immigration
SOS amitié
Posté par Ian le jeu, 24/06/2010 - 18:32
Crédit photo : Fabrizio Lonzini
Comme tous les immigrants, les Français qui viennent s'installer au Québec sont souvent obligés de reconstruire leur réseau social à partir de zéro. Je n'évoque pas ici l'obsession de certaines de mes connaissances de remplir leur carnet d'adresse d'individus susceptibles d'accélérer leur ascension sociale et leur visibilité professionnelle, mais bien du besoin de trouver des amis avec qui l'on peut aller boire une bière sans avoir à se cogner sept heures d'avion.
Je suis conscient d'avoir été particulièrement chanceux dans ce domaine. Malgré ma personnalité asociale à mi-chemin entre Gaston Lagaffe et Hannibal Lecter, j'ai réussi à tisser des liens suffisamment forts lors de mon programme d'échange universitaire pour qu'il en reste quelque chose à mon retour comme immigrant. Depuis, j'ai sympathisé avec de nombreuses autres personnes, et j'ai aujourd'hui suffisamment d'amis au Québec pour boire plus de bières que mon foie ne saurait tolérer.
Bien que la plupart des immigrants français que j'ai pu croiser aient également une vie sociale bien remplie, j'en ai plusieurs fois entendus se plaindre de ne pas avoir d'amis québécois. Je suis toujours surpris par cette affirmation. Selon mon lexique, un Québécois est en effet une personne qui vit au Québec. Il est donc inévitable qu'une partie des personnes avec qui ces expatriés font la bringue réponde à ce critère, à moins qu'ils se limitent à fréquenter des touristes et des bons joueurs de hockey.
En mettant de côté ma fausse naïveté irritante, il m'est certes facile d'admettre qu'ils regrettent surtout de ne pas compter parmi leurs intimes des natifs québécois, voire des Québécois des souche, pour reprendre l'expression pittoresque des bûcherons. Bien que ma feinte innocence pénible me pousserait à mettre en doute l'utilité de fixer des quotas ethniques pour ses propres amis, je comprends en partie cette déception. Il peut être difficile pour un immigré de se sentir intégré dans un pays s'il n'arrive à se faire que des compatriotes comme amis. Les plus paranoïaques ressentent cette situation comme un rejet de leur personne. Les plus masochistes culpabilisent de leur incapacité à s'ouvrir aux autres cultures, tel le vacancier qui quitte son hôtel à Djerba après une semaine de séjour sans avoir parlé à d'autres Tunisiens que le serveur du bar.
Je trouve néanmoins qu'il est erroné d'en conclure que les Québécois sont racistes (ou du moins, plus racistes que les Français). Le communautarisme est un des travers les plus fréquents de la nature humaine et il n'est pas nécessaire de changer de pays pour en constater les effets. Lorsque j'ai quitté la ville de Blois, que j'ai transfigurée en y passant mon enfance, afin de continuer mes études à Paris, j'ai eu énormément de mal à me lier avec des natifs franciliens. La plupart de mes amis étaient blésois comme moi, rémois ou poyaudins. Seules mes techniques de chasse ancestrales m'ont permis d'apprivoiser quelques Beauvillésois, Garennois et Bellifontains farouches à force de longues années d'embuscade.
Les immigrants français qui se sentent comme des parias parce qu'ils n'ont pas d'amis pure laine semblent par ailleurs ignorer qu'ils interagissent au quotidien avec des dizaines d'entre eux, que ce soit en travaillant avec une collègue montréalaise, en commandant un sandwich à un vendeur originaire d'Abitibi ou en bénéficiant des services d'une danseuse de Sainte Hyacinthe. Et surtout, je n'arrive pas à comprendre l'attitude consistant à refuser à tout prix de se mêler à des compatriotes ou à d'autres expatriés, comme si cela augmentait la probabilité de se faire des amis québécois. En plus d'être inefficace, c'est sans doute la meilleure méthode pour ne pas avoir d'amis du tout.
Sur le plateau Oh ! Oh !
Posté par Ian le jeu, 18/03/2010 - 10:37
Je me permets de recycler exceptionnellement un billet que j'ai posté il y a un an sur mon autre blog impolitesses.net. Celui-ci me semble en effet avoir sa place ici et, surtout, illustrer à merveille l'état d'esprit de certains Français interviewés pour cet article de cyberpresse.
7h du matin
Une toune des cowboys fringants m'arrache des bras de Bianca Gervais. Je m'assois sur le rebord de mon lit et arrête mon iPhone. En regardant la date affichée sur l'écran à cristaux liquides, je ne peux retenir un sourire de satisfaction : Cela fait exactement un an que j'ai quitté mon appartement du XIème arrondissement de Paris pour m'installer à Montréal.
Comme chaque matin, j'ouvre le dictionnaire des expressions québécoises qui trône sur ma table de chevet à une page au hasard. Les yeux fermés je pointe celle que j'essaierai d'utiliser le plus souvent possible au cours de la journée. Aujourd'hui, c'est "la tête à Papineau". Je me lève et me dirige vers la salle de bain en traînant péniblement les pieds. J'ai vraiment la plotte à terre. Hier soir, comme chaque jour de la semaine, j'ai regardé 110% jusqu'à 22h en m'enfilant un bon demi-litre de Caribou. J'aurais pu me coucher immédiatement après, mais je suis tombé par hasard sur une chaîne du câble qui diffusait une émission de télé-réalité vraiment captivante. Je crois que ça s'appelait "La petite vie".
