voyage
La loi de la jungle
Soumis par Ian le dim, 01/04/2007 - 17:05.La tendance agaçante de certains Français à la généralisation abusive ne me fait pas oublier que ce mal existe absolument chez toutes les nationalités, y compris chez les Québécois. J'ai pu valider cette théorie avec Io à l'aéroport d'Orly, quelques heures avant que nous nous envolions pour notre pays d'adoption. Alors que nous faisions la queue devant le comptoir d'enregistrement des bagages, j'ai entendu derrière moi deux personnes qui discutaient avec un accent tout à fait identifiable. En me retournant discrètement, j'ai aperçu un couple de Québécois qui rentraient sans doute chez eux après quelques jours de vacances à Paris. Cette escapade ne semblait pas avoir détendu le jeune homme, car il s'agitait comme un pantin en regardant de toutes les directions avec un agacement visible, tandis que sa blonde tentait de le calmer. J'ai rapidement compris l'origine de cette fébrilité.
Quatre files de voyageurs avançaient en parallèle, chacune étant jalonnée de deux comptoirs successifs. Le premier était tenu par un agent de sécurité qui vérifiait les passeports et posait quelques questions de routine, tandis que le second permettait d'enregistrer effectivement ses bagages et de les poser sur le tapis roulant qui les achemineraient aux soutes. Le flot de passagers n'était pas régulier. Il arrivait donc qu'un voyageur passe le premier comptoir alors que la personne qui le précédait n'avait pas encore fini ses démarches au second. Constatant parfois que le second comptoir de la file d'à côté était libre, de nombreux voyageurs se précipitaient dessus afin de gagner un peu de temps. Ce comportement étant présent dans toutes les files, on pouvait raisonnablement supposer qu'il avait globalement pour effet d'accélérer la vitesse des enregistrements. C'était cependant sous-estimer l'attachement de notre Québécois au respect des files d'attentes. Celui-ci trépignait à chaque changement de file et prenait à témoin sa compagne avec un air offusqué.
- Ils changent de file. C'est pas normal. Je vais le signaler !
- Laisse, lui répond sa compagne, ici, c'est comme ça que ça se passe, c'est des Français. C'est la loi de la jungle.
J'ai failli réagir à cette saillie à la portée anthropologique insoupçonnée en lui expliquant que l'on pouvait être Français et civilisé, mais je suis resté sans voix. Au summum de l'exaspération, le jeune Québécois est quant à lui parti voir un agent de sécurité pour lui dire qu'il y avait des gens qui faisaient rien qu'à doubler. Il est revenu de ce bref échange totalement atterré :
- Il m'a dit que ça ne posait pas de problème et qu'on pouvait faire pareil !
Sa compagne paraissait tout aussi profondément choquée par cet exemple insoutenable de la sauvagerie française.
C'est à ce moment qu'Io et moi avons pu passer au premier comptoir. Les démarches se sont passées en deux minutes, et nous devions attendre que le second comptoir encore occupé se libère. Sachant que nous étions largement en avance pour l'avion, nous n'avons pas jugé utile de changer de file pour prendre d'assaut le comptoir qui venait de se libérer à notre gauche. L'autre couple s'y est en revanche jeté immédiatement après avoir passé le premier comptoir.
C'est ainsi que deux Français forcément barbares qui ne voulaient pas trop se stresser ont enregistré leurs bagages cinq minutes après deux Québécois civilisés qui étaient à l'origine derrière eux.
La loi de la jungle, ça s'apprend vite.
Bas-fonds
Soumis par Ian le dim, 18/02/2007 - 15:48.Dans de nombreux coins du monde, les Français pâtissent d'une triste réputation de grandes gueules prétentieuses se comportant dans les pays étrangers comme s'ils étaient en terrain conquis. Même si je rêve encore que ce portrait ne corresponde pas à la majorité de mes compatriotes, j'ai eu à maintes reprises l'occasion de constater que certains d'entre eux contribuent largement à entretenir ce préjugé par leur bêtise.
Il y a quelques années, j'ai dû passer deux jours à Berlin afin d'assister à un salon organisé par une grosse entreprise d'informatique. J'avais pour compagnons de voyage une demi-douzaine de journalistes travaillant pour des magazines professionnels de haut niveau, dans lesquels on explique aux décideurs pressés comment ils peuvent réduire leur TCO et augmenter leur ROI en misant sur les web services et l'out-sourcing tout en choisissant le logiciel d'ERP qui fournisse un système de provisioning on demand performant qui optimise le cash flow.
