niaiseux

(Malheureusement) entendu à Montréal

Dans un bus de la ligne 161, une fille qui a tout compris de la vie dit à sa copine : "De toute façon, les Français sont racistes. Quand on pense que la déclaration des droits de l'Homme a été écrite aux États-Unis, et après en France. Pis qu'on les voit maintenant. Regardez ! Vous avez fait des ghettos !"

Quarantaine

Trop souvent à mon goût, je suis obligé de supprimer sur ce blog des commentaires qui ne sont pas compatibles avec ma conception d'une discussion civilisée. J'apprécie d'autant moins ce caviardage qu'il permet aux trolleurs de se faire passer pour des martyrs en criant à la censure tout en leur évitant de se ridiculiser par leurs propres propos. Je pense avoir trouvé un début de solution à ce problème en créant une page "quarantaine". Cette dernière servira à isoler tous les commentaires ne faisant pas honneur à leur auteur afin qu'ils ne contaminent pas le fil de discussion dans lequel ils ont été postés. Les lecteurs me soupçonnant de censure abusive ou souhaitant simplement explorer les bas-fonds de l'âme humaine auront tout le loisir de les consulter et de découvrir la raison de leur confinement.

Pour le moment, je compte remplir la page quarantaine avec les types de commentaire suivants :

- Messages insultants : injure, attaque sur le physique, etc.
- Point Godwin (assimilation d'un interlocuteur au nazisme ou au stalinisme)
- Plug honteux : message uniquement destiné à faire de la publicité pour un autre site (genre "kikou, super ton blog, viens voir le mien sur xxx.skyrock.com")
- Copié-collé d'un autre site.
- Règlements de comptes hors-sujet entre personnes ou sites web
- Personnes répondant à ses propres commentaires afin de donner l'illusion qu'on la soutient
- Réponse à une provocation mise en quarantaine

Prenant parfois un malin plaisir à démonter le discours de mes adversaires plutôt qu'à les censurer, il est possible que je laisse un commentaire appartenant aux catégories ci-dessus à sa place initiale et que je me contente d'y répondre sur un ton sarcastique.

Pour des raisons évidentes, les commentaires des genres suivants seront systématiquement retirés du site sans être placés en quarantaine :
- Spams
- Messages illégaux
- Commentaires dont l'auteur a demandé le retrait
- Attaques dont la cible m'a demandé le retrait pour une raison valide (atteinte à la vie privée, insulte, etc.)

Je rappelle enfin qu'à part les spams et une personne que j'ai bannie à jamais de ce blog, aucune modération n'est réalisée a priori. Je tiens donc à m'excuser par avance si des commentaires m'échappent.

Vanité

Un samedi à 23h.

Io et moi rentrons d'une soirée chez des amis dans un bus de la ligne 129. A l'arrêt situé peu après l'intersection de Jeanne Mance et René Lévesque, le véhicule accueille deux jeunes filles qui s'assoient juste derrière nous. D'après ce que je comprends, elles sont étudiantes en musique ou en musicologie à l'université du Québec à Montréal. La première parle rapidement sans jamais s'interrompre et présente l'horripilant tic de langage consistant à placer un ou deux "C'est comme" dans chacune de ses phrases. Elle explique à son amie combien elle trouve géniales les mélodies de Bartók, Bach ou Beethoven, poussant suffisamment sa voix pour qu'on l'entende à l'autre extrémité du bus. La seconde, plus effacée, tente laborieusement d'égaler la prestation scénique de son amie en acquiesçant à chacune des vérités qu'elle assène, glissant de temps à autre un terme technique afin de montrer qu'elle est à son niveau.

Comme toutes les grandes artistes, elles ne vivent que pour leur passion et sont forcément excessives dans toutes leurs paroles et attitudes. Elles ne peuvent endurer l'idée qu'une seule personne présente puisse ignorer qu'elles adorent la musique classique, ne vivent que pour elle. Visiblement soucieuses que ce culte ne nuise pas à leur statut de jeune, elles s'appliquent également à qualifier de "cools" ou "tripantes" des mélodies qui ont parfois plusieurs siècles. Un peu plus tard, elles expriment une sincère compassion pour un camarade de cours qui ne connaît pas cette sonate écrite par un sombre inconnu qu'aucun mélomane ne devrait ignorer, et se pâment en évoquant le concerto de trucmuche à la perfection si parfaite qui leur a procuré cette extase si extatique. Les artistes constituant une grande famille, elles évoquent également la pièce montée par leurs frères du département de théâtre qu'elles ont vu le mois dernier. L'une frémit à la pensée de cet ami comédien qui joue trop trop bien, tandis que l'autre disserte sur une comédienne, que c'est pas qu'elle joue mal, mais je sais pas.

