Fin
Soumis par Ian le mar, 15/07/2008 - 11:16.Nous voici au moment fatidique de la fermeture de ce blog. Je tiens toutefois à rassurer mes adeptes qui s'inquiétaient de voir disparaître à jamais ce fleuron de la littérature bloguique francophone. Le terme ambigu "fermeture" ne signifie en effet nullement que j'ai décidé de mettre totalement ce blog hors-ligne, mais simplement que je ne souhaite plus m'en occuper afin de concentrer mon esprit sur d'autres projets.
L'effet concret de cette décision est que je ne posterai plus de nouveaux billets et qu'il ne sera plus possible de laisser des commentaires. Il reste néanmoins l'option de me laisser un message via le formulaire de contact. Les journalistes me demandant en catastrophe de les rappeler dans les dix minutes sur leur cellulaire en France pour une entrevue parce qu'ils sont à la bourre pour rendre leur papier se réjouiront (à tort) de cette bonne nouvelle.
J'aimerais par ailleurs présenter mes excuses aux diverses personnes qui m'ont contacté pour avoir plus d'informations pratiques sur le Québec, mais je n'ai malheureusement pas le temps de leur répondre. Elles trouveront tous les conseils nécessaires sur le site des hébétés naïfs ou celui des déçus aigris.
Il convient enfin de rasséréner les groupies qui craignent que j'abandonne définitivement l'écriture pour me consacrer exclusivement aux joies subtiles du débogage PHP. J'ai en effet d'autres idées de blog ou de trucs plus prétentieux, que j'écrirai cependant sous un autre patronyme. Il n'est d'ailleurs pas exclus que je reprenne un jour mauditfrancais.com (dans très longtemps).
Il ne me reste plus qu'à remercier mes deux millions de lecteurs quotidiens pour avoir suivi mon humble prose. Prenez soin de vous, n'hésitez pas à relire mes billets pour réussir parfaitement votre immigration au Québec et obtenir un retour de l'être aimé dans les dix jours, et À Dieu vat ! comme dirait le comique.
La fin approche
Soumis par Ian le lun, 16/06/2008 - 20:45.Par solidarité avec Makette, j'ai décidé à mon tour de fermer définitivement ce blog.
Certaines mauvaises langues prétendront sans doute qu'il s'agit d'un prétexte pour me débarrasser d'un loisir qui était devenu progressivement une corvée, que mes billets se faisaient de moins en moins fréquents, et que j'avais de plus en plus de mal à me renouveler.
En paix avec ma conscience, je laisserai toutefois ces vipères siffler au fond du puits de l'anonymat qu'elles ne quitteront jamais, tandis qu'un chat à la main et la pipe sur les genoux, je goûterai de temps en temps à la nostalgie de l'époque à laquelle j'étais un dieu vivant du web.
Afin de ne pas briser trop brutalement le coeur de mes innombrables groupies, j'ai cependant décidé unilatéralement d'un préavis d'un mois avant le dépôt de bilan. Avec un peu de chance, cela me laissera le temps d'achever et poster une partie des billets qui dorment depuis des semaines sur mon disque dur.
Le décompte commence maintenant.
Cherchez l'erreur
Soumis par Ian le dim, 15/06/2008 - 16:19.Il y a des ghettos en France.
Donc les Français sont racistes.
De nombreux habitants des ghettos sont français.
Donc, les habitants des ghettos sont racistes.
Donc, les Français sont racistes envers les racistes.
Donc, les Français sont anti-racistes.
(Marche aussi avec le Québec et les Québécois)
(Malheureusement) entendu à Montréal
Soumis par Ian le lun, 26/05/2008 - 17:04.Dans un bus de la ligne 161, une fille qui a tout compris de la vie dit à sa copine : "De toute façon, les Français sont racistes. Quand on pense que la déclaration des droits de l'Homme a été écrite aux États-Unis, et après en France. Pis qu'on les voit maintenant. Regardez ! Vous avez fait des ghettos !"
