immigration

Nos amis les sociologues (lettre ouverte)

Chers messieurs Vilbrod et Papinot,

Je viens de lire sur le site web de Ouest France un article annonçant que vous lanciez une étude sur les jeunes Français qui tentent de s'installer au Québec et rentrent finalement au pays. Je tiens à vous applaudir pour cette initiative qui permettra de mieux comprendre un phénomène encore mal cerné.

Bien que les recherches du démographe québécois Marc Termote aient permis d'estimer que la moitié des immigrés français quittent le Québec dans les huit ans qui suivent leur tentative d'installation, il n'existe en effet aucune statistique sur les motifs de ces retours. Disposer de ces données enrichira considérablement le débat sur une supposée détresse des Français dans la Belle Province qui ne repose aujourd'hui que sur des spéculations.

Afin que votre recherche soit vraiment complète, il me semblerait toutefois judicieux que vous ne vous contentiez pas de récolter en France des témoignages de compatriotes qui sont rentrés du Québec, mais que vous traversiez également l'Atlantique afin de rencontrer ceux qui y sont installés depuis des années et n'ont pas l'intention de s'en aller. Savoir ce qui peut retenir un Français au Québec est en effet selon moi aussi important que les raisons qui le font partir. Il me paraît par ailleurs indispensable de comparer le taux de retour et les motifs qui conduisent les Français à quitter le Québec avec ceux qui les poussent à abandonner d'autres pays où ils tentent de s'installer. Selon mon expérience, l'immigration comporte en effet à elle seule suffisamment d'obstacles (mal du pays, éloignement de la famille, difficulté d'adaptation au milieu) pour qu'on abandonne, quel que soit le pays d'accueil.

Si je me permets d'évoquer ces quelques points au risque de me faire passer pour un petit prétentieux qui apprend leur métier aux sociologues, c'est que certaines citations de l'article de Ouest France telles que "Certes, les relations sont « relâchées » au travail, mais il faut des mois avant d'être invité à manger chez un Québécois de souche." me font craindre que vous ayez tiré des conclusions de votre étude alors qu'elle vient à peine de commencer. Je trouverais par ailleurs dommage que le discours virulent de certains immigrés déçus abondamment relayé par une presse en manque de sujets vous fasse oublier qu'il existe beaucoup de Français heureux au Québec. Afin de contrebalancer le discours négatif d'une partie de leurs compatriotes, certains ont même créé sur le site de réseau social Facebook un groupe nommé "Les Français heureux au Québec ça existe !" (inscription requise) qui ne cesse de grandir.

En dépit de mes angoisses sûrement irrationnelles, je fais totalement confiance à votre rigueur scientifique, et je vous souhaite sincèrement bonne chance dans vos recherches dont j'attendrai les résultats avec impatience.

Je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de mes sincères salutations.

PS : j'ai publié une copie de ce courriel sur mon blog http://www.mauditfrancais.com/. J'ai créé ce dernier en août 2000 lorsque je suis parti pour un an en programme d'échange étudiant à l'Université de Montréal dans le cadre de mes études à Paris VIII. Je l'ai repris en septembre 2006 à l'occasion de mon immigration au Québec, qui pour le moment se passe très bien.

Exercices de logique

Exercice 1

Trouvez les failles de logique dans les raisonnements qui vous sont proposés.

Exemple :

Affirmation : "Les chiens sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chien."
Solution : Le fait que les chiens soient mortels n'exclue pas que d'autres animaux le soient aussi, par exemple, les hommes. En conséquence, le fait que Socrate soit mortel n'implique pas que Socrate soit un chien.

