l'hôpital que je préfère rester en chaussettes.

Et dire qu'avec toutes ces précautions, il y a encore des gens qui trouvent le moyen de tomber malade !

Retour à l’envoyeur

Ce matin, j'ai reçu ceci par l'intermédiaire de mon blog :

VOUS ÊTES DEPUIS TROP LONGTEMPS AU QUÉBEC SI :

  • Vous mettez «lâ lâ » à chaque fin de phrase.
  • Vous dites « la bus, la job et je m’en vâ!! ».
  • Vous connaissez le nom d’une ville québécoise autre que Montréal et Québec.
  • Vous trouvez qu’il n’y a pas assez d’étrangers au Québec.
  • Vous avez compris que le terme illimité n’a rien d’illimité.
  • Vous ne dites plus bonjour aux gens que vous connaissez.
  • Vous parlez en dollars et plus en euros.
  • Vous n’êtes pas sûr de rentrer avec votre femme chaque fin de soirée.
  • Vous amenez votre bière quand on vous invite et vous repartez avec la bière qui reste.
  • Vous avez oublié le goût d’un bon fromage.
  • Vous avez compris que le Super C n’a rien de super.
  • Quand vous payez 11$ pour une piquette, vous pensez avoir fait une bonne affaire.
  • Vous mettez un tee-shirt dés qu’il fait 5 degrés.
  • Vous dinez au plus tard à 17 h.
  • Vous dites soccer au lieu de football.
  • Vous balancez vos collègues qui copient à l’examen.
  • Vous ajoutez 15% à tous les prix même ceux en euros.
  • Vous vous demandez si en France les appels entrants étaient payants.
  • Vous vous ne rappelez plus l’effet d’être dans un train.
  • Vous ne cherchez plus l’embrayage quand vous conduisez.
  • Vous ne draguez plus dans la rue de peur de finir en prison pour harcèlement.
  • Vous trouvez que 20 minutes de PUB chaque 10 minutes de film c’est normal.
  • Vous apportez votre vin au restaurant.
  • Vous apprenez avec surprise aux infos de TQS que Marie-Claude a retrouvé son chat.
  • Vous partez à la pharmacie pour acheter des timbres et des gâteaux.
  • Vous pensez à prendre rendez-vous chez le médecin pour le rhume de l’hiver prochain.
  • Vous avez compris que les bourses d’études ne sont pas pour vous.
  • Vous savez que beaucoup de québécois qui vont lire ce mail vont mal le prendre mais c’est pas grave.
  • Vous avez compris que les sourires de la serveuse sont pour le pourboire mais pas pour vous.

ATTENTION : les phrases suivantes sont réservées à un public AVERTI et non Québécois

  • Quand vous tombez sur un film en québécois vous changez de chaine.
  • Vous avez enfin compris que vous n’étiez pas le bienvenu et qu’il faut se dépêcher de rentrer chez vous.
  • Vous commencez à douter que le français soit une belle langue.
  • Vous trouvez que Marie-Claude, Geneviève et Marc-André sont des jolis prénoms.
  • Vous comprenez pourquoi les français ont abandonné le Québec.
  • Vous comprenez que les québécois cools sont ceux qui sont déjà partis à l’étranger.
  • Vous avez un ami québécois.

Après avoir lu cet e-mail, tu décides de l'envoyer à d'autres amis ETRANGERS en te disant qu'il n'y a pas de raison qu'ils n'aient pas aussi une petite déprime comme toi, en pensant au temps qui leur reste au Québec.

Ce texte était accompagné d'un message signé par quatre inconnus vraisemblablement québécois disant qu'ils ne trouvaient pas ça drôle. Je ne sais pas pourquoi ils m'ont envoyé ce truc puisque je n'en suis pas l'auteur. Plutôt que de se complaire dans le rôle du patriote blessé au risque de démontrer qu'ils n'ont pas le sens de l'humour, je pense en revanche qu'ils auraient dû tester à leur tour celui des Français qui ont rédigé ce texte. C'est ce que je me propose de faire immédiatement en vous en offrant une version spécialement dédiée aux expatriés québécois.