Histoire de file
Soumis par Ian le mer, 21/05/2008 - 12:07.À l'instar de leurs vieux amis anglais, les Québécois sont réputés dans le monde entier pour leur sacro-saint respect des priorités dans les files d'attente (la fameuse "ligne"), que ce soit devant l'arrêt d'autobus, la caisse des épiceries ou le guichet des administrations. Étant moi-même réfractaire à la méthode parisienne consistant à passer devant un maximum de personnes dans le but futile de gagner quelques minutes, j'ai pu me plier à cette exigence locale sans le moindre effort.
Il m'a en revanche fallu plusieurs mois pour assimiler quelques subtilités qui n'allaient pas d'elles-mêmes au départ. Contrairement à ce que j'avais pensé de prime abord, j'ai par exemple constaté que les personnes qui patientent sur les bancs ou dans les abris d'autobus situés en retrait sur le trottoir ne sont pas considérées comme faisant la queue. Ces dernières se placent en conséquence à la fin de la file lorsque le véhicule espéré arrive, même si elles attendent depuis plus longtemps que les autres. Une loi tacite plus étrange semble autoriser les vieillards à passer devant tout le monde sans besoin d'en faire la requête ou de formuler les moindres excuses ou remerciements.
À moins d'appartenir à la catégorie sus-citée, l'individu qui a le malheur de commettre un crime de lèse-file d'attente doit s'attendre à affronter une masse de regards hostiles, voire quelques propos désobligeants de leurs compagnons de voyage sur le thème du respect des règles et d'autrui. Il y a quelques temps, j'ai été témoin d'une scène hallucinante confirmant ce culte de l'ordre séquentiel.
Alors que j'avançais en file indienne avec de nombreux autres passagers vers l'entrée d'un bus qui venait de nous ouvrir ses bras, quatre personnes forcément plus pressées que les autres ont eu l'idée extravagante de pénétrer dans le véhicule par la porte de derrière, habituellement réservée uniquement à la sortie. C'était sans compter sur la vigilance de Super-Chauffeur qui s'est immédiatement manifesté :
"Merci de ne pas passer par derrière mais de faire la ligne comme tout le monde. Reste quatre personnes à descendre !"
J'ai un instant cru mal comprendre le but de la dernière phrase, mais mon interprétation s'est révélée exacte lorsqu'au bout de quelques secondes d'un silence gêné, un des voyageurs fautifs s'est finalement décidé à descendre du bus pour réintégrer la ligne.
"Reste trois personnes à descendre !", s'est alors exclamé Super-Chauffeur.
Il a ainsi continué son décompte jusqu'à ce que chaque contrevenant ait quitté le bus après un délai dépendant de son aptitude à résister à l'humiliation publique et de son espoir que son tortionnaire abandonne.
L'ordre divin ayant repris ses droits, le preux chevalier de la STM a finalement bouclé la boucle en criant :
"Bon, maintenant, ceux qui sont à l'avant du bus, merci de vous diriger vers l'arrière. Apparemment, il y avait assez de place pour quatre personnes".
Quarantaine
Soumis par Ian le mer, 14/05/2008 - 10:45.Trop souvent à mon goût, je suis obligé de supprimer sur ce blog des commentaires qui ne sont pas compatibles avec ma conception d'une discussion civilisée. J'apprécie d'autant moins ce caviardage qu'il permet aux trolleurs de se faire passer pour des martyrs en criant à la censure tout en leur évitant de se ridiculiser par leurs propres propos. Je pense avoir trouvé un début de solution à ce problème en créant une page "quarantaine". Cette dernière servira à isoler tous les commentaires ne faisant pas honneur à leur auteur afin qu'ils ne contaminent pas le fil de discussion dans lequel ils ont été postés. Les lecteurs me soupçonnant de censure abusive ou souhaitant simplement explorer les bas-fonds de l'âme humaine auront tout le loisir de les consulter et de découvrir la raison de leur confinement.
Pour le moment, je compte remplir la page quarantaine avec les types de commentaire suivants :
- Messages insultants : injure, attaque sur le physique, etc.