Elles sont si jeunes mais sont déjà vieilles. Elles n'ont pas encore commencé leur carrière comme critique musical pour 24 heures ou chasseuse de pirate pour Vivendi, mais elles se comportent déjà comme des stars has been qui font des pieds et des mains dans les dîners mondains dans l'espoir qu'on les fasse signer comme professeurs pour la prochaine star académie. Le show arrive à son apogée lorsqu'elles se mettent toutes les deux à fredonner de leurs voix de cantatrices enrouées un air de violoncelle qu'elles vénèrent, tandis que ma blonde et moi souffrons silencieusement en maudissant chaque feu rouge.

Bonne nuit la Pythie

Malgré les nombreux courriels et commentaires postés par mes groupies se demandant si je suis sorti indemne du Parc des Maringouins, je me vois contraint de retarder la publication du bilan de mon camping. A mon retour, j'ai en effet vécu une révélation tellement fracassante sur mon karma, une analyse tellement fine de mes méandres cérébelleux que je me sens incapable d'écrire le moindre billet sans en avoir auparavant rendu grâce à son initiateur.

En consultant les statistiques de mon blog lundi soir après trois jours de jeûne informatique, j'ai découvert qu'une personne était arrivée sur celui-ci grâce à un lien publié sur le site bienvenue-au-quebec.com. L'ego tout frétillant, je me suis rendu à l'adresse en question pour savoir ce qu'on disait de moi, et je suis tombé sur la présentation suivante :

Site de maudit francais.com

Site d’un petit Français fraîchement débarqué de la Belle Province, aimant bien manier la prose. Cependant, l’émerveillement de départ laisse progressivement la place à une triste réalité concernant le pauvre avenir qui l’attend au Québec. Pronostic de départ du Québec : au plus tard fin 2009.

Les erreurs factuelles qui parsèment ce résumé malgré sa brièveté auraient pu me rebuter. Je mesure par exemple 178 centimètres, ce qui, au regard de la moyenne nationale de 175, fait de moi un grand Français et non un petit (je refuse de penser que cet adjectif ait été employé pour marquer de la condescendance). L'auteur semble en outre ignorer que j'ai vécu un an au Québec entre 2000 et 2001 avant d'y immigrer, ce qui ne fait pas de moi un fraîchement débarqué. J'ai néanmoins pardonné ces oublis. La vie serait bien compliquée si on devait se renseigner sur les gens avant de parler d'eux. J'ai moi-même craché pendant des années sur les toiles de Laurent Jalabert avant d'apprendre qu'il ne peignait pas.

Ce qu'il faut saluer avant tout, c'est la perspicacité de l'auteur qui lui a permis de deviner non seulement que j'aimais manier la prose, ce qui était facile, mais aussi de déceler dans mes billets un émerveillement laissant place à une triste réalité sur mon pauvre avenir sans que je m'en sois aperçu moi-même, ce qui est nettement plus balèze. Il y a à peine quelques jours, je pensais que le ton de mes billets variait au gré de mes humeurs sans verser dans un pessimisme ou un optimisme excessif. Ils illustraient selon moi les dictons aussi stupides que "Il y a des jours avec et il y a des jours sans" ou "Après la pluie le beau temps". À présent que j'ai lu cette brillante synthèse de mon site, il est incontestable que je glisse inexorablement sur une pente qui me mènera à l'alcoolisme, au suicide, à la prostitution ou au militantisme UMP. J'en viendrais presque à désespérer si l'auteur de bienvenue-au-quebec.com n'indiquait généreusement la date de mon départ sans m'avoir jamais rencontré, alors que je ne sais même pas ce que je vais manger demain midi.

Merci et bravo !

Sincèrement.