Le soir de notre arrivée, alors que nous étions dans l'autocar nous menant de l'aéroport à l'hôtel, j'ai compris que mon séjour allait être éprouvant. Nous étions en effet à peine entrés dans Berlin que mes camarades plumitifs s'amusaient à faire des blagues vaseuses sur l'ancienne occupation de la ville par les Soviétiques, histoire de montrer qu'ils avaient retenu le programme d'Histoire de leur troisième. Malgré leur médiocrité, ces propos faisaient beaucoup rire Ursule, la responsable de la communication de la société chargée de nous guider durant notre séjour. Je lui pardonnais cependant, pensant naïvement qu'elle agissait uniquement par conscience professionnelle.
Le lendemain, nous nous sommes présentés dans le hall du palais des congrès de Berlin où se déroulait le salon. Nous avons retrouvé notre nounou, qui expliquait à une hôtesse avec un manque de patience évident que le guichet presse était fermé et que nous avions absolument besoin de nos badges. L'hôtesse étant allemande et Ursule française, chacune s'exprimait dans un anglais hésitant, ce qui ne simplifiait évidemment pas la communication. Profitant que son interlocutrice n'était pas du tout francophone, Ursule a fini par lâcher un élégant "Mais elle est bouchée à l'émeri, cette connasse" qui ne me la rendit pas vraiment sympathique. Une collègue de l'hôtesse présente au comptoir d'à côté a répliqué fermement qu'elle comprenait très bien le français. Prise ainsi en flagrant délit, n'importe quelle personne intelligente se serait platement excusée en expliquant que ses mots ont dépassé sa pensée. Ursule a quant à elle continué à incendier les deux hôtesses, en tentant toutefois de modérer son langage.
Lorsque nous avons pu obtenir nos badges et entrer dans le salon, j'ai pensé que j'arrêterais enfin d'entendre des gens se plaindre. Je me trompais. Ursule et les journalistes ont en effet passé la journée à critiquer absolument tout ce qu'ils pouvaient : les sachets repas distribués à midi étaient infects, les salles d'exposition étaient mal indiquées, et, scandale suprême, le nom des conférences étaient annoncés dans les hauts-parleurs uniquement en anglais et en allemand. Même pas en français ! Je rappelle que nous étions à Berlin et que plusieurs dizaines de nationalité étaient ici représentées. Il semblait donc logique que la communication s'effectue dans la langue locale et dans la langue internationale.
Quand Ursule nous a proposé le soir même d'aller manger au restaurant, il m'a fallu beaucoup d'abnégation et de professionnalisme pour accepter ce qui allait fatalement être un calvaire. Nous avons trouvé un taxi et avons essayé laborieusement d'expliquer au conducteur où nous allions malgré la barrière de la langue. Pas longtemps. Au bout de quelques millisecondes, notre accompagnatrice s'est en effet à nouveau énervée. "Laissez tomber, il est mongolien, ce type !", s'est-elle soudain exclamée avant de partir à la recherche d'un chauffeur capable de s'abaisser à son niveau. Resté en plan avec deux journalistes, il m'a toutefois fallu un tout petit peu de patience pour que le mongolien en question comprenne où nous allions et nous amène sans encombre à destination. Durant ce court trajet, l'un de mes confrères a trouvé le temps de dire que "les Anglais sont des Allemands dégénérés" et qu'"ils sont les ennemis héréditaires de la France et font tout pour le rester" tandis que l'autre expliquait sans rire qu'il avait le droit de dire du mal des Allemands car une partie de sa famille était tombée au chemin des Dames. Quand je lui ai répondu que les Algériens pourraient en avoir autant à notre égard s'ils suivaient le même raisonnement, il m'a rétorqué que cela n'avait rien à voir et qu'on ne pouvait pas comparer des millions de morts à quelques centaines. Ursule est arrivée vingt minutes après nous au restaurant. Constatant qu'il n'y avait pas de pizzas à la carte alors que nous étions dans un restaurant italien, elle s'est écriée que les Allemands étaient vraiment cons. Ayant remarqué que tout le personnel du lieu comprenait le Français, j'ai prié intérieurement pour qu'elle se fasse à nouveau envoyer balader. Mais Dieu n'existe pas.
Le lendemain, nous devions retourner sur le salon afin de rencontrer un important responsable de la société organisatrice. Accompagné de mes camarades, qui contre toute espérance n'étaient pas morts de connerie durant la nuit, je suis donc arrivé dans un petit hall où une hôtesse nous a invités gentiment à la suivre jusqu'à notre interlocuteur. Derrière moi, j'ai alors entendu un journaliste murmurer à son collègue "T'as entendu comment elle a dit ça ? Ca faisait très 'tu viens chéri' !". Je lui ai jeté un oeil noir mais il n'a pas semblé en comprendre la raison. L'hôtesse nous a ensuite demandé de patienter un instant devant le bureau de son employeur, le temps qu'elle l'avertisse de notre arrivée. Mes collègues et Ursule se sont bien sûr indignés que l'on puisse faire attendre des gens de leur qualité :
- Quelle organisation de merde !