Affirmations

a) "Certains immigrants français au Québec vivent mal leur expérience, donc tous les Français qui immigrent au Québec se planteront."

b) "Si un ingénieur ne réussit pas au Québec, personne ne réussira."

c) "Les immigrés français qui réussissent au Québec sont des losers."

d) "Certains Français sont victimes de racisme de la part de certains Québécois, donc, tous les Québécois sont racistes."

e) "Ma copine québécoise m'a largué donc toutes les Québécoises sont d'infâmes féministes castratrices."

f) "La meilleure façon d'écrire un article impartial sur l'immigration des Français au Québec est d'interroger uniquement ceux qui sont déçus."

g) "Après 2 ans 1/2, 20% des immigrants français quittent le Québec, après 5 ans, plus d’un tiers partent, après 8 ans, 50% partent. Donc, au bout de 10 ans, 75% partent."

h) "En dépit de la moindre statistique sur le sujet, on peut affirmer avec certitude que tous les Français qui quittent le Québec le font par déception."

i) "J'ai le droit de censurer les commentaires qui me déplaisent sur le site que j'ai originellement créé pour échapper à la censure."

j) "J'ai à la fois le droit de cracher sur les personnes qui postent sous pseudonyme sur Internet et de défendre mes propres propos sous diverses identités dans les forums en me répondant à moi-même."

k) "Dix ans après avoir quitté le Québec, je serai toujours la référence sur les immigrants français dans cette province."

l) "Le gouvernement québécois ne fait jamais rien pour les immigrés français. Quand le gouvernement québécois fait des choses pour les immigrés français, c'est parce que j'ai râlé"

Exercice 2

Trouvez d'autres exemples de paralogisme dans votre entourage (site web, presse, etc.)

N'oubliez pas d'écrire votre nom sur la copie, d'encadrer le titre en rouge et de laisser une marge de trois carreaux pour les corrections.

Bonne chance !

Bingo de l’immigrant

Règle du jeu

  • Imprimer une grille par personne
  • Chaque participant prend au hasard une page différente d'un site web d'immigrés français déçus du Québec. Il coche une case de sa grille pour chaque mot ou expression correspondante trouvée sur la page.
  • Le premier participant à aligner cinq cases cochées verticalement, horizontalement ou en diagonal crie "Bingo !" et prend le premier avion pour Paris.
  • La case centrale est offerte, et doit donc être considérée comme déjà cochée.
  • Si par un hasard incroyable, aucun participant n'a gagné après avoir lu la première page du site, chacun recommence avec une nouvelle page.

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Adaptécheune

Les Québécois sont célèbres dans le monde entier pour leur opiniâtreté à défendre la pureté de la langue française contre l'invasion des anglicismes tous plus ou moins barbares. Un fait moins connu est que la plupart d'entre eux énoncent les mots anglais qui ont passé le filtre avec une prononciation et un accent si fidèles à la langue originelle que l'on pourrait soudain les croire débarqués directement d'Oxford (ou d'Austin, diront les mauvaises langues). Face à une telle rigueur linguistique, le Français moyen qui organise des séances de brènestorminngue dans le département marquétinngue avant d'emmener ses enfants voir les animaux au zauhau ne peut que mourir de honte devant sa propre incapacité à articuler correctement les termes qu'il emprunte aux autres langues.

Conscient de cette différence fondamentale entre nos deux cultures et souhaitant m'éviter les quolibets que ne manquent pas de faire subir certains Québécois aux Français ne maîtrisant pas la langue de Jack l'éventreur, je me suis appliqué à teinter chacun des mots anglais que j'utilise d'une couleur purement british propre à dissuader toute velléité de moquerie.

Cette bonne résolution m'a parfois conduit à commettre quelques bourdes. J'ai par exemple parlé pendant plusieurs semaines du magasin d'accessoires électroniques "soueusse", avant de remarquer qu'il s'appelait en fait "La source", et que c'est la prononciation française qui s'imposait.

À force de pratique, cette vigilance verbale permanente est cependant devenue une second nature. Je me suis même surpris à réfréner un smile narquois lorsqu'un formateur français en visite à ma job a prononcé à maintes reprises "brousseur" le mot "browser". Mes colleagues québécois reprenaient d'ailleurs ce term avec le même prononciation sans que je know vraiment s'ils faisaient du fun de lui ou s'ils essayaient sincerly de s'adapter à son language.

Malgré l'intellectuelle discipline qu'a nécessité la pronunciation english des words, je suis finalement satisfied du result. Aucun Québécois ne m'a jamais fait de reflexion ironique about my kind of speaking.

Ce sont mes friends français qui se moquent de moi at the phone en me disant qu'ils me trouvent très aware.