Votez con

Selon les observateurs, le 6 mai dernier représente une effroyable déflagration politique qui nous plongera dans une dictature ignoble et sanguinaire, ou un extraordinaire renouveau démocratique qui redonnera à la France son statut de premier pays de l'univers qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Après avoir suivi assidûment la campagne pendant plusieurs semaines, je suis arrivé quant à moi au point ultime de saturation politique. L'accession au pouvoir d'un individu très porté sur la répression et le paternalisme me plonge certes dans un relatif désarroi, mais ce n'est rien comparé à la lassitude que je ressens après avoir observé le comportement de nombreux sympathisants et militants quel que soit leur bord.

Me battant pour préserver mon individualité depuis que j'ai quitté mon statut de gamètes, je ne parviens pas à comprendre que l'on renie son identité au point de se noyer dans une idolâtrie dans laquelle je n'oserais tremper l'ongle pour mon chanteur préféré. Les fanatiques arborant un T-shirt "I love Ségo" ou hurlant "Sarko président" à tue-tête jusqu'à briser leurs propres tympans en sont les symptômes les plus spectaculaires, mais pas forcément les plus déprimants.

Les plus choquants, ce sont ces gens de droite ou de gauche persuadés que leur argumentation provient de leurs fines observations et de leur incomparable sens de l'analyse alors qu'ils ne font que réciter comme des pantins les leçons répandues par le parti qu'ils ont choisi. Voir ces marionnettes justifier les attaques les plus abjectes lancées par leur camp alors qu'ils n'avaient pas de mots assez durs pour les dénoncer lorsqu'elles provenaient de celui d'en face me consterne. Les entendre crier à la calomnie quand on répand des rumeurs sur leur poulain alors qu'ils colportent eux-mêmes les pires ragots sur leur adversaire sans faire aucune vérification m'horripile. Je suis épuisé d'être catalogué selon l'orientation de mes interlocuteurs comme un salaud de droite ou un naïf de gauche à chaque fois que je pointe un raisonnement boiteux ou une information erronée.

Les gauchistes qui affirment redouter des émeutes alors qu'ils les souhaitent secrètement pour justifier leur position m'exaspèrent. Les droitistes qui pensent qu'il suffit d'alléger les taxes patronales pour éradiquer la misère me révulsent. D'où vient cette manie de réagir systématiquement en fonction d'une idéologie et non de son sens critique ? Est-il si compliqué de partager les idées d'un parti sans être dupe de ses excès démagogiques ? Faut-il avoir une intelligence hors du commun pour comprendre que comparer Nicolas Sarkozy à Hitler est abusif, ou que Ségolène Royal n'est pas vraiment une cruche ? A-t-on le droit de ne pas choisir son camp sans se faire mépriser ?

Je laisserai d'autres personnes répondre à ces questions car j'ai décidé de ne plus parler d'élections dans les mois ou années qui viennent. Ça me fait trop désespérer de l'être humain.

Heureusement que j'ai trouvé ce truc pour me détendre (Merci Micmac).

