argent
Argent trop cher
Soumis par Ian le dim, 17/06/2007 - 15:26.Bien que cela puisse surprendre, les Français qui viennent s'installer au Québec ne sont pas uniquement motivés par la chasse aux caribous montréalais, la découverte d'une langue pittoresque ou les émissions hilarantes d'Éric Salvail. Beaucoup d'entre eux sont surtout frustrés du montant figurant au bas de leur fiche de salaire et sont persuadés que le pragmatisme qui prévaut en Amérique du Nord leur permettra de jouir enfin d'une rémunération à la hauteur de leur talent. Ce calcul n'est pas très pertinent à court terme, car entre les frais de dossier d'immigration, le billet d'avion et l'achat ou l'acheminement de meubles, le nouveau résident a nettement plus de chances de perdre de l'argent que d'en gagner. A long terme, l'obtention d'un emploi bien payé dépend de nombreux critères (reconnaissance des diplômes, profession exercée, acceptation par les ordres professionnels, etc.) L'immigrant qui ne se soucie pas de ces éléments et imagine qu'il peut compter sur le seul dynamisme de l'économie canadienne pour doubler son salaire présente un terrain favorable pour le SPE.
Bénéficiant quant à moi de revenus qui, sans être époustouflants, me permettent de bénéficier au moins du superflu, la seule chose que je demande à mon salaire est de suivre l'inflation. J'ai compris que lorsqu'on a pris soin d'éviter les pièges dispendieux et inutiles que sont le tabac, l'automobile, les enfants et la surconsommation, on peut vivre confortablement avec un salaire moyen, tout en mettant de l'argent de côté pour pallier les imprévus. Bien plus que d'argent, c'est de temps que je suis avide. Je ne supporte pas que l'on me le fasse perdre inutilement. Par exemple, je ne décolère pas d'avoir dû passer tout mon samedi et une partie de mon dimanche sur mon lieu de travail pour terminer un projet en retard. Si cette situation avait été entièrement de ma responsabilité, j'aurais sans doute pris sur moi, mais j'ai la désagréable sensation qu'elle ne se serait pas produite si certaines personnes avaient fait correctement leur travail. La méthode chaotique adoptée pour préparer les futurs projets annonçant un avenir encore plus sombre pour ma vie sociale et les mises à jours de ce blog, il est sans doute temps de quitter le navire.
Épilogue
Soumis par Ian le ven, 13/04/2007 - 11:41.Lettre reçue aujourd'hui, accompagnée d'une enveloppe prétimbrée pour la réponse.
Par sécurité, je vais quand même barrer le , 00 ajouté par erreur à la fin du montant. Décidément...
Epopée locative
Soumis par Ian le mer, 11/04/2007 - 14:18.Le mois dernier, notre concierge Marion a cogné à notre huis afin de nous remettre une missive renfermant la proposition de reconduction de notre obole locative mensuelle, plus communément appelée loyer. Après avoir décacheté le pli sus-dit, notre sang n'a fait qu'un tour. Le document nous informait en effet que le loyer de notre demeure migrait de sept-cent dix à sept-cent soixante dix dollars, soit une augmentation de plus de huit pour cent. "Palsambleu, avons-nous songé, il semble que le maître de céans n'ait point le sens de la mesure. Il conviendrait de fournir une réponse appropriée et énergique à cette manifeste dérive pécuniaire". Nonobstant cette saine résolution, le tourbillon de la vie nous a très vite repris dans ses griffes, et nous ne nous sommes plus souciés de cette intrigue durant plusieurs semaines.
A l'occasion d'une bombance chez messire Yannick, nous avons toutefois narré la mésaventure à notre hôte qui nous a vivement exhorté à prendre les mesures drastiques qui s'imposent en pareille occasion. A cette effet, il nous a confié une publication spécialisée sur le sujet que nous avons pu compulser à notre guise dans les jours qui ont suivi. Quelques télécommunications émises à l'attention de la régie du logement du Québec nous ont de surcroît donné l'opportunité de lever le voile sur certaines réglementations dont nous n'avions point connaissance.
Plusieurs conclusions ont naturellement découlé de cette exégèse. La première était que le montant dont nous devions soulager notre bourse était effectivement disproportionné à l'égard des pratiques en vigueur à Montréal. La pénultième était que nous disposions de l'option de ratifier le principe d'une reconduction du bail tout en nous opposant à la hausse non avenue de nos frais locatifs. L'ultime était que nos bailleurs se rendaient coupables d'une évaluation erronément basse de nos capacités de raisonnement. Nous nous sommes par conséquent fendus d'une épître en recommandé à notre créancier afin de témoigner de notre désapprobation.