Comment rater à 100 % son immigration au Québec

Il existe en France des gens excessivement brillants à qui tout réussi. De leur bouche ne jaillissent que d'implacables vérités. Leur compréhension universelle des hommes et du monde leur permet de s'exprimer sur n'importe quel sujet en société sans besoin de s'encombrer de faits vérifiés ou d'une argumentation solide. Les entreprises qui ont eu la chance de bénéficier de leurs services restent à jamais transfigurées par la flamme qu'ils leur ont insufflée et peinent à survivre à leur départ pour des sommets toujours plus vertigineux. Bien que ces authentiques génies suscitent bien des jalousies chez les personnes banales, leur vie est loin d'être idyllique. Beaucoup dissimulent en effet l'insoutenable douleur qu'ils éprouvent de n'avoir jamais connu l'échec.

Ayant étudié patiemment ces spécimens moins rares qu'il n'y paraît, je peux heureusement leur affirmer que même la déconfiture leur est accessible. Pour en bénéficier il leur suffit de s'expatrier au Québec et de suivre à la lettre les conseils prodigués dans ce billet que je tire de mon observation de leurs prédécesseurs. Je ne parle pas ici d'une petite déception dont ils se relèveront facilement et qui ne peut satisfaire que les médiocres, mais bien d'une désillusion à la hauteur de leurs immenses talents qui restera à jamais incrustée dans leur vie comme un caribou dans leur chaussure.

Prérequis

Un premier atout pour garantir votre future débâcle est de disposer d'un incommensurable ego. L'idéal est de sortir d'une grande école dans laquelle on vous a martelé durant des années que vous faites partie de l'élite de votre nation. La Médecine ou le Droit peuvent faire l'affaire, mais il semble que certaines écoles d'ingénieurs françaises fortement cotées représentent ce qu'il y a de mieux dans le domaine. Vous devez par ailleurs vérifier que vos motivations sont bonnes. Même si vous pouvez faire croire à votre entourage que vous souhaitez découvrir une autre culture ou avoir des relations enrichissantes avec des personnes très différentes de vous, il est primordial que vous soyez en réalité guidé par le désir de vous payer un écran plasma géant ou que l'on vous appelle un jour "Monsieur le Directeur".

Le deuxième préalable est d'avoir accumulé au fil du temps une inextinguible haine de votre pays natal. Votre dégoût de la France doit être suffisamment fort pour que vous vous sentiez incapable d'en citer le moindre aspect positif et que l'idée d'y passer une année de plus vous donne la nausée. Les sujets susceptibles d'alimenter cette colère ne manquent pas : hommes politiques corrompus, taxes insupportables, administration inefficace, non respect de l'environnement, etc. Cet exaspération constituera le terreau sur lequel vous pourrez faire grandir votre rêve d'un ailleurs meilleur, élément indispensable à votre future désillusion.

Lorsque vous vous serez convaincu à force de ruminations que l'expatriation est votre seul avenir, vous serez mûr pour assister à l'une des sessions d'information de la Délégation Générale du Québec à Paris. Lors de cet événement, un employé du gouvernement québécois vous présentera la province sous son meilleur jour afin de vous donner envie d'immigrer. Dans ce contexte, il est évident que les informations qui vous seront fournies seront tendancieuses ou incomplètes. Vous devez toutefois les considérer comme les seules fiables et vous abstenir à tout prix de poser des questions sur les côtés négatifs que l'on aurait omis de vous présenter. Vous vous créerez ainsi une vision idyllique du Québec qui sera forcément ternie par l'expérience que vous en aurez, tout en gardant de côté la DGQ comme bouc-émissaire en cas de besoin. Notez que cette dernière vous avertira peut-être des difficultés qui vous attendent, comme la non-reconnaissance de certains diplômes ou le protectionnisme des ordres professionnels. Une bonne partie de votre échec dépendra de votre aptitude à ignorer ces avertissements.