S'ennuyant ferme au bout de trente secondes, deux journalistes ont ensuite entamé une conversation d'une portée philosophique insoupçonnée :
- Je m'ennuie. J'ai envie d'un bar avec de jolies serveuses.
- Elle en met du temps. Qu'est-ce qu'elle fout ?
- Elle fait peut-être une gâterie à son patron, hein ! T'as pas lu son contrat !
Lorsque l'hôtesse est sortie brusquement et est passée devant nous en courant comme si elle avait oublié quelque chose, le niveau intellectuel est monté encore d'un cran :
- T'as vu ? Elle marche de travers, elle est sûrement partie chercher des Kleenex !
Le plus choquant était sans doute de voir Ursule rire de ces blagues carrément méprisantes pour le sexe auquel elle appartient, du moins en théorie. Finalement, l'hôtesse est revenue et nous a invités à entrer, ce qui a provoqué l'agacement de mes collègues et d'Ursule, indignés que l'on puisse presser des gens de leur qualité.
- Pffff, alors maintenant, il faut qu'on vienne tout de suite !
Après deux jours passés à entendre ainsi toutes les deux minutes une remarque raciste ou misogyne, je suis entré dans l'avion qui devait me ramener à Paris avec un certain soulagement. Malheureusement, un des journalistes s'est assis juste à côté de moi. Lorsque nous sommes passés avant le décollage devant un avion portant la marque Iberia, il m'a fait un clin d'oeil :
- C'est cet avion qu'on devrait prendre. Comme ça il y aurait des petites espagnoles à l'arrivée pour nous accueillir.
J'ai un instant songé à lui répondre que malheureusement pour lui, les Espagnoles avaient peut-être bon goût et que je n'étais pas dans la même misère sexuelle que lui, mais je me suis dégonflé. J'ai finalement réussi à dormir pendant tout le voyage afin de ne pas avoir à faire la conversation. Une fois que nous avons atterri et récupéré nos bagages, Ursule m'a proposé de me ramener chez moi en voiture. Dans un ultime élan diplomatique, j'ai accepté tout en sachant que j'allais regretter de ne pas utiliser le ticket Orly-Paris que j'avais déjà acheté. Devant l'ascenseur qui devait nous mener au parking souterrain, nous avons croisé un groupe d'adolescentes japonaises accompagnées de leur animateur. Visiblement paniqué, ce dernier appuyait fébrilement sur les boutons d'appel de tous les ascenseurs, sans se décider à en emprunter un. Ce comportement avait comme fâcheuse incidence d'empêcher de partir celui dans lequel nous venions d'entrer. Un journaliste qui profitaient également de la voiture d'Ursule s'est empressé de dire à celle-ci tout le mal qu'il pensait de cet énergumène. "Remarque, je le comprends, a-t-elle répondu d'un ton sec, avec les nouilles qui l'accompagnent". Bien sûr, absolument rien ne justifiait une telle critique à l'égard de ces jeunes orientales, mais pourquoi se priver d'un tel défouloir ?
Cet extraordinaire feu d'artifice de bêtise et de chauvinisme méritait bien sûr un bouquet final. Ce dernier s'est produit lorsqu'Ursule a dû aller payer le parking à un être humain, faute de monnaie à mettre dans le guichet automatique. Lorsqu'elle est revenue prendre le volant, elle était complètement hors d'elle. "Putain, je te jure, le mongolito, je lui demande une facture et il me sort un carnet à souche !". Là non plus, je n'ai pas compris en quoi le fait d'utiliser un carnet à souche pour faire une facture était infamant. J'en ai conclu qu'elle avait peut-être l'habitude qu'on lui fournisse ce document sur un parchemin dont la tranche est dorée à l'or fin. Je notais cependant que pour une fois, Ursule critiquait un Français, et non un étranger. Certes, il était noir, mais ce n'était sûrement qu'une coïncidence. Après un voyage qui m'a semblé interminable et durant lequel notre conductrice a successivement téléphoné avec son mobile au volant, grillé deux feux rouge et roulé à 140 km/h sur l'autoroute, c'est avec un grand bonheur que je suis descendu de la voiture plus tôt que prévu afin de continuer en métro.
Après avoir passé un séjour aussi éprouvant, avec des individus qui crachent sur tout ce qui n'est pas né dans le pays de Maurice Papon et Henri Désiré Landru, on vit difficilement la frustration de n'avoir pu hurler que les Français ne sont pas tous comme ça.