VOUS ÊTES DEPUIS TROP LONGTEMPS EN FRANCE SI :

  • Vous ajoutez des "quoi" et des "tu vois" à chaque fin de phrase.
  • Vous dites "le bus", "le taf" et "j'me casse !"
  • Vous connaissez le nom du sénateur de votre département.
  • Vous trouvez qu'il y a trop d'étrangers en France.
  • Vous cherchez instinctivement les clauses écrites en corps 9 avec une petite astérisque quand on vous fait signer un contrat.
  • Vous parlez dans le dos de vos connaissances.
  • Vous parlez en francs et plus en dollars.
  • Vous ne sortez plus avec votre femme car c'est son rôle de garder les enfants.
  • Vous plombez l'ambiance des soirées en lançant un sujet politique.
  • Vous avez oublié la texture du fromage en grains.
  • Vous vous demandez d'où vient le mot "Leader" dans "Leader Price".
  • Quand vous payez 20 euros pour 50 centilitres de sirop d'érable dans une bouteille en forme de feuille, vous pensez avoir fait une bonne affaire.
  • Vous vous plaignez de la météo quelle qu'elle soit.
  • Vous baisez au plus tôt à 23h.
  • Vous dites "tupéroire" au lieu de "tupperware".
  • Vous ne dénoncez pas vos voisins qui battent leur enfant.
  • Vous recomptez toujours la monnaie que vous rendent les commerçants.
  • Vous vous demandez si au Québec, les communications locales passées entre téléphones fixes étaient payantes.
  • Vous ne vous rappelez plus l'effet d'être dans un grand appartement.
  • Vous vous garez systématiquement en double file.
  • Vous comprenez "oui" quand une fille vous dit "non".
  • Vous trouvez normal de payer une redevance télévisuelle annuelle de 100 euros pour des chaînes que vous ne regardez pas.
  • Vous apportez votre chien au restaurant.
  • Vous pensez que PPDA est un journaliste.
  • Vous achetez vos timbres fiscaux au bureau de tabac.
  • Vous avancez l'argent pour payer votre généraliste.
  • Vous avez compris que les bourses d’études ne sont pas pour vous.
  • Vous savez que beaucoup de Français qui vont lire ce mail vont mal le prendre mais c’est pas grave.
  • Vous avez compris que la serveuse vous fait la gueule parce que le service est inclus dans la facture quoiqu'il arrive.
  • Pour suivre l'actualité du Québec, vous n'allez plus sur http://www.cyberpresse.ca/ mais sur http://www.mauditfrancais.com/

ATTENTION : les phrases suivantes sont réservées à un public AVERTI et non français :

  • Quand vous tombez sur un téléfilm français vous changez de chaîne.
  • Vous avez compris que vous serez éternellement considéré comme un bûcheron ou un éleveur de caribous.
  • Vous avez compris que la langue officielle de la France est le verlan.
  • Vous pensez que Brenda, Jason et Stephen sont de très jolis prénoms.
  • Vous comprenez pourquoi les Algériens ont éjecté les Français.
  • Vous comprenez que les Français cools sont ceux qui sont déjà partis à l’étranger.
  • Vous avez un ami parisien.

Après avoir lu cet e-mail, vous décidez de l'envoyer à d'autres amis ÉTRANGERS en vous disant qu'il n'y a pas de raison qu'ils n'aient pas aussi une petite déprime comme vous, en pensant au temps qu'il leur reste en France.

10 choses auxquelles je m’habitue parfaitement au Québec

Le vrai service au public

En tant que Français, ancien Parisien de surcroît, j'apprécie d'être agréablement accueilli par la plupart des administrations publiques et des services client des entreprises. Il arrive bien sûr que l'on tombe sur des employés odieux, mais c'est relativement exceptionnel, alors qu'il semble bien que ce soit la règle dans mon pays d'origine.

Utiliser ma carte de paiement dans les supermarchés quel que soit le montant

La quasi-totalité des magasins français impose un montant minimum pour pouvoir payer par carte bancaire. Le système Moneo inventé pour combler cette lacune n'est pas du tout pratique. Au Québec, je peux sortir ma carte Interac même si mon achat se résume à trois boîtes de pâté à 49 sous pour Crapulax. Mieux, je peux demander à la caissière d'ajouter 40 $ à ma facture et me donner la différence en espèces.

