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emploi

L'art de (ne pas) retenir un employé en sept étapes

Photo:Amit Gupta

J'ai décroché ma première job à Montréal en janvier 2007, quelques semaines après avoir posté mon CV sur monster.ca. Mon rôle était de développer de nouvelles fonctionnalités pour le site web d'une grosse entreprise québécoise. Je n'étais pas directement employé par cette dernière mais par une agence de placement, prestataire à laquelle de nombreuses sociétés délèguent la sélection et le recrutement de leurs salariés en échange d'une commission. Cette approche est gagnante pour tout le monde puisqu'elle soulage à la fois la compagnie d'une tâche fastidieuse et le travailleur de 10 à 30 % de son salaire annuel, qu'il aurait certainement dépensés dans des cochonneries.

Bien que ce premier emploi m'ait été précieux pour disposer d'une première expérience professionnelle au Canada, le travail était loin de me passionner. Au bout d'un an, j'ai donc envoyé ma lettre de démission à l'agence de placement pour aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Dès qu'il a reçu ma missive, le responsable de mon dossier (que j'appellerai Edmond en guise de représailles) m'a proposé d'aller dîner à la foire alimentaire jouxtant mon lieu de travail afin de discuter plus en détails des raisons de mon départ.

Ayant l'habitude des employeurs qui ne daignent s'intéresser à mes problèmes qu'au moment où je décide de les quitter, je me doutais bien qu'Edmond aller faire quelques tentatives pour m'encourager à rester. En revanche, je ne m'attendais pas à ce qu'il use d'une telle diversité de techniques de manipulation plus ou moins éthiques pour conserver un salarié. À savoir :

  1. Le lavage de cerveau : "Tu n'es pas content du poste que tu occupes ? Je ne comprends pas. C'est une entreprise très réputée, le travail est passionnant et il y a une excellente ambiance."
  2. La flagornerie : "Franchement, c'est dommage que tu partes, on est vraiment très satisfaits de ton travail. Tu fais partie de nos meilleurs éléments."
  3. Les promesses : "On ne peut pas te changer de client tout de suite, mais si tu patientes encore six mois, on peut te trouver un site qui te conviendra mieux et même te proposer une augmentation de salaire."
  4. La démoralisation : "Tu es sûr de trouver un autre emploi ? Le marché est très difficile en ce moment. Tu risques de te retrouver au chômage."
  5. La culpabilisation : "Tu ne peux pas quitter la compagnie maintenant. Ils ont besoin de toi pour le projet. Tu vas vraiment les mettre dans la merde."
  6. La menace : "Tu sais, si tu pars maintenant et qu'un employeur nous appelle pour nous demander ce qu'on pense de toi, on sera obligés de lui dire que tu nous a laissés tomber au mauvais moment."
  7. Le faux-fuyant : "Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Je te propose de bien y réfléchir et on en rediscutera plus tard."

Trop ingrat pour m'extasier devant l'affabilité de mon interlocuteur, je me suis empressé de demander un entretien avec la responsable du site où je travaillais pour négocier dans le dos de mon ami Edmond les conditions de mon départ. J'ai finalement accepté de partir deux mois plus tard, dont un à mi-temps, ce qui m'a permis une transition en douceur vers le nouvel emploi que j'occupe aujourd'hui. Ayant été pris de vitesse, Edmond s'est trouvé devant le fait accompli et n'a pu que prendre acte de notre entente. Ce dernier devait cependant être moins rancunier qu'il voulait me le faire croire puisque depuis mon départ, je reçois régulièrement par courriel de nouvelles offres de son agence.

Conte presque d’été

Jeannot Lapin habitait un terrier cossu situé à deux pattes du village des Schtroumpfs. Outre le nom on ne peut plus banal pour un léporidé dont l'avaient affublé ses parents, il se caractérisait par une pratique opiniâtre de la peinture artistique. Pas un jour ne s'écoulait sans qu'il ne fixe sur la toile l'oeil farouche d'un sanglier sur le point de charger un promeneur ou un flamboyant coucher de soleil sur les maïs génétiquement modifiés du champ d'à côté. Cette activité ne lui apportait néanmoins pas le moindre rond de carotte. Il dut donc se résoudre un jour à chercher un emploi afin de payer sa ration quotidienne de trèfles et son abonnement au câble Vidéotron.