- Point Godwin (assimilation d'un interlocuteur au nazisme ou au stalinisme)
- Plug honteux : message uniquement destiné à faire de la publicité pour un autre site (genre "kikou, super ton blog, viens voir le mien sur xxx.skyrock.com")
- Copié-collé d'un autre site.
- Règlements de comptes hors-sujet entre personnes ou sites web
- Personnes répondant à ses propres commentaires afin de donner l'illusion qu'on la soutient
- Réponse à une provocation mise en quarantaine
Prenant parfois un malin plaisir à démonter le discours de mes adversaires plutôt qu'à les censurer, il est possible que je laisse un commentaire appartenant aux catégories ci-dessus à sa place initiale et que je me contente d'y répondre sur un ton sarcastique.
Pour des raisons évidentes, les commentaires des genres suivants seront systématiquement retirés du site sans être placés en quarantaine :
- Spams
- Messages illégaux
- Commentaires dont l'auteur a demandé le retrait
- Attaques dont la cible m'a demandé le retrait pour une raison valide (atteinte à la vie privée, insulte, etc.)
Je rappelle enfin qu'à part les spams et une personne que j'ai bannie à jamais de ce blog, aucune modération n'est réalisée a priori. Je tiens donc à m'excuser par avance si des commentaires m'échappent.
Licence II
Soumis par Ian le lun, 05/05/2008 - 14:44.Suite aux pressions d'un dangereux activiste, je viens de passer le contenu de ce blog sous une nouvelle licence Creative commons, poétiquement nommée "Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France". Celle-ci offre les mêmes droits que la non moins lyrique licence "Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France" sous laquelle mes textes étaient distribués jusqu'ici. Ces derniers restent par conséquent librement redistribuables sous réserve de citer les auteurs (Ian pour les textes, ou Io et Ian pour les comics) et le nom du site (mauditfrancais.com), et de publier les éventuelles oeuvres dérivées sous les mêmes conditions.
La nouveauté est que vous êtes désormais autorisés à distribuer les divagations de ce blog dans un but commercial. Vous pouvez par exemple imprimer mes pensées profondes sur des t-shirts fabriqués par des petits Chinois et les vendre à 30 $ sur le web (les t-shirts) sans que je vous colle un procès. J'espère juste que vous vous souviendrez de moi quand je vous aurai rendus millionnaires. Il va de soi que cette licence ne concerne que les billets et commentaires que j'ai écrits, les autres restant la propriété de leurs auteurs respectifs.
Pour plus de détails, consultez le contrat.
Les accommodements raisonnables de la STM
Soumis par Ian le mar, 22/04/2008 - 20:33.Décidément, la STM ne recule devant aucun sacrifice pour que les Parisiens exilés au Québec puissent conserver les coutumes de leur contrée d'origine. Moins d'un mois après avoir appris que cette société prévoit d'infliger aux voyageurs un signal de fermeture des portes dans toutes ses stations de métro, je découvre qu'elle compte également vérifier les titres de transport à l'intérieur de ces dernières.
Contrairement à Paris où il faut impérativement reprendre son ticket après avoir passé le portique sous peine d'avoir des ennuis avec les contrôleurs, les machines montréalaises l'avalaient jusqu'ici impitoyablement, ce qui impliquait qu'il n'était jamais demandé ensuite. Bientôt, les habitants de la métropole québécoise pourront à leur tour goûter à la joie pittoresque de rater leur métro parce qu'ils ont été bloqués par une gang de déguisés les exhortant à montrer leur ticket. Une différence notable est que les rames sont ici deux fois moins fréquentes.
Je ne peux que m'émouvoir devant cet hommage du Québec à mon pays natal. Il ne manque plus que les pickpockets et les joueurs d'accordéon, et je me sentirai vraiment chez moi.
Anglischisme
Soumis par Ian le dim, 20/04/2008 - 18:25.Afin de soutenir le combat des chantres québécois de l'immaculée expression traquant l'abus des anglicismes chez les Français jusque sur mon blog, je suis parti en quête d'une étude objective qui prouverait chiffres à l'appui que ces derniers utilisent plus de mots anglais que leurs cousins d'Amérique. Pour le moment, mes recherches se sont avérées infructueuses, mais je ne désespère pas de trouver un tel document. L'inexistence de ce dernier alimenterait la thèse selon laquelle les croisés de la langue française se basent uniquement sur l'émotion ou la mauvaise foi, ce qui représenterait pour moi une cuisante déception.