Préparation

Une fois que vous aurez pris la décision d'immigrer sur la foi des seules informations fournies par la DGQ, vous devrez vous lancer dans de longues démarches administratives pour obtenir votre visa et préparer votre départ. Il est bien sûr totalement inopportun que vous mettiez à profit cette attente pour vous documenter plus en détail sur votre destination puisque cela nuirait au fiasco total que vous avez projeté. Le meilleur moyen de construire votre futur effondrement est de vivre chaque événement néfaste de votre quotidien comme une raison supplémentaire de quitter ce pays de merde. Lorsque vous devrez faire face à des tracas personnels, administratifs ou financiers, relativisez-les systématiquement en vous répétant "je m'en fous, je me casse", ou encore mieux, "encore 147 jours et je me casse" (variante à modifier tous les jours). Tracez des traits sur les murs de votre chambre pour compter les jours restant comme un détenu qui attend sa libération, fâchez-vous avec vos meilleurs amis, brouillez-vous avec vos collègues... bref, faites votre possible pour saborder votre vie présente, guidé par la certitude que vous ne reviendrez jamais.

Plutôt que de prévoir un point de chute temporaire qui vous laisserait l'occasion de visiter et de trouver l'appartement de vos rêves, cherchez-en un de la France avec pour seule exigence qu'il soit situé sur le Plateau Mont Royal. Si possible, signez immédiatement le bail. Avec un peu de chance, vous vous retrouverez avec un logement pourri et très cher que vous serez obligé de garder pendant un an. Rappelez-vous par ailleurs que les services d'immigration du Canada exigent que vous disposiez d'une somme minimum pour survivre durant les premiers mois de votre installation. Il est important que vous mettiez exactement ce montant de côté. Pas un dollar de plus. Les raisons de ce point son trop évidentes pour être exposées.

Le grand saut

Si vous avez suivi à la lettre les conseils prodigués ci-dessus, votre naufrage ne devrait être qu'une question de mois. Quelques astuces simples vous permettront toutefois d'accélérer le processus une fois sur place. L'aspect le plus important est d'entretenir votre solitude. N'acceptez surtout pas d'échanger vos coordonnées avec les compatriotes dans la même situation, que vous trouverez éventuellement à l'aéroport ou dans les bureaux de l'immigration. Vous n'avez pas fait 5000 bornes pour vous retrouver avec des Français. Si des amis déjà présents sur place tentent de vous aider dans vos démarches ou de vous donner quelques conseils, repoussez-les violemment en disant que vous êtes assez grand pour vous débrouiller seul. N'assistez surtout pas aux réunions d'information organisées au Québec par le ministère de l'immigration pour aider les immigrés à s'intégrer ou trouver du travail. Ces séances infantilisantes sont réservées aux petits joueurs qui n'ont pas de Bac + 5.

Une autre astuce consiste à vous laisser toujours guider par l'émotivité et en aucun cas par l'analyse ou la réflexion. Bien que l'immigration soit une aventure difficile quel que soit le pays d'accueil, chaque déconvenue doit être vécue comme un insoutenable déchirement de l'image que vous vous étiez faite du Québec. Ne considérez surtout pas les petits incidents comme tels, mais toujours comme des claques d'une violence inouïe remettant systématiquement en cause votre décision de vous installer dans ce pays de merde. Lorsque vous affronterez des malentendus avec la population locale, n'essayez jamais de comprendre. Jugez. Veillez également à comparer sans arrêt le Québec à la France en accordant toujours la suprématie à cette dernière dans tous les secteurs. N'adoptez sous aucun prétexte les us et les coutumes de vos nouveaux hôtes. Essayez au contraire de trouver les bonnes adresses pour vous procurer à prix d'or tous les produits qui vous permettront de vivre dans ce lieux étranger sans changer d'un poil vos habitudes : fromage, vin, etc.

Côté emploi, il est hors de question que vous acceptiez un poste qui ne mette pas en valeur votre génie. L'acceptation d'un travail que l'on vous propose ne doit pas se baser sur son intérêt ou sa rémunération, mais uniquement sur la conservation du titre ronflant dont vous bénéficiiez en France. Même si les entreprises peuvent avoir du mal à vous situer faute de connaître vos diplômes ou vos anciens employeurs français, elles doivent être en mesure de détecter l'excellence qui émane naturellement de votre personne. Si vous obtenez un job malgré vos efforts, traitez vos collègues comme des sous-fifres et expliquez-leur comment ils doivent travailler. N'hésitez pas non plus à leur donner un avis définitif sur des sujets que vous maîtrisez mal comme la souveraineté du Québec ou la défense de la langue française.