Après quelques démarches infructueuses auprès de Walt Disney et de Pâques Industries, Jeannot trouva finalement un poste de concepteur de motifs de papier peint pour une filiale de Trois Petit Cochons Ltée. Le travail s'avéra assez ingrat. Alors qu'il avait l'habitude de choisir avec soin la toile sur laquelle il immortaliserait la scène émouvante d'un chasseur se tirant une balle dans le pied, il devait désormais se contenter d'un support rustre et irrégulier qui dénaturait et enlaidissait systématiquement toutes ses tentatives artistiques.

Le calvaire le plus dur à subir était toutefois sa collègue Ginette la Fouine. Celle-ci prenait très au sérieux son métier qui consistait à sonder les habitants de la forêt afin de définir le thème des papiers peints qui inonderaient prochainement tous les gîtes, terriers, nids et tanières de la contrée. Malgré un premier contact positif, Jeannot ne tarda pas à découvrir que sa collègue avait la sensibilité artistique d'un protozoaire, et qu'elle maîtrisait autant les techniques graphiques qu'il dansait bien le Charleston. Pire, elle était persuadée d'être une experte dans le domaine et se permettait de lui donner des leçons sur son propre métier alors qu'elle n'y comprenait rien. Si les ornements quétaines qu'elle avait imaginés pour une tapisserie étaient immondes après l'impression, c'était parce que Jeannot n'avait pas utilisé le bon crayon. Si ce dernier lui expliquait qu'il était impossible de simuler plusieurs couleurs avec seulement du noir, elle lui répliquait étonnée que c'était très facile et qu'il suffisait qu'il utilise correctement l'encre. Toute protestation était systématiquement interprétée comme de la mauvaise volonté.

Une telle association ne pouvait que provoquer de méchantes étincelles. Au bout de quelques mois, Jeannot ne pouvait plus imaginer la tête de Ginette la fouine autrement qu'en guise de trophée accroché au mur. Il ne supportait plus de dessiner des motifs d'hippopotames roses avec des ailes de chauve-souris volant sur un fond jaune fluo, ni de passer ses nuits à griffonner des milliers de fourmis différentes sur un gabarit parce que Ginette voulait que le papier peint ne se répète que tous les trente kilomètres. L'irritation de Jeannot atteignit son apogée lorsqu'il apprit que la plupart des habitants de la forêt trouvaient les papiers peints hideux mais qu'ils s'en contentaient parce que Ginette leur disait qu'il ne savait pas dessiner autre chose.

Au bord de la dépression et de la fouinicide, Jeannot finit par annoncer à sa chef Colette la Chouette qu'il ne supportait plus Ginette et qu'il souhaitait quitter la compagnie. Triste qu'il en arrive à cette extrémité et anxieuse de ne pouvoir trouver rapidement un nouveau dessinateur, elle lui demanda de rester en lui promettant d'arranger les choses. "Il y a forcément moyen de trouver un terrain d'entente, dit-elle. Nous ne sommes pas des humains". Jeannot accepta donc de faire pour le lendemain une liste des choses qu'il fallait faire pour améliorer l'atmosphère de travail, tandis que Ginette s'engagea à faire la même chose de son côté. Il avait toutefois l'impression que le point de non-retour était atteint, et qu'il était parfois plus sage d'achever le hérisson agonisant après s'être fait bousculer par une voiture que de s'acharner à lui faire du bouche à bouche.

Qu'auriez-vous fait à la place du lapin ?

Argent trop cher

Bien que cela puisse surprendre, les Français qui viennent s'installer au Québec ne sont pas uniquement motivés par la chasse aux caribous montréalais, la découverte d'une langue pittoresque ou les émissions hilarantes d'Éric Salvail. Beaucoup d'entre eux sont surtout frustrés du montant figurant au bas de leur fiche de salaire et sont persuadés que le pragmatisme qui prévaut en Amérique du Nord leur permettra de jouir enfin d'une rémunération à la hauteur de leur talent. Ce calcul n'est pas très pertinent à court terme, car entre les frais de dossier d'immigration, le billet d'avion et l'achat ou l'acheminement de meubles, le nouveau résident a nettement plus de chances de perdre de l'argent que d'en gagner. A long terme, l'obtention d'un emploi bien payé dépend de nombreux critères (reconnaissance des diplômes, profession exercée, acceptation par les ordres professionnels, etc.) L'immigrant qui ne se soucie pas de ces éléments et imagine qu'il peut compter sur le seul dynamisme de l'économie canadienne pour doubler son salaire présente un terrain favorable pour le SPE.