Un environnement moins hostile

Lorsque l'on a vécu plus de dix ans dans la capitale française, les Montréalais passent pour des personnes très détendues. Les comportements stressants typiquement parisiens dans les transports en commun (blocage des portes du métro pour faire entrer les copains, personne nous poussant pour sortir du bus alors que celui-ci n'est pas arrêté et que l'on descend soi-même au prochain arrêt, ...) sont beaucoup moins fréquents ici.

Payer un loyer décent

A Paris, je payais plus de 1000 euros pour un appartement situé au seizième étage d'une tour qui en comptait 30, dans un quartier très bétonné. A Montréal, je paye un loyer deux fois moins élevé pour un appartement dans un bloc de trois étages entouré d'arbres et de pelouses. Ca change la vie.

Me sentir en sécurité

Quand on vient d'une ville française comme Paris, on a parfois l'impression que l'on peut se faire taper dessus pour un simple regard de travers (et mon expérience prouve que ce n'est pas qu'une impression). Il faut également être vigilant lorsque l'on retire de l'argent à un guichet dans un quartier touristique car les vols à l'arrachée sont fréquents. Je ne ressens pas ce besoin de vigilance constante au Québec.

L'interdiction totale de fumer dans les lieux publics

C'est un véritable bonheur de rentrer d'une soirée dans un bar sans avoir ses affaires qui empestent le tabac. Étant asthmatique, j'apprécie par ailleurs énormément de ne pas faire une crise au restaurant parce que son tenancier estime qu'un simple écriteau suffit à séparer un coin fumeur d'un coin non-fumeur.

Faire la queue devant l'autobus

L'attention particulière portée par la majorité des Québécois au respect des files d'attente est une bénediction. A Paris, j'ai toujours mal vécu la nécessité de contrôler mes arrières à chaque fois que je vais chercher mes croissants dominicaux à la boulangerie pour éviter qu'un rustre ne me passe devant.

Avoir un peu moins peur de me faire écrabouiller lorsque je traverse la rue

Il me semble que je me fais bien moins griller la priorité piéton depuis que je suis ici. Cela est toutefois loin d'être parfait, et il m'arrive encore trop souvent de pester contre des automobilistes prêts à risquer des vies humaines pour arriver 5 mn plus tôt chez eux.

Marcher les yeux vers l'horizon

Contrairement à Paris, où je devais prendre garde à chaque pas à ne pas marcher dans une crotte de chien, je peux désormais lever la tête et contempler les filles le paysage lorsque je marche dans la rue.

La neige

C'est mon deuxième hiver ici, et je ne me lasse pas du tout de la neige. C'est sans doute parce que je n'ai pas de voiture.

10 choses auxquelles j’ai du mal à m’habituer au Québec

Les toilettes publiques vraiment publiques

Dans la plupart des collectivités publiques ou privées que j'ai pu visiter, les différentes cuvettes de toilettes ne sont pas séparées par un mur, mais par de simples cloisons placées à 30 centimètres du sol et mesurant environ 1m 50. Résultat, on peut voir les pieds de son voisin quand on est sur le trône, et on s'attend à chaque instant à voir un géant passer sa tête au dessus de ces dérisoires séparations pour faire coucou. Moi, ça me bloque.

Ne pas pouvoir mettre moi-même mes courses dans les sacs au supermarché

De nombreux magasins tels que Métro et IGA emploient spécialement des gens pour mettre les courses des clients dans des sacs plastiques à la sortie des caisses. Cette initiative part sans doute d'un bon sentiment, mais peut s'avérer assez gênante pour les personnes qui, comme moi, souhaitent ranger elles-mêmes leurs achats. Doit-on prendre le risque de blesser l'employé en lui disant que l'on souhaite se passer de ses services ?