La demi-heure que je passe sous la douche en chantant des tounes de Céline Dion me reconnecte heureusement au monde réel. Ma toilette terminée, je retourne dans ma chambre et m'habille tranquillement en regardant "Salut Bonjour". Depuis que j'ai appris par la publicité que la plupart de ses fournisseurs sont Québécois, j'achète tous mes vêtements chez Walmart. C'est le moindre des services que je puisse rendre à ma terre d'accueil.
8h11
Je mets mon Kanuk, prends ma pelle et sors de chez moi pour affronter l'une des plus terribles tempêtes de l'hiver. Après avoir passé vingt minutes à déneiger ma Civic en pestant, je jette triomphalement la pelle dans le coffre et prends le volant pour me rendre à mon bureau qui se situe 300 mètres plus loin. Un coup d'oeil à ma montre me permet de constater que je suis un peu en avance. Je décide donc d'aller prendre mon café au Tim Hortons qui se trouve au coin de la rue.
Lorsque je pousse la porte, la serveuse du comptoir le plus proche me reconnaît immédiatement :
- Salut, Marc-André, qu'est-ce que tu prends aujourd'hui ? me demande-t-elle avec un sourire (j'ai changé mon nom "Stéphane Martin" en "Marc-André Tremblay" il y a trois mois afin de m'insérer encore mieux dans ma nouvelle patrie).
- Comme d'habitude, une tasse de votre excellent café et un Boston au chocolat, réponds-je en faisant bien attention à prononcer "boston" et non "bostonne".
Après avoir laissé deux dollars de tip à la serveuse, je m'installe à une table près de la vitrine. Quelqu'un a laissé sur une chaise un Journal de Montréal daté d'aujourd'hui. Je l'ouvre en me délectant d'avance. Lors de mon arrivée dans la Belle Province, j'ai immédiatement été séduit par ce quotidien que je trouve encore mieux écrit que le Parisien et France Soir réunis. Il est le seul à aborder les sujets qui concernent réellement les gens, comme la Menace Pédophile ou les déboires du Canadien. Vraiment pas le genre à se perdre dans des débats intello-gauchistes sur les vraies origines de la crise ou des problèmes environnementaux.
La rubrique que je préfère est la chronique du visionnaire Richard Martineau, qui est capable de dégager un phénomène de société du moindre fait divers. Le seul qui puisse l'égaler est Stéphane Laporte quand il s'en prend aux hosties de Français arrogants. Attitude que je comprends d'ailleurs parfaitement car nous sommes bien peu à mériter de nous faire aimer par les Québécois.
8h28
Mon déjeûner englouti, j'arrive au bureau et m'installe dans un cubicle de la compagnie où je travaille à mi-temps comme télémarketer. Mon rôle consiste à vendre par téléphone des abonnements pour le journal La Presse en faisant croire aux prospects que je suis tombé sur eux par erreur en appelant un Monsieur Smith. J'ai décroché cette job à peine trois mois après être arrivé dans la Belle Province. Ça prend pas la tête à Papineau pour y voir une preuve que l'on peut trouver un emploi intéressant au Québec même si on est fraîchement immigré.
Contrairement à de nombreux Français qui se plaignent qu'on ne leur apporte pas immédiatement la job de leurs rêves sur un plateau d'argent, je me donne à mon métier avec passion. Chaque appel est un nouveau défi dans lequel il faut s'adapter à son interlocuteur. La moindre erreur ou hésitation peut avoir des conséquences dramatiques. C'est bien plus riche que l'emploi de chirurgien aux urgences que j'occupais en France. Le seul inconvénient est que mon salaire a été divisé par quatre, mais la vie est tellement moins chère ici...
10h
C'est la pause. Je quitte mon poste de travail pour m'offrir un petit café. À côté de la machine, quelques personnes discutent de l'hypocrisie avec laquelle les Européens condamnent la chasse aux phoques. Je me joins immédiatement à la conversation pour expliquer combien je me sens proche des préoccupations des chasseurs. Je suis pas la tête à Papineau, mais tuer un phoque à coup de gourdin, c'est un peu comme vendre un abonnement de 24 mois à La Presse à un BS. Ça peut paraître cruel mais c'est bon pour l'économie. Il semble malheureusement que j'arrive à la fin de la conversation puisque le groupe se disperse à mon arrivée. C'est curieux, mais depuis que j'ai affirmé que les préjugés sur l'hygiène des Français étaient en bonne partie justifiés, j'ai l'impression que plusieurs de mes collègues m'évitent.
12h
C'est l'heure du dîner. J'ouvre ma boîte à lunch et sors ma can de racinette et la poutine aux cretons que je me suis préparée hier. Les deux collègues québécois à côté desquels je m'assois après l'avoir réchauffée font une mine étrange. Ils ne doivent pas avoir l'habitude que des Français s'adaptent aux Québécois jusqu'à suivre leurs habitudes alimentaires. Je m'ennuie un peu pendant le repas. Bien que mes collègues soient francophones, ils parlent systématiquement en anglais quand je suis là. Ils devraient pourtant savoir que j'ai du mal à comprendre. De toute façon, il est hors de question que j'apprenne la langue de l'envahisseur. Ce serait un manque de respect pour ma culture d'accueil.