Bénéficiant quant à moi de revenus qui, sans être époustouflants, me permettent de bénéficier au moins du superflu, la seule chose que je demande à mon salaire est de suivre l'inflation. J'ai compris que lorsqu'on a pris soin d'éviter les pièges dispendieux et inutiles que sont le tabac, l'automobile, les enfants et la surconsommation, on peut vivre confortablement avec un salaire moyen, tout en mettant de l'argent de côté pour pallier les imprévus. Bien plus que d'argent, c'est de temps que je suis avide. Je ne supporte pas que l'on me le fasse perdre inutilement. Par exemple, je ne décolère pas d'avoir dû passer tout mon samedi et une partie de mon dimanche sur mon lieu de travail pour terminer un projet en retard. Si cette situation avait été entièrement de ma responsabilité, j'aurais sans doute pris sur moi, mais j'ai la désagréable sensation qu'elle ne se serait pas produite si certaines personnes avaient fait correctement leur travail. La méthode chaotique adoptée pour préparer les futurs projets annonçant un avenir encore plus sombre pour ma vie sociale et les mises à jours de ce blog, il est sans doute temps de quitter le navire.

Férié, c’est pou !

Les travailleurs québécois ne sont pas gâtés côté vacances. La loi ne leur garantit qu'un minimum de deux semaines de congés payés par an, contre cinq pour les français. Pire, ces derniers bénéficient de 10 jours fériés dans l'année contre seulement 8 pour leurs cousins de la Belle Province. Avant de crier à l'injustice pour ce second point, il faut rappeler qu'au Québec, si un jour férié tombe un samedi ou un dimanche, les salariés le récupèrent en prenant un congé le vendredi précédent ou le lundi suivant. Ce n'est pas le cas en France où il est définitivement perdu. Pour savoir exactement qui des Québécois ou des Français ont le plus de jours fériés, il faudrait perdre beaucoup de temps à effectuer des calculs complexes, tout cela pour obtenir un résultat inutile et dérisoire. Nous allons donc nous y atteler sur le champ.Commençons par poser les éléments du problème. Par souci de simplification, je me tiendrai au régime général, en m'abstenant de citer les jours fériés supplémentaires auxquels ont droit les habitants de la Moselle ou les banquiers.

Comme évoqué plus haut, il y a huit jours fériés garantis au Québec :

  • 1er janvier (Nouvel an)
  • Vendredi Saint ou lundi de Pâques, au choix de l’employeur
  • Lundi qui précède le 25 mai ("Fête de Dollard", ou "fête de la Reine")
  • 24 juin (Fête nationale du Québec)
  • 1er juillet (Fête du Canada)
  • 1er lundi de septembre (Fête du travail)
  • 2e lundi d’octobre (Action de grâces)
  • 25 décembre (Fête de la surconsommation)

Les 10 jours fériés de la France sont les suivants :

  • 1er janvier (gueule de bois)
  • Lundi de Pâques
  • 1er mai (Fête du travail)
  • 8 mai (Victoire de 1945)
  • Jeudi de l'Ascension
  • 14 juillet (Fête nationale)
  • Assomption
  • 1er novembre (Toussaint)
  • 11 novembre (Armistice de 1918)
  • 25 décembre (Fête de la rediffusion du "Père Noël est une ordure")