Escapade au carnaval
Soumis par Ian le mer, 07/02/2007 - 18:02.Samedi dernier, Io et moi sommes allés au Carnaval de Québec avec Stéphane (que je connais de mon premier séjour à Montréal) et sa femme Fanny (une bonne amie de Florence). Nous nous sommes promenés toute la journée dans la vieille ville, notre parcours étant ponctué d'une dégustation de tire d'érable sur la neige, de glissades sur bouée et de découvertes de statues de neiges et de glace. Nous avons conclu notre balade en assistant au fameux défilé. Cette escapade nous a fait beaucoup de bien, car c'est la première fois que nous quittions Montréal depuis notre arrivée au Québec.
Vous pouvez découvrir la galerie complète (merci à Supergab et Mat pour leurs conseils avisés :-) ).
Le parcours de l’immigrant
Soumis par Ian le sam, 23/09/2006 - 19:11.Comme je l'ai précédemment évoqué, Io et moi avons atterri à Montréal le 15 septembre dernier à 15h20 (heure de Montréal). Après avoir passé plus de sept heures dans l'avion sans pouvoir allonger mes jambes ni me gratter l'oreille de peur de donner un coup de coude dans l'oeil de ma voisine de droite, mon voeux le plus cher était d'arriver rapidement à notre hôtel afin de dormir dans un vrai lit. En tant que nouveaux résidents permanents, il nous fallait cependant passer quelques ultimes épreuves avant de quitter l'aéroport.
La première étape consistait bien sûr à passer le poste frontière. Celle-ci s'est avérée très rapide puisque l'officier s'est contenté de vérifier le visa de notre passeport.
Alors que la plupart des passagers se dirigeaient vers le carrousel pour récupérer leurs bagages, nous devions ensuite nous présenter dans le bureau de l'immigration canadienne. Là, un sympathique employé nous a fait remplir notre certificat d'acceptation et nous a remis un guide intitulé "Bienvenue au Canada, ce que vous devriez savoir". Ce dernier contient de nombreuses informations intéressantes sur le fonctionnement de notre pays d'accueil (système de santé, formalités administratives, etc). Notre interlocuteur a également noté notre adresse afin de nous envoyer notre carte de résident permanent. Celle-ci nous permettra éventuellement de voyager à l'étranger et de revenir au Canada tout en conservant notre statut.
Nous nous sommes ensuite rendus dans les locaux de l'immigration québécoise où un employé nous a donné une seconde brochure baptisée "Apprendre le Québec, guide pour réussir mon intégration". Ce document fournit des informations pratiques et administratives sur la province et se montre moins spartiate que la version canadienne. Il se présente comme un carnet de bord que l'immigrant est encouragé à remplir durant les premiers mois qui suivent son arrivée. Il dispose ainsi d'une liste de démarches à effectuer avec des cases à cocher au fil de sa progression, ou des espaces laissés en blanc pour noter les différents emplois qu'il aura obtenus au Québec. L'employé de l'immigration nous a expliqué que ce guide est très récent et a été créé pour aider les immigrants qui perdent parfois pied dans leur nouveau milieu. En raison d'une rupture de stocks, nous n'avons malheureusement pu en avoir qu'un seul pour deux. Le fonctionnaire nous a expliqué que nous pourrions en demander un autre lors de la réunion d'information organisée par le MICC. Il a néanmoins souligné qu'y assister n'était pas indispensable puisque j'avais déjà passé un an au Québec. J'ai eu un peu de mal à le convaincre que cette rencontre pouvait quand même nous être utile. J'en suis arrivé à me demander s'il ne voulait pas nous dissuader d'y participer en raison d'un manque de places. Nous avons néanmoins pu obtenir un rendez-vous pour une de ces réunions, l'employé nous rappelant bien que nous pouvions annuler plus tard en cas d'empêchement.
Après un rapide passage pour récupérer nos bagages et le chat prostré dans sa boîte, il nous restait à franchir l'ultime étape de la douane. Celle-ci était pour moi la plus angoissante, car je ne savais pas ce que nous devions inclure exactement dans notre déclaration, ni sous quelle forme présenter cette dernière. En plus des bagages que nous emmenions avec nous, il nous fallait en effet mentionner les affaires qui nous rejoindront par bateau dans quelques semaines. Fournir la liste générique que j'avais déjà donnée au déménageur ainsi qu'un inventaire des objets de valeur que nous emmenions avec nous (ordinateur, appareil photo numérique, iPod, ...) s'est heureusement avéré suffisant. Après avoir payé trente dollars de racket frais de contrôle des vaccins pour le chat, nous avons donc enfin pu prendre un taxi en direction du centre-ville, moins de deux heures après notre atterrissage.
Finalement, ce parcours s'est déroulé bien mieux que je ne l'imaginais. J'ai déjà vécu des moments plus terribles avec des agents de sécurité américains considérant les guitares comme des armes de destruction massive.