12h54
Alors que je m'apprête à rejoindre mon cubicle, j'ai le malheur de croiser un "compatriote" qui vient tout juste de débarquer à Montréal. À chaque fois que je le croise, il trouve le moyen de se plaindre de quelque chose. La semaine dernière, c'était parce qu'il avait cassé son essieux dans un nid de poule du centre-ville. Aujourd'hui, il s'insurge d'avoir passé son week-end à attendre aux urgences pour qu'on lui soigne son bras cassé. Je n'en reviens pas que l'on puisse se montrer aussi râleur, ingrat et intolérant. Quand on s'installe dans un pays, la moindre des choses est de s'adapter aux coutumes locales !
1h-2h de l'après-midi
Je ne travaille qu'une heure après la pause dîner. Cet emploi du temps ne m'arrange pas vraiment mais je n'ai pas voulu le dire à mon patron de peur de passer pour un chialeux. L'après-midi se déroule sans incident notable, à part un prospect énervé qu'on l'ait appelé pour la septième fois en une heure et qui, sous le coup de la colère, m'a traité de "d'hostie de maudit français à marde". Je ne me formalise pas de ce sobriquet. Je sais que c'est une manière un peu maladroite qu'ont certains Québécois de nous témoigner leur affection.
2h57
J'arrive à mon rendez-vous chez mon orthophoniste. J'ai commencé à suivre des séances il y a deux mois après avoir réalisé que je ne parlais pas du tout le français correctement. Au-delà des anglicismes typiques de mon pays natal que je m'efforce chaque jour de bannir de mon vocabulaire, j'ai remarqué que je disais par exemple "maudit" au lieu de "maudzit", "vert" au lieu de "vaert" et "beurre" au lieu de "bâââeu". Ça prenait pas la tête à Papineau pour décider qu'il fallait d'urgence redresser la barre. Je m'y emploie en travaillant deux heures par jour ma prononciation avec un spécialiste et en écoutant régulièrement sur mon iPhone les podcasts de Radio Canada et de Sylvain Grand’Maison afin de travailler mon oreille.
5h14
En sortant de chez l'orthophoniste, J'appelle ma blonde québécoise pour lui demander si elle veut bien venir dormir chez moi ce soir. Elle me répond que ce n'est pas possible car elle doit s'entraîner au gym jusqu'à 22h et qu'elle sera trop fatiguée après. Ça risque aussi d'être dur demain car elle a une réunion avec ses amies féministes, mais elle promet d'essayer de me garder un créneau pour dans trois jours. J'adore le caractère indépendant de cette fille. Quand j'ai commencé à sortir avec elle il y a quelques mois, je venais juste de rompre avec ma compagne française après dix ans de relation. Ça avait été une décision difficile, mais je ne pouvais plus vivre avec cette femme qui n'avait pas su s'adapter au Québec aussi rapidement et aussi facilement que moi, au point qu'elle n'arrivait même pas à rire des gags d'Éric Salvail.
Avec Geneviève, je découvre vraiment un autre monde. C'est grâce à elle que j'ai compris que mon refus de mettre un "E" majuscule à la fin des noms de professions pour signifier qu'elles pouvaient être exercées par une femme témoignait chez moi d'un machisme refoulé. C'est aussi elle qui m'a convaincu que regarder des films pornos était aussi ignoble que de payer une prostituée et de disperser ses restes dans un terrain vague après l'avoir égorgée. J'espère vraiment que j'arriverai à la voir cette semaine.
6h09
Je rejoins mes cheums du Parti Québécois au restaurant La Belle Province où nous nous sommes donnés rendez-vous. Nous avons prévu de souper tous ensemble avant de nous rendre à la causerie organisée par notre mouvement sur le thème "Comment un État québécois souverain serait plus en mesure de juguler les effets dévastateurs du réchauffement climatique". Il m'a fallu du temps pour me faire accepter par ce groupe. Quand j'ai pris ma carte de membre, beaucoup de mes camarades ont trouvé suspect que je m'investisse dans la lutte pour l'indépendance seulement trois jours après être arrivé au Québec. Leur incrédulité a encore augmenté lorsque j'ai dit que je trouvais Pauline Marois très sympathique et proche du peuple. Aujourd'hui, ils ont heureusement compris que mes paroles étaient sincères, et ils ne s'étonnent même plus de ma tendance à parler des Québécois à la première personne du pluriel et des Français à la troisième. Avec un peu de patience, je suis sûr qu'ils m'inviteront même au party qu'ils organisent entre eux et qu'ils me cachent encore par pure timidité.
8h47
Galvanisé par le passionnant débat auquel je viens d'assister, je rentre enfin chez moi, la tête pleine de rêves de liberté et quelques Molson Export dans l'estomac. Il y a une enveloppe dans ma boîte au lettre. C'est la clinique qui me confirme la date de rendez-vous pour ma vasectomie. Je m'affale sur le canapé du salon et jette un oeil sur le calendrier punaisé au mur, à côté de la TV.
Ciboire, Un an !
Un an que j'ai quitté sans regret le pays laxiste liberticide socialiste ultra-libéral qui m'a vu naître.
Un an que je gomme patiemment toutes les traces de ma francitude qui me font profondément honte et que l'arrivée au pouvoir de Monsieur Sarkozy me rend à peine plus tolérables.
Un an que je m'intègre avec enthousiasme dans cette incarnation de la perfection que représente pour moi la Nation Québécoise.
Le bilan serait complètement positif si deux êtres ne me ramenaient pas cruellement à mes origines. Car si j'ai réussi sans problème à purger mon carnet d'adresse de tous mes anciens amis français, je sais que je suis trop lâche pour exclure mes parents de ma vie.