Parmi ces jours fériés, seulement deux sont garantis : Le Jeudi de l'Ascension et le Lundi de Pâques. Il en existait un troisième (le Lundi de Pentecôte), mais il n'est plus chômé depuis 2005, suite à une incroyable pirouette politique que je ne commenterai pas ici. Tous les autres jours dépendent du hasard. Une année pouvant commencer par n'importe quel jour de la semaine et être bissextile ou non, il existe 14 combinaisons différentes. Grâce à mes extraordinaires talents de programmeur qui m'obligent à rejeter chaque jour plusieurs offres d'emploi de Google et Microsoft, j'ai écrit en quelques secondes un script permettant de compter pour chaque année le nombre de jours fériés intéressants, c'est à dire ne tombant pas un samedi ou un dimanche :

Année non bissextile :

  • commençant le Lundi : 8 jours
  • commençant le Mardi : 9 jours
  • commençant le Mercredi : 9 jours
  • commençant le Jeudi : 8 jours
  • commençant le Vendredi : 6 jours
  • commençant le Samedi : 6 jours
  • commençant le Dimanche : 8 jours

Année bissextile :

  • commençant le Lundi : 9 jours
  • commençant le Mardi : 9 jours
  • commençant le Mercredi : 8 jours
  • commençant le Jeudi : 6 jours
  • commençant le Vendredi : 7 jours
  • commençant le Samedi : 8 jours
  • commençant le Dimanche : 7 jours

On observe que les Français bénéficient au maximum d'un jour ferié de plus que les Québécois, et qu'ils peuvent en avoir jusqu'à deux de moins (maudite année 2005). Cela ne répond toutefois pas totalement à notre question, puisque chaque combinaison n'a pas la même probabilité d'apparaître que les autres. J'ai donc fait une moyenne des vrais jours fériés entre 2007 et 2036 (un bug de PHP m'empêchant d'aller plus loin), et je suis arrivé à un résultat de 7.72. On peut donc estimer que durant les 30 prochaines années, les Québécois auront en moyenne 0,28 jours fériés de plus que les Français.

Étonnant, non ?

Zoologie

J'ai régulièrement l'occasion d'évoquer sur ce blog les nombreux détails qui distinguent le Canada de la France. On ne peut toutefois nier que ces deux pays partagent de nombreuses caractéristiques, et pas toujours pour le meilleur. J'ai par exemple pu constater aujourd'hui qu'une espèce néfaste s'adaptait parfaitement à ces deux pays malgré leurs climats fort différents : l'administratus boulex.
Bien que rien ne différencie physiquement l'administratus boulex de l'homo sapiens sapiens, il se distingue de ce dernier par des capacités intellectuelles nettement inférieures. Ce handicap ne l'empêche néanmoins nullement de se faire embaucher dans le service informatique des entreprises du monde entier. Il optera de préférence pour des sociétés employant de nombreux salariés, dans le but de dissimuler son incompétence derrière une masse de travail incommensurable.
Théoriquement, la mission de l'administratus boulex consiste à s'assurer que les employés disposent d'un ordinateur fonctionnel et de tous les logiciels dont ils ont besoin. L'objet de notre exposé partage malheureusement avec le bradypus infuscatus une profonde aversion pour l'effort. En dépit d'une déficience chronique de connexions neuronales, il a en outre compris depuis longtemps qu'il disposait d'un pouvoir de nuisance suffisant pour être dérangé le moins possible par les requêtes inopportunes de ses collègues, tout en passant pour un dieu de la technologie auprès de ses supérieurs.
L'administratus boulex ne doit en aucun cas être confondu avec son cousin éloigné l'administratus sympathicus, que la plupart des scientifiques s'accordent à classer dans les hominidés, en dépit de son goût immodéré pour la pizza et la mauvaise bière. Lorsqu'un employé change de bureau et qu'il manque une prise réseau pour brancher son deuxième ordinateur ((Notons au passage que l'employé en question a besoin de disposer de deux ordinateurs uniquement parce que l'administratus boulex a perdu les CD qui permettraient d'installer tous les logiciels dont il a besoin sur une seule machine.)), l'administratus sympathicus s'empresse de quérir un concentrateur afin d'effectuer l'indispensable connexion. L'administrateur boulex se contente d'affirmer avec fatalisme que ce n'est pas possible et qu'il faudra se contenter d'une seule machine.
Lorsqu'en raison de l'inaptitude de Microsoft à gérer correctement le passage à l'heure d'été, un employé voit tous les rendez-vous de son Agenda Outlook des trois prochaines semaines décalés d'une heure, l'administratus sympathicus s'excuse platement de l'incident et promet de chercher un moyen de régler simplement le problème. L'administratus boulex répond quant à lui dans un haussement d'épaules qu'il a envoyé le vendredi après-midi un courriel demandant à tous les employés de laisser leur ordinateur allumé le week-end afin qu'il puisse faire automatiquement la mise à jour d'Outlook. Si l'employé a le malheur d'affirmer qu'il n'a jamais reçu le courriel en question et que ce n'est pas la première fois qu'un message se perd ainsi, l'administratus boulex répliquera qu'il n'a qu'à mieux lire ses mails.
L’administratus boulex est responsable à lui seul de la mauvaise réputation dont souffrent tous les professionnels de l'informatique. C’est à cause de lui que les développeurs honteux n'osent révéler leur véritable métier dans les cocktails mondains et préfèrent prétendre qu'ils sont huissiers, inspecteurs du fisc ou thanatopracteurs.