La loi de la jungle

La tendance agaçante de certains Français à la généralisation abusive ne me fait pas oublier que ce mal existe absolument chez toutes les nationalités, y compris chez les Québécois. J'ai pu valider cette théorie avec Io à l'aéroport d'Orly, quelques heures avant que nous nous envolions pour notre pays d'adoption. Alors que nous faisions la queue devant le comptoir d'enregistrement des bagages, j'ai entendu derrière moi deux personnes qui discutaient avec un accent tout à fait identifiable. En me retournant discrètement, j'ai aperçu un couple de Québécois qui rentraient sans doute chez eux après quelques jours de vacances à Paris. Cette escapade ne semblait pas avoir détendu le jeune homme, car il s'agitait comme un pantin en regardant de toutes les directions avec un agacement visible, tandis que sa blonde tentait de le calmer. J'ai rapidement compris l'origine de cette fébrilité.
Quatre files de voyageurs avançaient en parallèle, chacune étant jalonnée de deux comptoirs successifs. Le premier était tenu par un agent de sécurité qui vérifiait les passeports et posait quelques questions de routine, tandis que le second permettait d'enregistrer effectivement ses bagages et de les poser sur le tapis roulant qui les achemineraient aux soutes. Le flot de passagers n'était pas régulier. Il arrivait donc qu'un voyageur passe le premier comptoir alors que la personne qui le précédait n'avait pas encore fini ses démarches au second. Constatant parfois que le second comptoir de la file d'à côté était libre, de nombreux voyageurs se précipitaient dessus afin de gagner un peu de temps. Ce comportement étant présent dans toutes les files, on pouvait raisonnablement supposer qu'il avait globalement pour effet d'accélérer la vitesse des enregistrements. C'était cependant sous-estimer l'attachement de notre Québécois au respect des files d'attentes. Celui-ci trépignait à chaque changement de file et prenait à témoin sa compagne avec un air offusqué.
- Ils changent de file. C'est pas normal. Je vais le signaler !
- Laisse, lui répond sa compagne, ici, c'est comme ça que ça se passe, c'est des Français. C'est la loi de la jungle.
J'ai failli réagir à cette saillie à la portée anthropologique insoupçonnée en lui expliquant que l'on pouvait être Français et civilisé, mais je suis resté sans voix. Au summum de l'exaspération, le jeune Québécois est quant à lui parti voir un agent de sécurité pour lui dire qu'il y avait des gens qui faisaient rien qu'à doubler. Il est revenu de ce bref échange totalement atterré :
- Il m'a dit que ça ne posait pas de problème et qu'on pouvait faire pareil !
Sa compagne paraissait tout aussi profondément choquée par cet exemple insoutenable de la sauvagerie française.
C'est à ce moment qu'Io et moi avons pu passer au premier comptoir. Les démarches se sont passées en deux minutes, et nous devions attendre que le second comptoir encore occupé se libère. Sachant que nous étions largement en avance pour l'avion, nous n'avons pas jugé utile de changer de file pour prendre d'assaut le comptoir qui venait de se libérer à notre gauche. L'autre couple s'y est en revanche jeté immédiatement après avoir passé le premier comptoir.
C'est ainsi que deux Français forcément barbares qui ne voulaient pas trop se stresser ont enregistré leurs bagages cinq minutes après deux Québécois civilisés qui étaient à l'origine derrière eux.
La loi de la jungle, ça s'apprend vite.

Petite note en passant

Je censure immédiatement les messages insultants et haineux, quelle que soit la personne ou la communauté visée. Cette précision évitera peut-être à certains importuns de perdre leur temps et le mien.

Quant à toi qui te reconnaîtras, sache que l'homosexualité n'est pas une tare, mais qu'un QI de 3 en est une.

Zoologie

J'ai régulièrement l'occasion d'évoquer sur ce blog les nombreux détails qui distinguent le Canada de la France. On ne peut toutefois nier que ces deux pays partagent de nombreuses caractéristiques, et pas toujours pour le meilleur. J'ai par exemple pu constater aujourd'hui qu'une espèce néfaste s'adaptait parfaitement à ces deux pays malgré leurs climats fort différents : l'administratus boulex.
Bien que rien ne différencie physiquement l'administratus boulex de l'homo sapiens sapiens, il se distingue de ce dernier par des capacités intellectuelles nettement inférieures. Ce handicap ne l'empêche néanmoins nullement de se faire embaucher dans le service informatique des entreprises du monde entier. Il optera de préférence pour des sociétés employant de nombreux salariés, dans le but de dissimuler son incompétence derrière une masse de travail incommensurable.
Théoriquement, la mission de l'administratus boulex consiste à s'assurer que les employés disposent d'un ordinateur fonctionnel et de tous les logiciels dont ils ont besoin. L'objet de notre exposé partage malheureusement avec le bradypus infuscatus une profonde aversion pour l'effort. En dépit d'une déficience chronique de connexions neuronales, il a en outre compris depuis longtemps qu'il disposait d'un pouvoir de nuisance suffisant pour être dérangé le moins possible par les requêtes inopportunes de ses collègues, tout en passant pour un dieu de la technologie auprès de ses supérieurs.
L'administratus boulex ne doit en aucun cas être confondu avec son cousin éloigné l'administratus sympathicus, que la plupart des scientifiques s'accordent à classer dans les hominidés, en dépit de son goût immodéré pour la pizza et la mauvaise bière. Lorsqu'un employé change de bureau et qu'il manque une prise réseau pour brancher son deuxième ordinateur ((Notons au passage que l'employé en question a besoin de disposer de deux ordinateurs uniquement parce que l'administratus boulex a perdu les CD qui permettraient d'installer tous les logiciels dont il a besoin sur une seule machine.)), l'administratus sympathicus s'empresse de quérir un concentrateur afin d'effectuer l'indispensable connexion. L'administrateur boulex se contente d'affirmer avec fatalisme que ce n'est pas possible et qu'il faudra se contenter d'une seule machine.
Lorsqu'en raison de l'inaptitude de Microsoft à gérer correctement le passage à l'heure d'été, un employé voit tous les rendez-vous de son Agenda Outlook des trois prochaines semaines décalés d'une heure, l'administratus sympathicus s'excuse platement de l'incident et promet de chercher un moyen de régler simplement le problème. L'administratus boulex répond quant à lui dans un haussement d'épaules qu'il a envoyé le vendredi après-midi un courriel demandant à tous les employés de laisser leur ordinateur allumé le week-end afin qu'il puisse faire automatiquement la mise à jour d'Outlook. Si l'employé a le malheur d'affirmer qu'il n'a jamais reçu le courriel en question et que ce n'est pas la première fois qu'un message se perd ainsi, l'administratus boulex répliquera qu'il n'a qu'à mieux lire ses mails.
L’administratus boulex est responsable à lui seul de la mauvaise réputation dont souffrent tous les professionnels de l'informatique. C’est à cause de lui que les développeurs honteux n'osent révéler leur véritable métier dans les cocktails mondains et préfèrent prétendre qu'ils sont huissiers, inspecteurs du fisc ou thanatopracteurs.