Leur accent pointu me taillade les entrailles à chaque fois qu'ils me parlent sur Skype.
L'idée de devoir régulièrement leur rendre visite au pays des grèves et de l'antisémitisme me déprime complètement.
Heureusement, ils sont vieux. Ils devraient bientôt mourir.
Français en difficulté, gros préjugés
Posté par Ian le jeu, 25/02/2010 - 11:32
Il y a quelques semaines, le magazine Marianne a reproduit sur son site web un billet du blog L'Hérétique qui explique qu'un couple de Français installé au Canada s'est vu refuser son renouvellement de permis de travail. Le gouvernement justifie sa décision en disant que leur fille handicapée représente une charge financière trop lourde pour la société canadienne. L'histoire est d'autant plus absurde que les deux Français ont suffisamment d'argent pour prendre en charge tous les soins médicaux de leur fille et se sont engagés à le faire. Bien que je partage la révolte de l'auteur, cette phrase m'a vraiment fait sortir de mes gonds :
"Les Canadiens sont favorables, d'après un sondage, à 70 % au rétablissement de la peine de mort, comme le rapporte le Scriptorium. A quand une majorité pour euthanasier les handicapés ?"
Premièrement, cette affirmation est fausse. D'après le sondage cité, ce n'est pas 70 % mais 62 % des Canadiens qui sont pour la peine de mort. Le seul chiffre que j'ai trouvé qui ressemble à celui énoncé est le 69 % de Québécois favorables à cette peine. Ce ne serait certes pas la première fois qu'un Français confond les paliers provincial et fédéral, mais l'auteur prouve qu'il est parfaitement conscient de cette nuance en disant que "Le Québec était pourtant tout prêt à les accueillir, mais l'échelon fédéral en a jugé autrement." Prendre des chiffres peu flatteurs du Québec, considéré comme le gentil de l'histoire, pour les attribuer au méchant Canada est un procédé plus que troublant.
Deuxièmement, l'auteur fait des rapprochements entre des sujets qui n'ont rien à voir entre eux : le refus d'un permis de travail pour un motif discutable et la peine de mort (les trois Français ne risquent pas la mort en rentrant en France, du moment qu'on ne leur fait pas prendre le Concorde) ; une décision du gouvernement canadien avec l'ensemble de la population canadienne (pour information, le parti conservateur actuellement au pouvoir n'a obtenu que 37,7 % des voix).
Ces associations absurdes ne pouvaient déboucher que sur une troisième aberration : émettre l'hypothèse que les Canadiens pourraient être favorables à l'euthanasie des handicapés. Je comprends qu'on puisse être choqué par la décision du Canada, mais il faudrait garder un léger sens de la mesure. J'imagine le scandale en France si un magazine canadien usait de la même rhétorique : "La France interdit le mariage aux homosexuels et expulse en masse les immigrés vers leur pays d'origine en guerre. À quand une expulsion des homosexuels français vers les pays en guerre ?"
Mise à jour
Malgré tout le mal que l'Hérétique voudrait que nous pensions des Canadiens, au moins deux médias locaux ont déjà pris la défense du couple français.
- La Gazette : Let the Barlagnes stay in Canada
- Who we are : Les Barlagne
Quand Libération tombe d'accord avec Sarkozy
Posté par Ian le dim, 14/02/2010 - 17:33
Il y a quelques jours, j'ai été intrigué par un billet de blog de Libération titré "Le Québec affiche son goût pour la diversité en France". La journaliste, Catherine Coroller, y raconte que le gouvernement de la Belle Province distribue devant la gare Montparnasse, à Paris, la brochure "Vous avez une place au Québec" dont le but est de recruter des immigrants francophones.
Manifestement subjuguée par le fait que deux des trois individus présents sur la photo de couverture semblent ne pas avoir d'origines gauloises, l'auteure se réjouit de cette "image souriante d'un pays accueillant", et souligne à quel point l'ouverture du Québec contraste avec la fermeture de la France qui "sépare deux jumelles marocaines, l'une ayant été expulsée ce matin, tandis que l'autre réussissait à échapper à l'arrestation".
J'ai sûrement un très mauvais esprit, mais lorsque je lis ce genre de comparaison, j'ai le réflexe d'en vérifier concrètement la pertinence. Je me suis donc amusé à remplir le formulaire d'"Évaluation préliminaire d'immigration" pour la jeune Marocaine qui a échappé à l'arrestation, au cas où elle voudrait s'installer au Québec. Pour ce faire, j'ai utilisé les informations livrées par les médias et inventé les éléments qui me manquaient en essayant de privilégier un peu la candidate.
Mauvaise nouvelle. Même avec une expression française avancée, un niveau d'anglais intermédiaire et en faisant sa demande de France, une femme de 18 ans qui n'a aucun diplôme et pas d'expérience professionnelle ne semble pas répondre aux critères de sélection du Québec. Si elle arrive à échapper à la police suffisamment longtemps pour finir son contrat d'apprentissage en restauration, la jeune Marocaine a en revanche ses chances, pour peu qu'elle réussisse à réunir les quelques milliers d'euros nécessaires pour les frais provinciaux et fédéraux, la visite médicale et le montant minimum d'installation. Un détail.
Bien sûr, il existe également un programme d'immigration pour les réfugiés, mais je doute que les résidants français puissent en bénéficier. Selon les accords Canada-Québec sur l'immigration, c'est d'ailleurs le fédéral et non le provincial qui détermine qui peut bénéficier de ce statut. Comme pour bon nombre de ses collègues français, cette nuance semble certes échapper à la journaliste, puisqu'elle confond les ministères de l'immigration canadien et québécois.