Zizanie

Depuis une semaine, mes collègues et moi sommes un chouia stressés, car nous devons bientôt livrer une nouvelle version du logiciel sur lequel nous travaillons. En plus des classiques bugs apparaissant à la dernière minute, je dois composer avec un camarade programmeur très imbu de sa personne, tentant d'imposer une bibliothèque totalement inadaptée à nos besoins. Ayant gardé une grande confiance en l'intelligence humaine, en dépit de toutes mes expériences malheureuses, j'ai essayé en vain de le dissuader de cette bévue, en lui présentant méticuleusement mes arguments. Au lieu de répondre à ces dernier, celui-ci s'est hélas systématiquement réfugié dans les attaques personnelles, insinuant que je ne veux pas faire d'efforts ou que je suis psychorigide.

La situation s'est sensiblement dégradée vendredi matin, lors d'une réunion de synthèse. Alors que j'essayais une fois de plus de répondre aux attaques de mon contradicteur, dont la mauvaise foi commençait à me miner, j'ai oublié que j'ai tendance à élever la voix lorsque je défends mon point de vue avec conviction. Mon charmant collègue a bien sûr saisi cette occasion de me déstabiliser en m'expliquant que s'énerver ne servait à rien et que je devais rester calme, enchaînant sur un discours flamboyant sur la nécessité de respecter les opinions contradictoires.

Gêné d'avoir pu paraître agressif alors que ce n'était nullement mon intention, j'ai passé une bonne partie de l'après-midi à me reprocher de ne pas être capable de contrôler mon comportement. On m'avait pourtant prévenu à la session us et coutumes que les conflits ouverts étaient très mal vus au Québec. Le week-end a heureusement eu un effet bénéfique, et j'ai repris le travail lundi matin beaucoup plus sereinement. Je me disais que même si cette bibliothèque allait compliquer les choses, il valait peut-être mieux l'utiliser de la manière la plus intelligente possible plutôt que de perdre mon énergie à me battre contre son adoption qui semblait inéluctable.

L'après-midi, mon chef d'équipe qui partait en réunion m'a cependant expliqué qu'il avait réfléchi durant sa fin de semaine, et qu'il avait finalement envoyé un mail à mon camarade développeur et moi afin de nous demander de ne pas utiliser la bibliothèque en question. Après que mon collègue soit revenu de sa pause et se soit installé sur son ordinateur, il m'a demandé si j'avais lu le message que venait de nous envoyer le chef d'équipe, et j'ai répondu que oui.

Alors, très calmement, il a rangé ses affaires sans un mot et a quitté le bureau, trois heures plus tôt que d'habitude.

Je me suis dit que finalement, je ne gérais pas si mal les opinions contradictoires.