Ça se dispute

Parfois, je regrette de ne plus être en France, juste pour avoir le plaisir de discuter de certains événements devant la machine à café (source AFP).

Trois plaintes pour violences et insultes ont été déposées par des personnels navigants d'Air France contre l'animateur Jean-Luc Delarue à la suite d'"incidents" sur un vol Paris-Johannesburg le 13 février, a-t-on appris de sources concordantes, confirmant des informations parues dans la presse people.

(...)

L'animateur de France 2 aurait notamment insulté, mordu et donné une claque à un steward, selon Pierre Destuguès délégué syndical (Alliance PNC) qui a été en contact avec les personnels navigants du vol.

(...)

D'après la même source, l'animateur qui buvait du vin rouge, lançait des raisins en l'air sans réussir à les rattraper en vol avec sa bouche. M. Delarue aurait alors tenté de faire manger un raisin à un personnel navigant. Celui-ci, ne parvenant pas à le convaincre d'arrêter de boire, l'a "neutralisé" sur son siège jusqu'à l'atterrissage.

Précisons à l'attention de nos amis Québécois que Jean-Luc Delarue est un animateur télé au look de premier de la classe dont la crédibilité journalistique repose entièrement sur le port d'une oreillette.

Bas-fonds

Dans de nombreux coins du monde, les Français pâtissent d'une triste réputation de grandes gueules prétentieuses se comportant dans les pays étrangers comme s'ils étaient en terrain conquis. Même si je rêve encore que ce portrait ne corresponde pas à la majorité de mes compatriotes, j'ai eu à maintes reprises l'occasion de constater que certains d'entre eux contribuent largement à entretenir ce préjugé par leur bêtise.

Il y a quelques années, j'ai dû passer deux jours à Berlin afin d'assister à un salon organisé par une grosse entreprise d'informatique. J'avais pour compagnons de voyage une demi-douzaine de journalistes travaillant pour des magazines professionnels de haut niveau, dans lesquels on explique aux décideurs pressés comment ils peuvent réduire leur TCO et augmenter leur ROI en misant sur les web services et l'out-sourcing tout en choisissant le logiciel d'ERP qui fournisse un système de provisioning on demand performant qui optimise le cash flow.

Le soir de notre arrivée, alors que nous étions dans l'autocar nous menant de l'aéroport à l'hôtel, j'ai compris que mon séjour allait être éprouvant. Nous étions en effet à peine entrés dans Berlin que mes camarades plumitifs s'amusaient à faire des blagues vaseuses sur l'ancienne occupation de la ville par les Soviétiques, histoire de montrer qu'ils avaient retenu le programme d'Histoire de leur troisième. Malgré leur médiocrité, ces propos faisaient beaucoup rire Ursule, la responsable de la communication de la société chargée de nous guider durant notre séjour. Je lui pardonnais cependant, pensant naïvement qu'elle agissait uniquement par conscience professionnelle.