Bref, Catherine Coroller n'a visiblement pas compris que la campagne du Québec ne vise pas en priorité à accueillir les minorités opprimées en France, mais à recruter des personnes susceptibles de participer à l'économie de la Belle Province. Cette dernière ne fait finalement qu'appliquer la politique d'immigration choisie si chère à Nicolas Sarkozy et à laquelle, il me semble, la gauche dont se réclame Libération est farouchement opposée.
C'est le problème quand on récupère le moindre évènement pour servir une cause politique sans se documenter. On s'expose à soutenir le camp adverse sans s'en rendre compte.
Nos amis les sociologues (lettre ouverte)
Posté par Ian le lun, 17/12/2007 - 18:15
Chers messieurs Vilbrod et Papinot,
Je viens de lire sur le site web de Ouest France un article annonçant que vous lanciez une étude sur les jeunes Français qui tentent de s'installer au Québec et rentrent finalement au pays. Je tiens à vous applaudir pour cette initiative qui permettra de mieux comprendre un phénomène encore mal cerné.
Bien que les recherches du démographe québécois Marc Termote aient permis d'estimer que la moitié des immigrés français quittent le Québec dans les huit ans qui suivent leur tentative d'installation, il n'existe en effet aucune statistique sur les motifs de ces retours. Disposer de ces données enrichira considérablement le débat sur une supposée détresse des Français dans la Belle Province qui ne repose aujourd'hui que sur des spéculations.
Afin que votre recherche soit vraiment complète, il me semblerait toutefois judicieux que vous ne vous contentiez pas de récolter en France des témoignages de compatriotes qui sont rentrés du Québec, mais que vous traversiez également l'Atlantique afin de rencontrer ceux qui y sont installés depuis des années et n'ont pas l'intention de s'en aller. Savoir ce qui peut retenir un Français au Québec est en effet selon moi aussi important que les raisons qui le font partir. Il me paraît par ailleurs indispensable de comparer le taux de retour et les motifs qui conduisent les Français à quitter le Québec avec ceux qui les poussent à abandonner d'autres pays où ils tentent de s'installer. Selon mon expérience, l'immigration comporte en effet à elle seule suffisamment d'obstacles (mal du pays, éloignement de la famille, difficulté d'adaptation au milieu) pour qu'on abandonne, quel que soit le pays d'accueil.
Si je me permets d'évoquer ces quelques points au risque de me faire passer pour un petit prétentieux qui apprend leur métier aux sociologues, c'est que certaines citations de l'article de Ouest France telles que "Certes, les relations sont « relâchées » au travail, mais il faut des mois avant d'être invité à manger chez un Québécois de souche." me font craindre que vous ayez tiré des conclusions de votre étude alors qu'elle vient à peine de commencer. Je trouverais par ailleurs dommage que le discours virulent de certains immigrés déçus abondamment relayé par une presse en manque de sujets vous fasse oublier qu'il existe beaucoup de Français heureux au Québec. Afin de contrebalancer le discours négatif d'une partie de leurs compatriotes, certains ont même créé sur le site de réseau social Facebook un groupe nommé "Les Français heureux au Québec ça existe !" (inscription requise) qui ne cesse de grandir.
En dépit de mes angoisses sûrement irrationnelles, je fais totalement confiance à votre rigueur scientifique, et je vous souhaite sincèrement bonne chance dans vos recherches dont j'attendrai les résultats avec impatience.
Je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de mes sincères salutations.
PS : j'ai publié une copie de ce courriel sur mon blog http://www.mauditfrancais.com/. J'ai créé ce dernier en août 2000 lorsque je suis parti pour un an en programme d'échange étudiant à l'Université de Montréal dans le cadre de mes études à Paris VIII. Je l'ai repris en septembre 2006 à l'occasion de mon immigration au Québec, qui pour le moment se passe très bien.
Exercices de logique
Posté par Ian le ven, 14/12/2007 - 06:55
Exercice 1
Trouvez les failles de logique dans les raisonnements qui vous sont proposés.
Exemple :
Affirmation : "Les chiens sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chien."
Solution : Le fait que les chiens soient mortels n'exclue pas que d'autres animaux le soient aussi, par exemple, les hommes. En conséquence, le fait que Socrate soit mortel n'implique pas que Socrate soit un chien.
Affirmations
a) "Certains immigrants français au Québec vivent mal leur expérience, donc tous les Français qui immigrent au Québec se planteront."
b) "Si un ingénieur ne réussit pas au Québec, personne ne réussira."
c) "Les immigrés français qui réussissent au Québec sont des losers."
d) "Certains Français sont victimes de racisme de la part de certains Québécois, donc, tous les Québécois sont racistes."
e) "Ma copine québécoise m'a largué donc toutes les Québécoises sont d'infâmes féministes castratrices."
f) "La meilleure façon d'écrire un article impartial sur l'immigration des Français au Québec est d'interroger uniquement ceux qui sont déçus."
g) "Après 2 ans 1/2, 20% des immigrants français quittent le Québec, après 5 ans, plus d’un tiers partent, après 8 ans, 50% partent. Donc, au bout de 10 ans, 75% partent."
h) "En dépit de la moindre statistique sur le sujet, on peut affirmer avec certitude que tous les Français qui quittent le Québec le font par déception."
i) "J'ai le droit de censurer les commentaires qui me déplaisent sur le site que j'ai originellement créé pour échapper à la censure."
j) "J'ai à la fois le droit de cracher sur les personnes qui postent sous pseudonyme sur Internet et de défendre mes propres propos sous diverses identités dans les forums en me répondant à moi-même."
k) "Dix ans après avoir quitté le Québec, je serai toujours la référence sur les immigrants français dans cette province."
l) "Le gouvernement québécois ne fait jamais rien pour les immigrés français. Quand le gouvernement québécois fait des choses pour les immigrés français, c'est parce que j'ai râlé"
Exercice 2
Trouvez d'autres exemples de paralogisme dans votre entourage (site web, presse, etc.)