Bien qu'il vous faille éviter comme la peste les immigrés français se plaisant au Québec, un atout indéniable pour mener votre malheur à son apogée est de trouver des immigrés de la même trempe que vous et d'organiser régulièrement avec eux des repas au cours desquels seuls les points négatifs du Québec seront abordés. Vous vous enfermerez ainsi dans une bulle totalement autonome et absolument hermétique à tous les bienfaits que la Belle Province peut vous apporter. Au bout de quelques mois à ce rythme, vous n'aurez plus qu'une idée en tête : retourner dans votre pays d'origine si génial auquel personne n'aurait jamais dû vous arracher. Vous pourrez enfin rentrer vivre en France, enrichi de cette expérience de l'échec que vous désespériez de vivre un jour.

Mise à jour : En raison de l'inaptitude de certaines personnes à comprendre que l'on peut émettre un avis sur l'immigration au Québec sans prendre parti pour un des deux sites qui se font la guerre, je suis contraint de lire les commentaires avant de les publier. J'en suis le premier désolé.

Bonne nuit la Pythie

Malgré les nombreux courriels et commentaires postés par mes groupies se demandant si je suis sorti indemne du Parc des Maringouins, je me vois contraint de retarder la publication du bilan de mon camping. A mon retour, j'ai en effet vécu une révélation tellement fracassante sur mon karma, une analyse tellement fine de mes méandres cérébelleux que je me sens incapable d'écrire le moindre billet sans en avoir auparavant rendu grâce à son initiateur.

En consultant les statistiques de mon blog lundi soir après trois jours de jeûne informatique, j'ai découvert qu'une personne était arrivée sur celui-ci grâce à un lien publié sur le site bienvenue-au-quebec.com. L'ego tout frétillant, je me suis rendu à l'adresse en question pour savoir ce qu'on disait de moi, et je suis tombé sur la présentation suivante :

Site de maudit francais.com

Site d’un petit Français fraîchement débarqué de la Belle Province, aimant bien manier la prose. Cependant, l’émerveillement de départ laisse progressivement la place à une triste réalité concernant le pauvre avenir qui l’attend au Québec. Pronostic de départ du Québec : au plus tard fin 2009.

Les erreurs factuelles qui parsèment ce résumé malgré sa brièveté auraient pu me rebuter. Je mesure par exemple 178 centimètres, ce qui, au regard de la moyenne nationale de 175, fait de moi un grand Français et non un petit (je refuse de penser que cet adjectif ait été employé pour marquer de la condescendance). L'auteur semble en outre ignorer que j'ai vécu un an au Québec entre 2000 et 2001 avant d'y immigrer, ce qui ne fait pas de moi un fraîchement débarqué. J'ai néanmoins pardonné ces oublis. La vie serait bien compliquée si on devait se renseigner sur les gens avant de parler d'eux. J'ai moi-même craché pendant des années sur les toiles de Laurent Jalabert avant d'apprendre qu'il ne peignait pas.

Ce qu'il faut saluer avant tout, c'est la perspicacité de l'auteur qui lui a permis de deviner non seulement que j'aimais manier la prose, ce qui était facile, mais aussi de déceler dans mes billets un émerveillement laissant place à une triste réalité sur mon pauvre avenir sans que je m'en sois aperçu moi-même, ce qui est nettement plus balèze. Il y a à peine quelques jours, je pensais que le ton de mes billets variait au gré de mes humeurs sans verser dans un pessimisme ou un optimisme excessif. Ils illustraient selon moi les dictons aussi stupides que "Il y a des jours avec et il y a des jours sans" ou "Après la pluie le beau temps". À présent que j'ai lu cette brillante synthèse de mon site, il est incontestable que je glisse inexorablement sur une pente qui me mènera à l'alcoolisme, au suicide, à la prostitution ou au militantisme UMP. J'en viendrais presque à désespérer si l'auteur de bienvenue-au-quebec.com n'indiquait généreusement la date de mon départ sans m'avoir jamais rencontré, alors que je ne sais même pas ce que je vais manger demain midi.