Ma job

Suite aux interrogations des lecteurs de ce blog, il est de mon devoir de révéler quelques détails supplémentaires sur mon nouvel emploi. Contrairement à la campagne de calomnie qu'a tenté de lancer dans les commentaires un obscur guitariste éleveur de gobelins, je ne travaille pas du tout pour une société spécialisée dans la diffusion d'images à la chasteté discutable, mais pour un gros acteur du secteur touristique. Pour être plus précis, j'ai été embauché par une entreprise de consultants en informatique qui cherchaient en urgence un développeur pour ce poste. Ma tâche consiste à corriger les erreurs et ajouter des fonctionnalités à un vénérable système informatique, en attendant que la nouvelle mouture soit mise en place. Cette activité somme toute assez peu gratifiante est compensée par un salaire supérieur à tous ceux que j'ai pu toucher en France, et théoriquement des perspectives professionnelles plus intéressantes lorsque ma première mission sera achevée (dans quelques mois, voire années, mais bon).
Côté conditions de travail, j'ai retrouvé toutes les spécificités des grosses entreprises que je n'avais pas connues depuis longtemps : immense salle de cafétéria, processus rigoureux de mise en ligne des nouveaux projets, remplissage hebdomadaire de fiches de temps, et délai de trois ou quatre jours avant que les administrateurs réseau daignent m'ouvrir un compte pour me connecter sur mon ordinateur et me créer une adresse de courriel. Mes collègues sont plutôt sympathiques, et je disposerai visiblement d'une grande autonomie pour gérer mon projet, ce qui correspond tout à fait à mes attentes. J'aurai sûrement beaucoup de choses à dire sur les particularités du monde du travail québécois dans les semaines qui viennent.
Bien conscient de l'austérité de ce billet, je promets cependant d'aborder la prochaine fois un sujet bien plus léger.

Les vacances sont finies

Bien que je vivrais volontiers uniquement de dépravation sexuelle et de cuites au Malibu-Coca, le déclin permanent du volume de mon compte en banque m'a rapidement convaincu de la nécessité de partir à la quête d'un emploi. Après avoir envoyé le nombre hallucinant de six CV en trois mois et décroché à la sueur de mon front un total astronomique de deux entretiens sans aucun succès, je commençais à perdre espoir. Comme souvent en cette occasion, j'ai été sauvé par ma Foi en la Licorne Rose Invisible (Bénis Soient Ses Sabots Sacrés). Mes prières adressées à cette dernière m'ont en effet permis d'acquérir la bravitude nécessaire pour me rendre à un troisième entretien qui s'est avéré bénéfique. Celui-ci m'a conduit à retrouver aujourd'hui l'incommensurable bonheur du travail salarié en tant que développeur Web pour une grande entreprise. Les collègues sont sympathiques, et pour une fois, le code que j'aurai à reprendre semble avoir été écrit par des programmeurs en pleine possession de leurs moyens intellectuels. Cet emploi a également l'avantage d'être à moins de trente minutes de bus de chez moi. C'est du moins ce que j'avais mesuré en m'y rendant la première fois pour mon entretien d'embauche. La chute de 15 cm de neige dans la journée a sévèrement alourdi cette durée.

Incertitude professionnelle

Ces trois dernières semaines, j'ai travaillé sur la traduction d'articles informatiques pour une maison d'édition siégeant à Paris. Même si cette tâche ne ne monopolisait pas toutes mes journées, je n'ai pas vraiment pris le temps de prospecter les entreprises québécoises, ni même de finir mon CV. Je me pose en ce moment beaucoup de questions sur mon orientation professionnelle. Après avoir été salarié pendant dix ans, je songe en effet de plus en plus à devenir travailleur indépendant, afin de pouvoir choisir librement mon emploi du temps et mon mode de fonctionnement.

Une première option est de continuer à écrire des articles pour l'entreprise française avec laquelle je travaille actuellement, et de me lancer en parallèle dans le développement de sharewares pour Macintosh. J'ai aussi quelques projets d'écriture que je repousse depuis des années. Le problème est que je n'aurai toujours aucune expérience québécoise dans mon CV. Cela risque d'être handicapant si je décide dans quelques mois de chercher un emploi salarié, la maison d'édition n'ayant plus besoin de moi et mes programmes n'ayant pas eu le succès escompté.

Une seconde option est de chercher un emploi salarié tout en continuant mes activités rédactionnelles, et réduire ces dernières quand j'aurai trouvé un poste. L'aspect positif de cette stratégie est que je pourrai justifier d'une expérience québécoise. Je pourrais en outre constituer un réseau de connaissances qui se montrerait bien utile si je décide plus tard de me lancer en freelance. Je garde toutefois un souvenir mitigé de l'époque où j'étais à la fois développeur à temps plein et pigiste pour un magazine d'informatique, car je n'avais plus du tout de temps libre.