N'oubliez pas d'écrire votre nom sur la copie, d'encadrer le titre en rouge et de laisser une marge de trois carreaux pour les corrections.
Bonne chance !
Bingo de l’immigrant
Posté par Ian le mar, 11/09/2007 - 13:50
Règle du jeu
- Imprimer une grille par personne
- Chaque participant prend au hasard une page différente d'un site web d'immigrés français déçus du Québec. Il coche une case de sa grille pour chaque mot ou expression correspondante trouvée sur la page.
- Le premier participant à aligner cinq cases cochées verticalement, horizontalement ou en diagonal crie "Bingo !" et prend le premier avion pour Paris.
- La case centrale est offerte, et doit donc être considérée comme déjà cochée.
- Si par un hasard incroyable, aucun participant n'a gagné après avoir lu la première page du site, chacun recommence avec une nouvelle page.
Adaptécheune
Posté par Ian le mer, 05/09/2007 - 09:20
Les Québécois sont célèbres dans le monde entier pour leur opiniâtreté à défendre la pureté de la langue française contre l'invasion des anglicismes tous plus ou moins barbares. Un fait moins connu est que la plupart d'entre eux énoncent les mots anglais qui ont passé le filtre avec une prononciation et un accent si fidèles à la langue originelle que l'on pourrait soudain les croire débarqués directement d'Oxford (ou d'Austin, diront les mauvaises langues). Face à une telle rigueur linguistique, le Français moyen qui organise des séances de brènestorminngue dans le département marquétinngue avant d'emmener ses enfants voir les animaux au zauhau ne peut que mourir de honte devant sa propre incapacité à articuler correctement les termes qu'il emprunte aux autres langues.
Conscient de cette différence fondamentale entre nos deux cultures et souhaitant m'éviter les quolibets que ne manquent pas de faire subir certains Québécois aux Français ne maîtrisant pas la langue de Jack l'éventreur, je me suis appliqué à teinter chacun des mots anglais que j'utilise d'une couleur purement british propre à dissuader toute velléité de moquerie.
Cette bonne résolution m'a parfois conduit à commettre quelques bourdes. J'ai par exemple parlé pendant plusieurs semaines du magasin d'accessoires électroniques "soueusse", avant de remarquer qu'il s'appelait en fait "La source", et que c'est la prononciation française qui s'imposait.
À force de pratique, cette vigilance verbale permanente est cependant devenue une second nature. Je me suis même surpris à réfréner un smile narquois lorsqu'un formateur français en visite à ma job a prononcé à maintes reprises "brousseur" le mot "browser". Mes colleagues québécois reprenaient d'ailleurs ce term avec le même prononciation sans que je know vraiment s'ils faisaient du fun de lui ou s'ils essayaient sincerly de s'adapter à son language.
Malgré l'intellectuelle discipline qu'a nécessité la pronunciation english des words, je suis finalement satisfied du result. Aucun Québécois ne m'a jamais fait de reflexion ironique about my kind of speaking.
Ce sont mes friends français qui se moquent de moi at the phone en me disant qu'ils me trouvent très aware.
Comment rater à 100 % son immigration au Québec
Posté par Ian le lun, 03/09/2007 - 08:55
Il existe en France des gens excessivement brillants à qui tout réussi. De leur bouche ne jaillissent que d'implacables vérités. Leur compréhension universelle des hommes et du monde leur permet de s'exprimer sur n'importe quel sujet en société sans besoin de s'encombrer de faits vérifiés ou d'une argumentation solide. Les entreprises qui ont eu la chance de bénéficier de leurs services restent à jamais transfigurées par la flamme qu'ils leur ont insufflée et peinent à survivre à leur départ pour des sommets toujours plus vertigineux. Bien que ces authentiques génies suscitent bien des jalousies chez les personnes banales, leur vie est loin d'être idyllique. Beaucoup dissimulent en effet l'insoutenable douleur qu'ils éprouvent de n'avoir jamais connu l'échec.
Ayant étudié patiemment ces spécimens moins rares qu'il n'y paraît, je peux heureusement leur affirmer que même la déconfiture leur est accessible. Pour en bénéficier il leur suffit de s'expatrier au Québec et de suivre à la lettre les conseils prodigués dans ce billet que je tire de mon observation de leurs prédécesseurs. Je ne parle pas ici d'une petite déception dont ils se relèveront facilement et qui ne peut satisfaire que les médiocres, mais bien d'une désillusion à la hauteur de leurs immenses talents qui restera à jamais incrustée dans leur vie comme un caribou dans leur chaussure.