Ne pas avoir de réponse quand je dis bonjour à mes voisins

En France, il est fréquent de dire bonjour à ses voisins dans l'ascenseur, même si on ne les connaît pas. Les personnes qui s'abstiennent de répondre passent généralement pour impolies. Il a fallu que je prenne plusieurs vents avant de comprendre que cette coutume n'a pas cours au Québec. La majorité des gens sont presque effrayés lorsqu'un inconnu les salue.

Les bâtiments trop chauffés en hiver et trop rafraîchis en été

Quelle que soit la saison, entrer ou sortir d'un édifice au Québec a toujours été pour moi l'occasion d'éprouver un violent choc thermique. La climatisation et le chauffage semblent systématiquement réglés trop forts. La température externe idéale pour un être humain est paraît-il comprise entre 22 et 24 degrés. Pourquoi ai-je l'impression que les bâtiments sont maintenus à 15 degrés en été et à 30 en hiver ?

Compter le nombre de transactions bancaires

Les banques québécoises facturent la plupart des transactions : paiement par carte, retrait d'espèces, émission d'un chèque, etc. Chaque compte inclut un forfait pour un nombre d'opérations gratuites, mais celui-ci est généralement peu élevé. Quand on a l'habitude des transactions illimitées, il faut une certaine vigilance pour ne pas enrichir involontairement son banquier et s'appauvrir par la même occasion.

Les immeubles sans treizième étage

Cette particularité architecturale fort fréquente à Montréal est un affront à mon côté rationnel, qui refuse que l'on interrompe une belle suite incrémentale pour une simple question de superstition.

Devoir attendre mon tour pour laver mon linge

Mon immeuble propose une laveuse et une sécheuse pour une douzaine d'appartements. Trouver un créneau durant lequel ces dernières ne sont pas utilisées est parfois difficile. Je pourrais certes investir dans une laveuse personnelle, mais pour une raison inconnue, le règlement de la propriété interdit aux locataires d'avoir une telle machine chez eux.

Les magasins qui ferment à 17h le samedi

Je ne compte plus les fois où je me suis retrouvé bloqué à l'entrée d'un magasin parce que j'ai oublié que ce dernier ferme plus tôt le samedi. Heureusement, beaucoup restent souvent ouverts plus tard qu'en France les autres jours de la semaine, ainsi que le dimanche.

Calculer les taxes

Bien que je me défende en calcul mental, j'ai encore du mal à ajouter dans ma petite tête les taxes non incluses sur les étiquettes de la plupart des produits dans les magasins. Il faut me comprendre. Ces dernières années, j'ai dû passer du franc au dollar canadien, du dollar canadien au franc, du franc à l'euro et de l'euro au dollar canadien. Je n'ai pas besoin qu'on en rajoute.

Manger des OGM

J'avoue que c'est surtout l'idée qui me gène. Les aliments transgéniques n'ont pas un goût différent des autres. Je vis juste dans l'angoisse permanente de me réveiller avec une paire de tentacules, ou des antennes à la place des yeux.

Des élections partout

Le 26 mars prochain, les Québécois sont appelés aux urnes pour élire leurs nouveaux députés. Le Premier ministre Jean Charest a en effet signé aujourd'hui le décret de dissolution de l'Assemblée nationale. À la vue des affiches électorales qui se répandent à Montréal depuis quelques jours, je pensais que la nouvelle avait déjà été annoncée, mais il s'agissait en fait de l'oeuvre de quelques militants zélés et prévoyants.

Le Québec comporte 125 circonscription, correspondant à autant de députés. Chacun d'eux est élu à l'issue d'un scrutin majoritaire à un seul tour. Traditionnellement, le chef du parti qui a eu le plus grand nombre de voix devient Premier Ministre et se voit chargé de former un gouvernement.

En France, c'est un peu plus compliqué. Dans ce pays, les 577 députés sont élus lors d'un scrutin majoritaire à deux tours. Ne sont investis à l'issue du premier que les candidats ayant obtenu la majorité absolue. Le deuxième tour permet de départager les candidats restants. Lors de celui-ci, seule la majorité relative est nécessaire, mais il faut avoir au minimum obtenu 12,5 % des voix au premier tour pour y participer. Le Premier Ministre est désigné par le Président de la République en fonction du résultat des élections, et n'est pas forcément le chef du parti majoritaire.