Le lendemain, nous nous sommes présentés dans le hall du palais des congrès de Berlin où se déroulait le salon. Nous avons retrouvé notre nounou, qui expliquait à une hôtesse avec un manque de patience évident que le guichet presse était fermé et que nous avions absolument besoin de nos badges. L'hôtesse étant allemande et Ursule française, chacune s'exprimait dans un anglais hésitant, ce qui ne simplifiait évidemment pas la communication. Profitant que son interlocutrice n'était pas du tout francophone, Ursule a fini par lâcher un élégant "Mais elle est bouchée à l'émeri, cette connasse" qui ne me la rendit pas vraiment sympathique. Une collègue de l'hôtesse présente au comptoir d'à côté a répliqué fermement qu'elle comprenait très bien le français. Prise ainsi en flagrant délit, n'importe quelle personne intelligente se serait platement excusée en expliquant que ses mots ont dépassé sa pensée. Ursule a quant à elle continué à incendier les deux hôtesses, en tentant toutefois de modérer son langage.

Lorsque nous avons pu obtenir nos badges et entrer dans le salon, j'ai pensé que j'arrêterais enfin d'entendre des gens se plaindre. Je me trompais. Ursule et les journalistes ont en effet passé la journée à critiquer absolument tout ce qu'ils pouvaient : les sachets repas distribués à midi étaient infects, les salles d'exposition étaient mal indiquées, et, scandale suprême, le nom des conférences étaient annoncés dans les hauts-parleurs uniquement en anglais et en allemand. Même pas en français ! Je rappelle que nous étions à Berlin et que plusieurs dizaines de nationalité étaient ici représentées. Il semblait donc logique que la communication s'effectue dans la langue locale et dans la langue internationale.

Quand Ursule nous a proposé le soir même d'aller manger au restaurant, il m'a fallu beaucoup d'abnégation et de professionnalisme pour accepter ce qui allait fatalement être un calvaire. Nous avons trouvé un taxi et avons essayé laborieusement d'expliquer au conducteur où nous allions malgré la barrière de la langue. Pas longtemps. Au bout de quelques millisecondes, notre accompagnatrice s'est en effet à nouveau énervée. "Laissez tomber, il est mongolien, ce type !", s'est-elle soudain exclamée avant de partir à la recherche d'un chauffeur capable de s'abaisser à son niveau. Resté en plan avec deux journalistes, il m'a toutefois fallu un tout petit peu de patience pour que le mongolien en question comprenne où nous allions et nous amène sans encombre à destination. Durant ce court trajet, l'un de mes confrères a trouvé le temps de dire que "les Anglais sont des Allemands dégénérés" et qu'"ils sont les ennemis héréditaires de la France et font tout pour le rester" tandis que l'autre expliquait sans rire qu'il avait le droit de dire du mal des Allemands car une partie de sa famille était tombée au chemin des Dames. Quand je lui ai répondu que les Algériens pourraient en avoir autant à notre égard s'ils suivaient le même raisonnement, il m'a rétorqué que cela n'avait rien à voir et qu'on ne pouvait pas comparer des millions de morts à quelques centaines. Ursule est arrivée vingt minutes après nous au restaurant. Constatant qu'il n'y avait pas de pizzas à la carte alors que nous étions dans un restaurant italien, elle s'est écriée que les Allemands étaient vraiment cons. Ayant remarqué que tout le personnel du lieu comprenait le Français, j'ai prié intérieurement pour qu'elle se fasse à nouveau envoyer balader. Mais Dieu n'existe pas.

Le lendemain, nous devions retourner sur le salon afin de rencontrer un important responsable de la société organisatrice. Accompagné de mes camarades, qui contre toute espérance n'étaient pas morts de connerie durant la nuit, je suis donc arrivé dans un petit hall où une hôtesse nous a invités gentiment à la suivre jusqu'à notre interlocuteur. Derrière moi, j'ai alors entendu un journaliste murmurer à son collègue "T'as entendu comment elle a dit ça ? Ca faisait très 'tu viens chéri' !". Je lui ai jeté un oeil noir mais il n'a pas semblé en comprendre la raison. L'hôtesse nous a ensuite demandé de patienter un instant devant le bureau de son employeur, le temps qu'elle l'avertisse de notre arrivée. Mes collègues et Ursule se sont bien sûr indignés que l'on puisse faire attendre des gens de leur qualité :

- Quelle organisation de merde !

S'ennuyant ferme au bout de trente secondes, deux journalistes ont ensuite entamé une conversation d'une portée philosophique insoupçonnée :

- Je m'ennuie. J'ai envie d'un bar avec de jolies serveuses.

