Archive - janv. 2008
Le téléphone pleure
Soumis par Ian le jeu, 31/01/2008 - 15:49.15h20, le grésillement de l'interphone retentit dans mon entrée. L'écouteur étant une fois de plus défectueux, je me résous à pousser le bouton déverrouillant la porte d'entrée et j'ouvre celle de mon appartement. Un homme d'une trentaine d'années se plante devant moi. Il arbore un complet impeccable et une tête de premier communiant. Mauvais signe.
- Bonjour, je m'occupe de la téléphonie dans les appartements. J'aimerais discuter de votre abonnement téléphonique.
- Vous êtes de quelle compagnie ?
- Rogers. Je voulais vérifier si vous étiez éligible pour une réduction de 60%.
- Je suis désolé, ça ne m'intéresse pas.
- D'accord, pas de problème. Vous êtes chez Bell ou chez Vidéotron ?
- En fait, je n'apprécie pas du tout le démarchage à domicile ou par téléphone.
- D'accord, pas de problème.
- Au revoir.
- Au revoir.
Il note un truc sur un bloc-note tandis que je ferme la porte.
Le succès est total. Je me suis débarrassé rapidement d'un importun, il n'a pas réussi à me soutirer la moindre information exploitable commercialement, et surtout, je ne l'ai pas tué.
Rhétorique-rac
Soumis par Ian le mar, 29/01/2008 - 23:27.Lorsque je me promène sur le web, je tombe régulièrement sur des méthodes d'argumentation qui me hérissent les dents (ce qui en soi est déjà une performance). Vous en trouverez quelques spécimens ci-dessous. J'ai volontairement pris l'exemple d'un blogueur ayant déclaré la guerre à un fan de Casimir et de l'Île aux enfants afin de ne pas parasiter mon exposé avec une réelle polémique.
"J'en ai marre de tes critiques. Si tu n'aimes pas mon blog killcasimir.com tu n'as qu'à pas le visiter."
Je comprends tout à fait que l'on serve ce discours à un visiteur qui se contente de déverser son fiel sans la moindre remarque constructive. Il est en revanche dommage que des blogueurs l'utilisent simplement pour chasser de leur site les personnes qui émettent une opinion différente de la leur.
"On commence par regrouper les enfants sur une île et on finit par rassembler des Juifs dans des camps."
Cette dérive est tellement fréquente sur Internet qu'on lui a donné un nom ("Point Godwin"). Comparer son interlocuteur aux nazis est généralement le signe que l'on est à court d'arguments ou qu'il est nécessaire de prendre un grand bol d'air pour se calmer.
"Peut-on vraiment prendre ta défense de Casimir au sérieux alors que tu manges du pâté de dinosaure ?"
Ce type d'attaque déloyale possède également un petit nom (argument "Ad hominem"). Le fait qu'un individu adopte une attitude en contradiction avec une idée qu'il défend ne signifie pas que cette dernière est fausse. De manière plus générale, une mauvaise argumentation devrait pouvoir être démontée sans besoin de s'en prendre personnellement à son auteur.
"Les admirateurs de Casimir, vous êtes tous des enfoirés de connards de putain d'abrutis de votre mère."
Insulter son adversaire a pour principal effet de se discréditer soi-même ou de déclencher une baston générale virtuelle. Je suis surpris que tant de gens s'y risquent encore.
"De toute façon, tu es à la solde de l'association internationale des défenseurs de Casimir"
Une telle information peut être pertinente si elle peut être prouvée. Dans le cas contraire, il s'agit de diffamation.
"80 % des gens qui ont regardé Casimir dans leur enfance ont des problèmes psychologiques."
La moindre des choses lorsque l'on avance un chiffre aussi saugrenu est de donner sa source. Il est également pertinent de définir ce qu'est un "problème psychologique". Phobie des araignées ou pulsion meurtrière ?
"Je n'ai pas besoin de prouver mes informations sur Casimir. Ce site est juste personnel."
À moins d'être protégé par un mot de passe, un blog peut être lu dans le monde entier (ou presque). Il est par conséquent primordial de s'assurer un minimum de la fiabilité des informations que l'on relaie.