Merci et bravo !

Sincèrement.

Exégèse

Comme d'autres génies contemporains, je m'aperçois régulièrement qu'une de mes visions à la rhétorique trop audacieuse a été mal appréhendée par le grand public. La densité conceptuelle de mon dernier billet consacré au syndrome post-échec a par exemple engendré quelques aberrations cognitives qui nécessitent d'urgentes rectifications. Avant de poursuivre, je tiens toutefois à préciser que ces malentendus ne sont en aucun cas dûs à une défaillance de mon lectorat, mais bien à mon incapacité à adapter la subtilité de mes écrits à l'intelligence moyenne de la population mondiale.

Une première erreur de jugement a été de croire que mon billet était destiné à régler mes comptes avec l'administrateur de je ne sais quel forum. C'est bien sûr totalement faux. Pour être honnête, je suis tellement subjugué par la pertinence de mes propres textes que je ne vois plus l'intérêt de lire ceux des autres. Les cadres de Bell m'ont récemment accordé une réduction de 15 % sur mon abonnement mensuel à Internet après avoir réalisé que je me connectais uniquement sur mauditfrancais.com. Malgré leurs indéniables qualités, les autres sites se sont donc progressivement dissipés de ma mémoire, à tel point qu'il m'est impossible de me souvenir du moindre rédacteur envers lequel je pourrais avoir une quelconque rancune ou animosité.

Une deuxième intention que l'on m'a prêté à tort est de présenter le Québec comme un lieu paradisiaque exempt de tout défaut. Il n'en est rien. Je suis bien conscient que, comme toutes les autres nations, celui-ci souffre de nombreux maux parmi lesquels on peut citer un système de santé public désastreux, des viaducs aussi solides qu'un ouvre-boîte de Dollarama, et, pire que tout, une cécité inimaginable de ses dirigeants qui fait qu'aucune institution publique n'a spontanément proposé de soutenir financièrement mon blog en dépit des bienfaits qu'il prodigue à l'humanité. La seule chose que j'ai souhaité démontrer est que le SPI et le SPE étaient deux facettes d'un même problème. Plus on idéalise le Québec en tant qu'immigrant aspirant avant le grand saut, plus on risque de le détester après quelques années de séjour.

Le troisième procès totalement infondé que l'on m'ait fait est de faire porter aux immigrés déçus tout le poids de leur échec. Calomnies ! Même si on peut difficilement nier qu'une personne à la psychologie fragile aura moins de chances de s'intégrer dans un pays étranger que, par exemple, moi, dont la combativité a inspiré plusieurs ouvrages sur le développement personnel, je ne pense pas que ce soit un critère déterminant. Le succès d'une immigration dépend beaucoup du hasard et des rencontres. Io et moi avons par exemple la chance inestimable d'avoir été acceptés à Montréal dans une bande d'amis tellement chaleureuse que j'en oublierais presque ma misanthropie. Par ailleurs, rentrer en France après avoir essayé de s'installer au Québec n'est un échec que si on le considère soi-même comme tel. Le seul fait d'avoir tenté l'aventure devrait suffire à se sentir grandi. Le plus important n'est pas de savoir si on pardonne ou non la société d'accueil pour ce rendez-vous manqué, mais de se pardonner à soi-même de n'avoir pu rester en se disant que l'on a fait de son mieux.

Je suis obligé de vous laisser car une meute de fans en délire est en train d'organiser une auto-immolation collective devant ma porte. J'espère sincèrement vous avoir transmis ne serait-ce qu'une parcelle de ma lumière intrinsèque par ce texte que je vous livre en toute humilité.

À la manière de …

Ami lecteur, ce billet a été fortement inspiré de celui d'un autre blogueur immigré. Sauras-tu le retrouver ?