J'imagine que tout ceci se résume à un choix entre faire des choses qui me plaisent et bénéficier d'une relative sécurité.

Le plus ironique dans cette histoire est que la semaine dernière, j'ai été contacté par deux personnes à quelques jours d'intervalle pour me proposer un entretien d'embauche en France. La première appartenait à une agence de recrutement cherchant un développeur web pour le site d'un groupe de presse informatique. La seconde travaillait aux ressources humaines d'une SSII et me proposait de rejoindre leur pôle de services Open Source.

Quand je pense aux difficultés que j'ai eu à trouver un travail de développeur lors de ma dernière année en France, notamment parce que je n'ai pas le sacro-saint diplôme d'ingénieur, je ne peux m'empêcher de rire jaune.

Le CV du worm japonais à l’iBook défectueux

Je suis retourné à la Grande Bibliothèque jeudi matin. Après m'être inscrit gratuitement et avoir obtenu ma carte, je me suis rendu au deuxième étage afin de montrer mon CV aux conseillers du service aux chercheurs d'emploi. J'avais malheureusement mal lu le site Internet indiquant que ces derniers n'étaient présents qu'entre 17h et 22h. Loin de me laisser décourager par ce contretemps, je me suis promené une bonne heure dans l'établissement, où j'ai emprunté une BD de Lauzier, des CD de Plume Latraverse, Katerine et Magyd Cherfi, deux livres en anglais sur XCode 2 et le Wifi, et un DVD de la version originelle québécoise de la série "Un gars, une fille".

Le soir, je suis allé avec Io soûper chez Yannick et Hélène, qui nous avaient préparé de bons cocktails et un non moins excellent repas japonais/laotien. Après de nombreuses heures à manger, jaser et jouer à Worms World Party, nous avons finalement dormi chez nos hôtes. Nous sommes repartis le lendemain midi en même temps que Yannick qui devait faire une démo à l'université de Montréal. Hélène avait déjà quitté à l'aurore pour se rendre à la banque où elle travaille.

Le vendredi après-midi, je suis retourné à la Grande Bibliothèque, intimement persuadé que le conseiller se contenterai de déplacer quelques virgules dans le CV que j'avais patiemment élaboré selon les consignes prodiguées lors de nos sessions d'information. C'était toutefois un peu présomptueux. Après avoir parcouru mon oeuvre avec un regard témoignant d'un enthousiasme mitigé, mon interlocuteur m'a expliqué que mon CV était trop long, redondant et pas assez accrocheur. Il m'a ensuite donné de nombreuses indications qui laissaient présager un éprouvant travail de retouches. Ravalant farouchement ma fierté et mes larmes, j'ai passé quelques heures à compulser les livres qu'il m'avait prêté afin de parfaire ma maîtrise du CV par compétences.

Lorsque je suis rentré le soir et que j'ai voulu transcrire numériquement ce travail de titan, mon iBook s'est soudainement lancé dans une transe psychédélique graphique, me donnant l'impression que je regardais canal + sans décodeur et sous acide. Quelques recherches sur Internet m'ont fait comprendre que l'ordinateur qui me seconde fidèlement depuis quatre ans appartient à une série défectueuse dont la carte graphique souffre de sénilité précoce. Je dispose théoriquement d'une chance infime de faire réparer ce dernier aux frais d'Apple, mais cela nécessitera probablement de l'immobiliser pendant plusieurs semaines. Cela tombe assez mal, car j'ai une piste sérieuse pour traduire des livres informatiques en freelance, et que mes goûts de luxe m'interdisent de rédiger sous autre chose que mon cher Mac OS X. Je me vois donc contraint de m'acheter une nouvelle machine.

Avec un peu de chance, c'est avec un magnifique MacBook que j'écrirai demain le billet consacré au festival spasm où nous sommes allés samedi. Le technophile qui sommeille en moi jubile, mais le financier fait plutôt la gueule.