Je ne sais pas quand je voterai pour les prochaines élections législatives en France, mais il est certain que je n'élirai pas le député de la circonscription de Mont-Royal en mars prochain. Je n'aurai effectivement pas le droit de vote tant que je n'aurai pas obtenu la citoyenneté canadienne.

Ce n'est pas plus mal. Je ne connais pas encore assez la politique québécoise pour choisir un candidat, et j'ai déjà bien du mal à me décider pour les élections présidentielles françaises en avril prochain.

Sources

La guerre des francisations

En France comme au Québec, il existe des organismes publics chargés de défendre le français. Une de leurs nombreuses missions est de proposer des traductions officielles dans la langue de Molière pour remplacer les anglicismes, tous plus ou moins barbares. Dans la Belle Province, ce rôle est assuré par l'Office québécois de la langue française (OQLF). Créé le 24 mars 1961 et composé de huit membres nommés par le gouvernement pour au plus cinq ans, celui-ci gère notamment le site granddictionnaire.com, qui permet de prendre connaissance des termes officiels. Dans l'Hexagone, c'est la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), créée en 1989, et plus particulièrement la Commission générale de terminologie et de néologie (Cogeter) qui s'acquittent de cette tâche délicate. Elle est constituée de dix-neuf personnes. Le président est nommé par le Premier ministre, treize membres sont désignés par le Ministre de la Culture, et les cinq derniers en font automatiquement partie de par le poste qu'ils occupent (grabat perpétuel à l'académie Française ou des Sciences, etc.) Ces sommités publient régulièrement leurs nouvelles prescriptions linguistiques dans le Journal Officiel et proposent également un site pour consulter les traductions officielles.

Pour des raisons inconnues, il semble malheureusement que la Cogeter souffre en permanence d'un retard de plusieurs années par rapport à l'OLQF, du moins dans le monde de l'informatique. L'organisme français a par exemple proposé dans le journal officiel du 15 décembre dernier une traduction officielle du terme podcasting, alors que son homologue québécois avait déjà suggéré un équivalent en octobre 2004. Pire, alors que l'OQLF avait choisi d'utiliser le néologisme baladodiffusion, qui a selon moi le mérite de tenir en un seul mot et d'être facile à retenir, la Cogeter a de son côté opté pour le terme diffusion pour baladeur. On peut légitimement se demander s'il n'aurait pas été plus simple de reprendre directement l'expression proposée par le Québec, plutôt que de perdre deux ans de plus à pondre une si lourde périphrase. Il semble malheureusement que cette attitude soit totalement incompatible avec la haute estime en laquelle se tiennent les membres de l'organisme français. Cette arrogance est loin de plaire aux membres de l'OFLQ. Sur la page de granddictionnaire.com dédiée à la baladodiffusion, on peut ainsi lire que la traduction proposée par la France n'a pas été retenue en raison de "sa forme trop descriptive, plus difficilement implantable, de son inaptitude à produire des dérivés adéquats et d'une concurrence inutile avec le terme baladodiffusion, déjà utilisé par un grand nombre d'usagers du Québec et de la francophonie", ce que l'on peut traduire sobrement par '"on est tannés de ces crisses de maudits Français, ostie". Souvent, cet acharnement de la Cogeter à rejeter le travail de l'OFLQ confine vraiment au ridicule. En 1999, la première a ainsi proposé de substituer frimousse au terme smiley, alors que la seconde avait déjà suggéré le mot binette en 1995.

La Cogeter tend en outre à se spécialiser dans les périphrases interminables. Elle a par exemple proposé de traduire webmaster par administrateur de site (webmestre au Québec) et chat par dialogue en ligne (clavardage). Il me paraît pourtant évident que plus les mots que l'on nous proposera pour remplacer l'anglais seront longs et fatigants à prononcer, moins ils auront de chances d'être utilisés. La Cogeter ne se complaît toutefois pas uniquement dans l'allongement suicidaire des termes francisés. Elle opte parfois pour des traductions phonétiques d'une absurdité consternante. Elle a par exemple décidé de remplacer CD-ROM par l'ignoble cédérom dont la seule vue réveille le tueur psychopathe qui sommeille en moi. Heureusement, cette approche semble avoir été abandonnée. Je craignais déjà de devoir un jour envoyer mes images jipègue sur un serveur eftépé, et que mes amis soient contraints de taper une uèrel afin d'accéder à mon flux èrécesse.