Mes explorations n'ont néanmoins pas été tout à fait vaines puisque j'ai trouvé sur le site du projet Gutenberg Canada un texte fabuleux qui m'a permis d'observer ce débat sous un angle nouveau. Dans ce long article publié en 1879 et intitulé "L'anglicisme, voilà l'ennemi", l'auteur Jules-Paul Tardivel nous apprend que les francophones d'Amérique du Nord maîtrisent très mal leur propre langue, et que cela représente un "grand danger pour l'avenir de la race canadienne-française". Le postulat de base est que la langue française se voit progressivement contaminée par l'anglais au risque de devenir un jargon totalement inutilisable, ce qui entraînerait la disparition de la nation tout entière.
Dans son introduction, Tardivel se montre étonnamment beaucoup plus tolérant envers les anglicismes que le puriste québécois contemporain qui fustige les Français qui font du "shopping" tout en s'accommodant de demander un "lift" pour rentrer chez lui. L'auteur estime notamment qu'il n'y a aucun inconvénient à utiliser des mots anglais clairement identifiables tels que "fair-play", "leader" ou "bill", surtout lorsqu'il n'existe pas d'équivalent en français. Il admet en outre que les anglais ont aussi adopté des mots français ("ennui", "sang-froid" ...), ce que de nombreux militants anglophobes contemporains occultent avec une candeur troublante.
Selon Tardivel, le véritable anglicisme ne consiste effectivement pas à utiliser des mots anglais dans un discours français, mais à utiliser des mots français avec un sens anglais. Il prend comme premier exemple l'expression "Faire application pour une place" qui est un emprunt manifeste à la langue de l'ennemi. Selon lui, le terme "application" a en effet pour seule signification en français le fait d'appliquer une chose a une autre, l'autre sens (proposer sa candidature) provenant de l'anglais "To make application for a place". Ce genre d'expression Canada Dry (ça a seulement la couleur et le goût du français) ne m'avait pas échappé et j'y ai même consacré un billet.
Pour enrichir son exposé, l'auteur procède ensuite à une longue énumération d'exemples de crimes contre la langue perpétrés par des députés, des journalistes et des avocats. Ces actes sont pour lui d'autant plus graves qu'ils sont commis par des personnes censées mieux s'exprimer que le commun des mortels (pour une raison qui m'échappe). En constatant à quel point la lecture de cette liste est laborieuse, on ne peut qu'admirer l'abnégation dont a fait preuve l'homme qui a dû l'écrire. Quelques traits d'humour allègent heureusement le texte et semblent avoir évité l'implosion de l'auteur, visiblement très énervé.
L'impact principal de cet exposé sur moi a cependant été de détruire à tout jamais la foi que j'avais jusqu'ici dans l'Office québécois de la langue française, qui constituait à mes yeux le plus solide des remparts contre le fléau de la défrancophonisation. Dans son texte, Tardivel avait pour moi été on ne peut plus clair en expliquant que "«Mesure,» dans le sens de «projet de loi,» n'est pas français du tout.", que "«Statistiques,» au pluriel, est presque toujours incorrect", qu'"il en est de même du mot «ordre du jour».", que "«Promouvoir» veut dire simplement: Avancer d'un grade à un autre et non favoriser.", et qu'il faut bannir les termes "homme d'affaire" ou "police montée". C'est donc avec un grand désarroi que j'ai constaté que tous ces usages contre-nature étaient acceptés, voire encouragés par le site grandictionnaire.com, la référence de l'OQLF pour les gens qui veulent savoir comment qu'il faut causer.
Avec un tel laxisme de la part des plus prestigieuses institutions, il ne faut pas s'étonner que, conformément aux prévisions de Tardivel, la langue française soit aujourd'hui moribonde avec à peine 200 millions de locuteurs réels, et que sa disparition totale du globe ne soit plus qu'une question de semaines.