Prérequis
Un premier atout pour garantir votre future débâcle est de disposer d'un incommensurable ego. L'idéal est de sortir d'une grande école dans laquelle on vous a martelé durant des années que vous faites partie de l'élite de votre nation. La Médecine ou le Droit peuvent faire l'affaire, mais il semble que certaines écoles d'ingénieurs françaises fortement cotées représentent ce qu'il y a de mieux dans le domaine. Vous devez par ailleurs vérifier que vos motivations sont bonnes. Même si vous pouvez faire croire à votre entourage que vous souhaitez découvrir une autre culture ou avoir des relations enrichissantes avec des personnes très différentes de vous, il est primordial que vous soyez en réalité guidé par le désir de vous payer un écran plasma géant ou que l'on vous appelle un jour "Monsieur le Directeur".
Le deuxième préalable est d'avoir accumulé au fil du temps une inextinguible haine de votre pays natal. Votre dégoût de la France doit être suffisamment fort pour que vous vous sentiez incapable d'en citer le moindre aspect positif et que l'idée d'y passer une année de plus vous donne la nausée. Les sujets susceptibles d'alimenter cette colère ne manquent pas : hommes politiques corrompus, taxes insupportables, administration inefficace, non respect de l'environnement, etc. Cet exaspération constituera le terreau sur lequel vous pourrez faire grandir votre rêve d'un ailleurs meilleur, élément indispensable à votre future désillusion.
Lorsque vous vous serez convaincu à force de ruminations que l'expatriation est votre seul avenir, vous serez mûr pour assister à l'une des sessions d'information de la Délégation Générale du Québec à Paris. Lors de cet événement, un employé du gouvernement québécois vous présentera la province sous son meilleur jour afin de vous donner envie d'immigrer. Dans ce contexte, il est évident que les informations qui vous seront fournies seront tendancieuses ou incomplètes. Vous devez toutefois les considérer comme les seules fiables et vous abstenir à tout prix de poser des questions sur les côtés négatifs que l'on aurait omis de vous présenter. Vous vous créerez ainsi une vision idyllique du Québec qui sera forcément ternie par l'expérience que vous en aurez, tout en gardant de côté la DGQ comme bouc-émissaire en cas de besoin. Notez que cette dernière vous avertira peut-être des difficultés qui vous attendent, comme la non-reconnaissance de certains diplômes ou le protectionnisme des ordres professionnels. Une bonne partie de votre échec dépendra de votre aptitude à ignorer ces avertissements.
Préparation
Une fois que vous aurez pris la décision d'immigrer sur la foi des seules informations fournies par la DGQ, vous devrez vous lancer dans de longues démarches administratives pour obtenir votre visa et préparer votre départ. Il est bien sûr totalement inopportun que vous mettiez à profit cette attente pour vous documenter plus en détail sur votre destination puisque cela nuirait au fiasco total que vous avez projeté. Le meilleur moyen de construire votre futur effondrement est de vivre chaque événement néfaste de votre quotidien comme une raison supplémentaire de quitter ce pays de merde. Lorsque vous devrez faire face à des tracas personnels, administratifs ou financiers, relativisez-les systématiquement en vous répétant "je m'en fous, je me casse", ou encore mieux, "encore 147 jours et je me casse" (variante à modifier tous les jours). Tracez des traits sur les murs de votre chambre pour compter les jours restant comme un détenu qui attend sa libération, fâchez-vous avec vos meilleurs amis, brouillez-vous avec vos collègues... bref, faites votre possible pour saborder votre vie présente, guidé par la certitude que vous ne reviendrez jamais.
Plutôt que de prévoir un point de chute temporaire qui vous laisserait l'occasion de visiter et de trouver l'appartement de vos rêves, cherchez-en un de la France avec pour seule exigence qu'il soit situé sur le Plateau Mont Royal. Si possible, signez immédiatement le bail. Avec un peu de chance, vous vous retrouverez avec un logement pourri et très cher que vous serez obligé de garder pendant un an. Rappelez-vous par ailleurs que les services d'immigration du Canada exigent que vous disposiez d'une somme minimum pour survivre durant les premiers mois de votre installation. Il est important que vous mettiez exactement ce montant de côté. Pas un dollar de plus. Les raisons de ce point son trop évidentes pour être exposées.
Le grand saut
Si vous avez suivi à la lettre les conseils prodigués ci-dessus, votre naufrage ne devrait être qu'une question de mois. Quelques astuces simples vous permettront toutefois d'accélérer le processus une fois sur place. L'aspect le plus important est d'entretenir votre solitude. N'acceptez surtout pas d'échanger vos coordonnées avec les compatriotes dans la même situation, que vous trouverez éventuellement à l'aéroport ou dans les bureaux de l'immigration. Vous n'avez pas fait 5000 bornes pour vous retrouver avec des Français. Si des amis déjà présents sur place tentent de vous aider dans vos démarches ou de vous donner quelques conseils, repoussez-les violemment en disant que vous êtes assez grand pour vous débrouiller seul. N'assistez surtout pas aux réunions d'information organisées au Québec par le ministère de l'immigration pour aider les immigrés à s'intégrer ou trouver du travail. Ces séances infantilisantes sont réservées aux petits joueurs qui n'ont pas de Bac + 5.