Syndrome Post-Échec

Tous les immigrés français déçus du Québec sont plus ou moins gravement atteints d'une affection très commune : le Syndrome Post-Échec, ou SPE (PEF en anglais). Pour en avoir étudié les manifestations au fil des ans sur le web, c’est une maladie que je connais bien. Elle n’est pas douloureuse pour le malade, qui ignore son affection la plupart du temps, mais elle l’est pour ses proches et pour tous ceux qui n’en sont pas atteints. En voici les principaux symptômes :

Rejet du pays d'accueil

Dans l'attente d'un retour à la patrie qu'elle prévoit depuis longtemps pour bientôt, la victime du SPE développe très rapidement une véritable allergie au pays qui la faisait rêver jadis. Ici, tout est foutu, tout est pourri, rien ne pourra jamais y faire. Tous les efforts sont vains, le bateau coule, la seule et unique solution est la fuite. Tout ce qu’elle a pu trouver beau, agréable et intéressant dans le passé, elle le trouve maintenant laid, pénible et sans intérêt. La victime se demande même comment elle a fait pour vivre aussi longtemps dans un tel enfer.

Sublimation du pays d’origine

Dans le pays d’origine, par contre, tout était merveilleux. Contrairement à ses nouveaux compatriotes qui ne sont qu’une bande d’abrutis, les braves gens qui y vivent on su conserver les valeurs humaines essentielles. Contrairement au pays d’accueil, tout semble beau dans la contrée natale. Même la plus délabrée des universités, même le plus odieux des commerçants, tout brille de mille feux.

Mais le décor n’est pas le plus important. Ce sont surtout les amis et la famille que l'on a laissés qui comptent, leur merveilleux amour, leur soutien indéfectible, leur fidélité, leur sincérité, leur tolérance et tout un tas d’autres qualités ignorées par les nouveaux compatriotes du malade. La personne souffrant de SPE n’aura d’ailleurs de cesse que de se débarrasser de ses anciennes utopies pour, dans un magnifique élan patriotique, se réconcilier avec sa société d'origine.

Le malade se sent alors de plus en plus proche de son terroir. De retour de vacances dans ce paradis perdu qui est l’objet de tous ses regrets, l’immigré déçu ressentira la déchirure que seuls ressentent ceux qui s'exilent.

Rejet ou contournement de l'opinion des immigrants déjà installés

Le contact avec les immigrants ayant une meilleure expérience du pays d’accueil est troublant pour la victime de SPE. Elle ne peut pas intégrer que d’autres qui sont déjà passés par là ne ressentent pas la même déception qu’elle.

De là découlent deux types de comportement. D’abord, le rejet pur et simple. On ignore totalement ceux qui ne montrent pas une image du pays conforme à celle qu’on a perçue. On ne veut pas les voir, ce ne sont que des immigrés déçus en devenir, ils n’existent pas.

Mais très rapidement, vu le nombre de témoignages heurtant ses convictions, la victime de SPE ne peut plus les ignorer. Il faut cependant qu’elle s’en sorte quand même. Alors elle développe une stratégie dite "de contournement". Il y a bien une explication plausible à ces nombreux témoignages positifs sur le pays d’accueil : Si c'est surtout ceux-là qu'on entend, c'est parce que l'on censure ceux qui disent le contraire.

Alors le malade s'inscrit à un forum Internet spécialement dédié aux immigrés déçus. Il discute avec tous les autres immigrés déçus et se rassure. Lui et ses camarades avaient moins de chances que les autres de s’intégrer car ils avaient trop de qualités. Comme il a compris qu’une grande cause d’échec de l'immigration était la généralisation abusive, il se convainc que ce n’est pas pour cette raison qu’il retourne dans son pays, alors que c’est en complète contradiction avec le premier de ses symptômes. Mais la victime de SPE n’en est pas à une contradiction près : tout est bon pour qu'elle ne se sente pas ne serait-ce qu'un peu responsable de son échec.

Ayant compris que sa principale erreur est d'avoir trop idéalisé le pays d'accueil, ce qui l'a amené à accumuler les déceptions, elle essaye de se convaincre que personne ne peut échapper à cette tendance en raison du bourrage de crâne opéré par la Délégation générale du Québec à Paris et n'hésite pas à traiter ses membres d'escrocs.