- Elle en met du temps. Qu'est-ce qu'elle fout ?

- Elle fait peut-être une gâterie à son patron, hein ! T'as pas lu son contrat !

Lorsque l'hôtesse est sortie brusquement et est passée devant nous en courant comme si elle avait oublié quelque chose, le niveau intellectuel est monté encore d'un cran :

- T'as vu ? Elle marche de travers, elle est sûrement partie chercher des Kleenex !

Le plus choquant était sans doute de voir Ursule rire de ces blagues carrément méprisantes pour le sexe auquel elle appartient, du moins en théorie. Finalement, l'hôtesse est revenue et nous a invités à entrer, ce qui a provoqué l'agacement de mes collègues et d'Ursule, indignés que l'on puisse presser des gens de leur qualité.

- Pffff, alors maintenant, il faut qu'on vienne tout de suite !

Après deux jours passés à entendre ainsi toutes les deux minutes une remarque raciste ou misogyne, je suis entré dans l'avion qui devait me ramener à Paris avec un certain soulagement. Malheureusement, un des journalistes s'est assis juste à côté de moi. Lorsque nous sommes passés avant le décollage devant un avion portant la marque Iberia, il m'a fait un clin d'oeil :

- C'est cet avion qu'on devrait prendre. Comme ça il y aurait des petites espagnoles à l'arrivée pour nous accueillir.

J'ai un instant songé à lui répondre que malheureusement pour lui, les Espagnoles avaient peut-être bon goût et que je n'étais pas dans la même misère sexuelle que lui, mais je me suis dégonflé. J'ai finalement réussi à dormir pendant tout le voyage afin de ne pas avoir à faire la conversation. Une fois que nous avons atterri et récupéré nos bagages, Ursule m'a proposé de me ramener chez moi en voiture. Dans un ultime élan diplomatique, j'ai accepté tout en sachant que j'allais regretter de ne pas utiliser le ticket Orly-Paris que j'avais déjà acheté. Devant l'ascenseur qui devait nous mener au parking souterrain, nous avons croisé un groupe d'adolescentes japonaises accompagnées de leur animateur. Visiblement paniqué, ce dernier appuyait fébrilement sur les boutons d'appel de tous les ascenseurs, sans se décider à en emprunter un. Ce comportement avait comme fâcheuse incidence d'empêcher de partir celui dans lequel nous venions d'entrer. Un journaliste qui profitaient également de la voiture d'Ursule s'est empressé de dire à celle-ci tout le mal qu'il pensait de cet énergumène. "Remarque, je le comprends, a-t-elle répondu d'un ton sec, avec les nouilles qui l'accompagnent". Bien sûr, absolument rien ne justifiait une telle critique à l'égard de ces jeunes orientales, mais pourquoi se priver d'un tel défouloir ?

Cet extraordinaire feu d'artifice de bêtise et de chauvinisme méritait bien sûr un bouquet final. Ce dernier s'est produit lorsqu'Ursule a dû aller payer le parking à un être humain, faute de monnaie à mettre dans le guichet automatique. Lorsqu'elle est revenue prendre le volant, elle était complètement hors d'elle. "Putain, je te jure, le mongolito, je lui demande une facture et il me sort un carnet à souche !". Là non plus, je n'ai pas compris en quoi le fait d'utiliser un carnet à souche pour faire une facture était infamant. J'en ai conclu qu'elle avait peut-être l'habitude qu'on lui fournisse ce document sur un parchemin dont la tranche est dorée à l'or fin. Je notais cependant que pour une fois, Ursule critiquait un Français, et non un étranger. Certes, il était noir, mais ce n'était sûrement qu'une coïncidence. Après un voyage qui m'a semblé interminable et durant lequel notre conductrice a successivement téléphoné avec son mobile au volant, grillé deux feux rouge et roulé à 140 km/h sur l'autoroute, c'est avec un grand bonheur que je suis descendu de la voiture plus tôt que prévu afin de continuer en métro.

Après avoir passé un séjour aussi éprouvant, avec des individus qui crachent sur tout ce qui n'est pas né dans le pays de Maurice Papon et Henri Désiré Landru, on vit difficilement la frustration de n'avoir pu hurler que les Français ne sont pas tous comme ça.

Syndiquer le contenu