Quand elle ne détruit pas les sigles, la transposition phonétique peut certes s'avérer pertinente. L'OQLF a par exemple proposé de traduire blog par blogue, qui a une forme plus française. Il était néanmoins inacceptable que la France prenne des leçons de français des petits Québécois, et la Cogeter a préféré préconiser le terme "bloc-note", que personne n'utilise. Je suis en outre très troublé par certains choix de traductions que des mauvaises langues pourraient qualifier de politiquement orientées. Alors que l'OQLF propose comme équivalent de hacker les termes bidouilleur (plus proche du sens initial) et pirate informatique (définition propagée par les grands médias), la Cogeter se contente du second sens et propose la traduction péjorative fouineur. Venant d'un pays à tradition répressive ayant voté la LCEN et la DADVSI, ce contresens n'est toutefois guère surprenant. Parfois, heureusement, la France reprend quelques termes québécois, comme courriel pour email. Dans ce cas précis, elle n'a toutefois pas pu s'empêcher d'ajouter son grain de sel en proposant de remplacer ce terme par Mél., lorsqu'on le fait par exemple figurer sur une carte de visite, afin de l'uniformiser avec l'abréviation Tél. (numéro de téléphone).

J'aimerais vraiment savoir si l'attitude de la Cogeter est avant tout dictée par l'incompétence technique de ses membres, ou seulement par l'idée incongrue que seule la France a son mot à dire sur l'évolution de la langue française. J'ai envoyé un mail courriel il y a plus de dix jours aux membres de cette institution pour qu'ils m'éclairent sur ce point, mais je n'ai pas encore obtenu de réponse. Ils doivent être trop occupés à chercher une traduction officielle pour useless.

10 manières de se faire repérer comme Français à Montréal

10. Acheter du sirop d'érable dans une bouteille en forme de feuille.

Ce produit est un pur attrape-touriste. Le sirop d'érable en boîte de conserve est aussi bon et nettement moins cher.

9. Au volant, ne pas laisser la priorité aux voitures qui tournent en face quand le feu vert clignote.

Cette particularité du code de la route est absente de l'Hexagone et de bien d'autres pays.

8. Tendre un billet de 5 dollars dans une boutique pour payer un article à 5 dollars.

Contrairement à la France, les taxes ne sont pas incluses dans les prix affichés sur les étiquettes.

7. Ne pas donner de pourboire aux serveurs dans les restaurants ou les cafés.

Même après plusieurs années au Québec, certains Français persistent à ne pas comprendre que le service n'est pas compris.

6. Entrer dans la fromagerie Hamel.

Cette boutique n'est pas exclusivement fréquentée par des Français, mais on y trouve une forte concentration d'expatriés venant chercher leur drogue.

5. Ne pas voir la file d'attente devant le bus et passer devant tout le monde.

Cette attitude est tellement liée au stéréotype du maudit Français, que même si vous êtes Belge (ou Québécois), personne ne s'en doutera.

4. Porter des moon boots.

C'est aussi stupide que d'aller sur la lune avec un Kanuk[1].

3. Rouler en Smart.

Le bon point est que personne ne tentera de vous la voler.

2. Acheter Le Canard Enchaîné.

La plupart des Québécois connaissent aussi bien la politique française que les Français connaissent la politique québécoise.

1. Parler.

N'essayez surtout pas d'imiter l'accent. Personne ne sera dupe et c'est vous qui aurez l'air idiot.

Notes

[1] oui, je plagie Desproges.