Dans les cas les plus sérieux, le malade se croit investi d’une mission de formation et se met à donner des leçons aux futurs immigrants. Il leur explique qu'ils vont se planter quoiqu'il arrive et qu'il est préférable qu'ils restent chez eux.

Ignorance de l’affection

Le sujet souffrant de SPE ignore toujours qu’il en est atteint. Comme certains névrotiques, il pense que ce sont les autres qui sont malades.

Quand on y réfléchit bien, le SPE est très similaire à ce que peut ressentir un individu lorsqu’il vient de subir une rupture amoureuse. La personne aimée est soudain accusée de tous les maux et il ne veut rien entendre de bon à son sujet. Et si quelqu’un souligne une qualité chez l’objet de sa haine, il n’y croit pas et explique cela par l'incompréhension ou la naïveté.

Le SPE est aggravé par l’attente du retour. Il est exacerbé par les voyages dits "de préparation" qui ne sont en fait que du tourisme inversé. Ces voyages sont particulièrement néfastes au malade, car ils l’enfoncent dans de vains rêves de vie sans souci au quotidien libre de contingences matérielles.

Contrairement aux affections dont soit on meurt, soit on reste idiot, le SPE n’est pas mortel. Apprenez-donc à en reconnaître les symptômes et à les combattre.

Accepter que chaque individu est différent, que certains peuvent réussir là où l'on a échoué et que l'on a quand même retiré des choses de positives de l'aventure est la meilleure des thérapies pour combattre le SPE.

Solution du jeu : Syndrome Pré-Immigratoire

Bienvenue

À la session d'information "Us et coutumes", nous avons rencontré un couple de Roumains nommés Sofia et Mihai. Io et moi nous sommes très bien entendus avec eux, et nous nous revoyons régulièrement. Sofia a récemment trouvé un emploi de secrétaire juridique. Mihai prépare quant à lui l'examen qui lui permettra d'exercer son métier de pédiatre au Québec. Ils parlent tous les deux un français impeccable, dont mon roumain catastrophique qui se limite à "Noroc" ne peut que rougir.

Il y a quelques temps, Mihai me racontait combien il avait été agréablement surpris par l'accueil des Québécois dans son nouveau quartier. Alors qu'il venait de remercier l'épicier qui lui rendait sa monnaie, celui-ci lui a en effet répondu "bienvenue !" Trés ému qu'on l'accepte avec autant d'enthousiasme, Mihai lui a répondu "merci", ce à quoi l'épicier lui a à nouveau répondu "bienvenue !". Mon ami a alors quitté le magasin en remerciant encore, presque que gêné qu'on lui témoigne tant d'égards.

Plus tard, il a appris qu'au Québec, "bienvenue" signifiait "de rien".

L’Immigré con tacle

A plusieurs reprises, ce blog a été victime de messages haineux d'immigrés français déçus du Québec, sombrant trop facilement dans la généralisation abusive et le racisme. La plupart de ces indésirables se contentaient généralement de poster un commentaire très agressif envers les Québécois sur mon site puis disparaissaient dans la nature, ce qui leur évitait de répondre aux arguments de leurs contradicteurs. Cette pratique trop courante sur Internet, connue sous le nom de Troll, m'avait contraint à publier une mise au point invitant ces importuns à aller se défouler ailleurs.

Depuis quelques années, ces divers spécimens se retrouvent sur le site Immigrer-Contact, ce qui a l'avantage de limiter les débordements nauséabonds vers le reste d'Internet. Le problème est que son fondateur (puisse son nom sombrer dans l'oubli) a tendance à se présenter comme le porte-parole de tous les immigrés français au Québec, comme on a pu le voir récemment sur le site québécois Canoe.

Après Christophe et Jean-Philippe, je tiens donc à signaler que je ne me reconnais pas du tout dans le discours de cet individu et de ses amis. J'espère de tout coeur que de nombreux autres blogueurs français résidant dans la Belle Province posteront également un billet pour se démarquer de cette bande d'aigris incapables de se remettre en question et rejetant leur échec sur 8 millions de personnes.

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