La réponse ne s'est nullement faite désirer. Quelques nuits plus tard, nous recevions effectivement sur notre système de réponse téléphonique automatisé une annonce de Marion nous enseignant que la somme qui nous avait été communiquée était incorrecte. La véritable augmentation était de sept dollars, et aucunement de soixante. La faute incombait, affirmait-elle, à un subordonné distrait, coutumier de ce genre de bévue.
Bien que nous puissions légitimement douter qu'une erreur aussi grossière puisse échapper à des yeux aguerris, nous préférons accorder le bénéfice du doute à nos bailleurs plutôt que leur prêter des idées indignes. Il n'en reste pas moins que nous dégustons avec félicité notre victoire sur le joug de l'oppresseur locatif.
Bordel.
Ma job
Soumis par Ian le dim, 21/01/2007 - 18:07.Suite aux interrogations des lecteurs de ce blog, il est de mon devoir de révéler quelques détails supplémentaires sur mon nouvel emploi. Contrairement à la campagne de calomnie qu'a tenté de lancer dans les commentaires un obscur guitariste éleveur de gobelins, je ne travaille pas du tout pour une société spécialisée dans la diffusion d'images à la chasteté discutable, mais pour un gros acteur du secteur touristique. Pour être plus précis, j'ai été embauché par une entreprise de consultants en informatique qui cherchaient en urgence un développeur pour ce poste. Ma tâche consiste à corriger les erreurs et ajouter des fonctionnalités à un vénérable système informatique, en attendant que la nouvelle mouture soit mise en place. Cette activité somme toute assez peu gratifiante est compensée par un salaire supérieur à tous ceux que j'ai pu toucher en France, et théoriquement des perspectives professionnelles plus intéressantes lorsque ma première mission sera achevée (dans quelques mois, voire années, mais bon).
Côté conditions de travail, j'ai retrouvé toutes les spécificités des grosses entreprises que je n'avais pas connues depuis longtemps : immense salle de cafétéria, processus rigoureux de mise en ligne des nouveaux projets, remplissage hebdomadaire de fiches de temps, et délai de trois ou quatre jours avant que les administrateurs réseau daignent m'ouvrir un compte pour me connecter sur mon ordinateur et me créer une adresse de courriel. Mes collègues sont plutôt sympathiques, et je disposerai visiblement d'une grande autonomie pour gérer mon projet, ce qui correspond tout à fait à mes attentes. J'aurai sûrement beaucoup de choses à dire sur les particularités du monde du travail québécois dans les semaines qui viennent.
Bien conscient de l'austérité de ce billet, je promets cependant d'aborder la prochaine fois un sujet bien plus léger.
Brève II
Soumis par Ian le mer, 17/01/2007 - 17:57.Panier percé
Soumis par Ian le sam, 21/10/2006 - 13:41.Lundi dernier, j'ai établi un joli planning répartissant équitablement le temps entre mes projets d'écriture et de programmation, mes diverses démarches administratives, et la recherche d'un emploi. Arrivé au samedi soir, je constate que j'ai essentiellement passé ma semaine dans les magasins avec Io à acheter les nombreux objets qui manquent encore dans notre logement. Cette activité nous rajeunit de quelques années car elle nous ramène à l'époque où nous avons emménagé pour la première fois ensemble. J'avais en revanche oublié que s'installer coûtait aussi cher.
Depuis notre arrivée à Montréal il y a un mois, nous avons en effet déjà dilapidé plus de 3000 euros. Cette somme est déjà supérieure au montant minimum exigé par les services d'immigration du Québec pour que deux adultes puissent subvenir à leurs besoins durant leurs trois premiers mois dans la province. La location d'un meublé dans la tour Trylon, l'acquisition d'une imprimante et l'achat d'une pointe de Brie ont certes pesé dans la balance, mais je doute qu'un couple beaucoup plus économe que nous arrive à survivre avec une aussi petite somme sans se faire héberger par des amis.
La bonne nouvelle est que nous avions anticipé ce genre d'hémorragie financière. En considérant que les dépenses les plus importantes ont lieu les premières semaines, nos économies devraient nous permettre de survivre encore 6 ou 9 mois sans que nous ayons besoin de vendre des poulets Mac Croquettes ou nous adonner au squeegee.
Il n'en reste pas moins que l'absence de revenus nous oblige à limiter nos achats. Hormis le chat, notre salon est ainsi toujours dénué de siège confortable sur lequel on puisse s'écrouler, j'ai renoncé pour le moment à m'offrir le dernier disque de Jean Leclerc, et je n'ai pas encore pu écumer les bars sympathiques que j'ai entrevus sur le boulevard Saint-Laurent.
Le temps dont nous disposerons la semaine prochaine pour chercher un emploi sera toutefois réduit, puisque nous nous sommes inscrits à une session "Us et Coutume du Québec" qui occupera nos matinées de lundi à mercredi.