Les aventuriers de la mayonnaise perdue

Histoire de ne pas usurper mon titre de maudit Français, j'ai commencé une liste des aliments impossibles à trouver dans les supermarchés montréalais. Certains s'avèrent disponibles dans des épiceries spécialisées, mais d'autres demeurent littéralement introuvables :

  • Levure diététique en paillettes
  • Bouillon de légumes en cubes
  • Cornichons marinés sans aneth et sans sucre
  • Sirop de grenadine (ou autre)
  • Couscous en boîte (anyway)
  • Choucroute garnie en boîte
  • Bonbons Haribo
  • Mayonnaise avec goût de mayonnaise
  • Fromage blanc

J'invite mes camarades immigrants à compléter cette liste. Par souci d'équité, je tiens toutefois à mentionner quelques articles que les Québécois sont sûrement très frustrés de ne pas trouver dans les supermarchés en France :

  • Purée de maïs en boîte pour le pâté chinois
  • Bouteille de caramel
  • Bagels
  • Lait en sachets
  • Sauce Miracle whip
  • Babybel au cheddar
  • Tout ce qui ressemble de près ou de loin à des médicaments
  • Muffins
  • Paquet de corn flakes de 750 g

Sans oublier que nos pharmacies ne vendent même pas de chips.

Là aussi, j'attends avec impatience que les exilés de la Belle Province enrichissent cet inventaire.

CV bouclé

Les choses se déroulant rarement comme on les prévoit, j'ai fini seulement ce soir la réécriture de mon CV. Les Québécois se montrent très surpris, voire incrédules, lorsque je leur explique que je dois retoucher ce dernier avant de chercher un travail. Lors de notre session sur les réalités socio-économiques du Québec, j'ai pourtant constaté qu'il y avait beaucoup de différences entre les CV français et canadiens.

Dans mon pays d'origine, il est par exemple d'usage qu'un candidat mentionne son âge et sa situation matrimoniale dans son curriculum. De nombreuses entreprises réclament également qu'on y joigne une photo d'identité, ce qui permet à certains directeurs des ressources humaines paresseux d'écarter rapidement les postulants dont la tête ne leur revient pas sans avoir besoin de jeter un oeil sur leurs compétences. Au Québec, fournir ces informations n'est nullement obligatoire et semble même un peu déplacé. Cela permet d'éviter les discriminations abusives, ou du moins de les repousser jusqu'au premier entretien. D'autres indications fréquemment insérées dans un CV français, comme la possession du permis de conduire ou les loisirs personnels, doivent uniquement être fournis s'ils ont un rapport direct avec le poste recherché.

Une spécificité canadienne est en effet que l'on ajuste son CV pour chaque annonce à laquelle on répond afin qu'il soit au maximum en adéquation avec le poste et l'entreprise concernés. Bien sûr, il ne s'agit pas de fournir des renseignements erronés, mais de présenter ceux-ci de manière attractive en fonction du destinataire. En France, cette personnalisation est habituellement assurée par la lettre de motivation, le CV n'étant généralement modifié qu'au fil des nouvelles formations ou expériences professionnelles. Ca n'empêche certes aucunement certaines personnes dont je faisais partie de triturer sournoisement leur CV en fonction de l'employeur visé. La lettre de motivation reste bien sûr nécessaire, mais elle doit être dactylographiée, ce qui est pour moi une bénédiction puisqu'il me faut écrire dix lettres manuscrites pour en obtenir une sans ratures.

Dans le CV français comme dans le CV canadien, le candidat donne pour chaque poste qu'il a occupé durant sa carrière une liste des responsabilités qui lui incombaient. Au Canada, il est toutefois de bon ton d'y ajouter les réalisations que l'on a effectuées au sein de l'entreprise. Décrire, chiffres à l'appui, l'effet positif qu'ont eu ces dernières sur l'augmentation des ventes ou la diminution des coûts semble particulièrement apprécié. De manière générale, il est d'ailleurs nécessaire de se vendre davantage au Canada qu'en France, en exprimant clairement les qualité qu'on considère posséder. Il n'est pas du tout mal vu de s'envoyer des fleurs (note aux Québécois : cette expression existe-t-elle chez vous ?), à condition évidemment de ne pas en faire trop.

Toutes ces modifications m'ont pris pas mal de temps, mais c'est fait. Demain, je vais montrer tout ça aux Services aux chercheurs d'emploi de la Grande Bibliothèque pour qu'ils me disent ce qu'ils en pensent.