Une autre astuce consiste à vous laisser toujours guider par l'émotivité et en aucun cas par l'analyse ou la réflexion. Bien que l'immigration soit une aventure difficile quel que soit le pays d'accueil, chaque déconvenue doit être vécue comme un insoutenable déchirement de l'image que vous vous étiez faite du Québec. Ne considérez surtout pas les petits incidents comme tels, mais toujours comme des claques d'une violence inouïe remettant systématiquement en cause votre décision de vous installer dans ce pays de merde. Lorsque vous affronterez des malentendus avec la population locale, n'essayez jamais de comprendre. Jugez. Veillez également à comparer sans arrêt le Québec à la France en accordant toujours la suprématie à cette dernière dans tous les secteurs. N'adoptez sous aucun prétexte les us et les coutumes de vos nouveaux hôtes. Essayez au contraire de trouver les bonnes adresses pour vous procurer à prix d'or tous les produits qui vous permettront de vivre dans ce lieux étranger sans changer d'un poil vos habitudes : fromage, vin, etc.
Côté emploi, il est hors de question que vous acceptiez un poste qui ne mette pas en valeur votre génie. L'acceptation d'un travail que l'on vous propose ne doit pas se baser sur son intérêt ou sa rémunération, mais uniquement sur la conservation du titre ronflant dont vous bénéficiiez en France. Même si les entreprises peuvent avoir du mal à vous situer faute de connaître vos diplômes ou vos anciens employeurs français, elles doivent être en mesure de détecter l'excellence qui émane naturellement de votre personne. Si vous obtenez un job malgré vos efforts, traitez vos collègues comme des sous-fifres et expliquez-leur comment ils doivent travailler. N'hésitez pas non plus à leur donner un avis définitif sur des sujets que vous maîtrisez mal comme la souveraineté du Québec ou la défense de la langue française.
Bien qu'il vous faille éviter comme la peste les immigrés français se plaisant au Québec, un atout indéniable pour mener votre malheur à son apogée est de trouver des immigrés de la même trempe que vous et d'organiser régulièrement avec eux des repas au cours desquels seuls les points négatifs du Québec seront abordés. Vous vous enfermerez ainsi dans une bulle totalement autonome et absolument hermétique à tous les bienfaits que la Belle Province peut vous apporter. Au bout de quelques mois à ce rythme, vous n'aurez plus qu'une idée en tête : retourner dans votre pays d'origine si génial auquel personne n'aurait jamais dû vous arracher. Vous pourrez enfin rentrer vivre en France, enrichi de cette expérience de l'échec que vous désespériez de vivre un jour.
Mise à jour : En raison de l'inaptitude de certaines personnes à comprendre que l'on peut émettre un avis sur l'immigration au Québec sans prendre parti pour un des deux sites qui se font la guerre, je suis contraint de lire les commentaires avant de les publier. J'en suis le premier désolé.
Bonne nuit la Pythie
Posté par Ian le mer, 27/06/2007 - 15:38
Malgré les nombreux courriels et commentaires postés par mes groupies se demandant si je suis sorti indemne du Parc des Maringouins, je me vois contraint de retarder la publication du bilan de mon camping. A mon retour, j'ai en effet vécu une révélation tellement fracassante sur mon karma, une analyse tellement fine de mes méandres cérébelleux que je me sens incapable d'écrire le moindre billet sans en avoir auparavant rendu grâce à son initiateur.
En consultant les statistiques de mon blog lundi soir après trois jours de jeûne informatique, j'ai découvert qu'une personne était arrivée sur celui-ci grâce à un lien publié sur le site bienvenue-au-quebec.com. L'ego tout frétillant, je me suis rendu à l'adresse en question pour savoir ce qu'on disait de moi, et je suis tombé sur la présentation suivante :
Site de maudit francais.com
Site d’un petit Français fraîchement débarqué de la Belle Province, aimant bien manier la prose. Cependant, l’émerveillement de départ laisse progressivement la place à une triste réalité concernant le pauvre avenir qui l’attend au Québec. Pronostic de départ du Québec : au plus tard fin 2009.
Les erreurs factuelles qui parsèment ce résumé malgré sa brièveté auraient pu me rebuter. Je mesure par exemple 178 centimètres, ce qui, au regard de la moyenne nationale de 175, fait de moi un grand Français et non un petit (je refuse de penser que cet adjectif ait été employé pour marquer de la condescendance). L'auteur semble en outre ignorer que j'ai vécu un an au Québec entre 2000 et 2001 avant d'y immigrer, ce qui ne fait pas de moi un fraîchement débarqué. J'ai néanmoins pardonné ces oublis. La vie serait bien compliquée si on devait se renseigner sur les gens avant de parler d'eux. J'ai moi-même craché pendant des années sur les toiles de Laurent Jalabert avant d'apprendre qu'il ne peignait pas.
Ce qu'il faut saluer avant tout, c'est la perspicacité de l'auteur qui lui a permis de deviner non seulement que j'aimais manier la prose, ce qui était facile, mais aussi de déceler dans mes billets un émerveillement laissant place à une triste réalité sur mon pauvre avenir sans que je m'en sois aperçu moi-même, ce qui est nettement plus balèze. Il y a à peine quelques jours, je pensais que le ton de mes billets variait au gré de mes humeurs sans verser dans un pessimisme ou un optimisme excessif. Ils illustraient selon moi les dictons aussi stupides que "Il y a des jours avec et il y a des jours sans" ou "Après la pluie le beau temps". À présent que j'ai lu cette brillante synthèse de mon site, il est incontestable que je glisse inexorablement sur une pente qui me mènera à l'alcoolisme, au suicide, à la prostitution ou au militantisme UMP. J'en viendrais presque à désespérer si l'auteur de bienvenue-au-quebec.com n'indiquait généreusement la date de mon départ sans m'avoir jamais rencontré, alors que je ne sais même pas ce que je vais manger demain midi.
Merci et bravo !
Sincèrement.

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