"Je ne dis pas que c'est vrai, mais selon certaines rumeurs, Casimir aurait des relations contre-nature avec des opossums"
La meilleure conduite à adopter lorsque l'on entend une rumeur est soit de l'ignorer, soit de la vérifier. Contribuer à sa dissémination tout en couvrant ses arrières est selon moi d'une incommensurable lâcheté.
"Je dis peut-être du mal de Casimir, mais au moins, je ne poste pas en anonyme."
Tant que l'on respecte ses interlocuteurs et que l'on argumente de façon posée et intelligente, l'anonymat n'a rien de répréhensible.
Si des lecteurs ont d'autres exemples d'argumentation boiteuse, je suis preneur.
Version 5
Soumis par Ian le lun, 28/01/2008 - 10:39.Comme l'aura remarqué le moins perspicace de mes visiteurs réguliers, j'ai profité de ma fin de semaine pour transformer complètement ce blog.
La nouveauté la plus visible est le thème graphique foliage qui devrait rendre la lecture de ce site bien plus agréable que les versions précédentes. L'entête et le pied de page de ce dernier sont ornés d'une photo que j'ai prise il y a quelques semaines au Polar Bears Club juste avant de plonger dans le jacuzzi.
Bien que cela risque de provoquer un infarctus chez l'un de mes amis, je dois cependant avouer que le changement majeur apporté par cette mise à jour est l'abandon du moteur de blog Wordpress au profit du gestionnaire de contenu Drupal. Quelques fonctionnalités telles que la liste de diffusion ou la notification des nouveaux commentaires par courriel ont pâti de cette migration mais reviendront bientôt.
Les bénéfices immédiats de cette dernière sont un moteur de recherche bien plus performant, un outil de parcours des archives et une navigation plus simple à travers les billets. Drupal étant désormais mon principal outil de travail, je serai en mesure d'apporter de nombreuses autres améliorations au fil du temps.
Ça m'encouragera peut-être à poster des billets plus fréquemment, qui sait ?
Sweepstake et maths
Soumis par Ian le mar, 22/01/2008 - 19:02.En traînant sur Internet au lieu de méditer sur les moyens de garantir la paix dans le monde et de faire fructifier mon argent, je suis tombé sur un billet de Boing Boing mettant en exergue une spécialité canadienne pour le moins troublante. Tout en restant silencieux sur le désarroi l'ayant conduit à de si vaines lectures, son auteur y explique que le règlement d'une loterie proposée par les cafés Starbucks à leurs clients oblige les vainqueurs résidant au Canada à répondre à une question mathématique pour obtenir leur prix.
Grâce à l'armée de recherchistes stagiaires qui donnent une caution journalistique à ce blog pour un coût modique, j'ai pu facilement obtenir les motifs de cette clause déconcertante. Celle-ci a en fait été créée afin de contourner le code criminel du Canada qui limite sévèrement les jeux de hasard nécessitant une contribution financière de leurs participants. Dans ce pays, quiconque se risque à faire miroiter la chance de gagner quelle que faveur que ce soit en échange d'une somme d'argent sans avoir obtenu la permission de l'État est coupable d'un acte criminel, et s'expose à des sanctions pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement. Le fait que ledit montant ait originellement servi à s'offrir une boisson abusivement nommée "café" ne fait pas exception.
Le gouvernement canadien étant curieusement plus enclin à s'associer avec les propriétaires de casinos et de machines à sous qu'avec les vendeurs de cappuccinos, les entreprises non spécialisées dans le dépouillement des joueurs pathologiques ont dû trouver une ruse pour pouvoir organiser légalement ces populaires sweepstakes qui attirent les consommateurs aussi sûrement que les présidents de la République attirent les mannequins aphones. Après de nombreuses séances de méditation et d'inhalations de plantes médicinales de Colombie, les experts en marketing ont finalement découvert que pour échapper aux foudres de la justice, il suffisait que leurs jeux ne dépendent pas à 100 % du hasard.
C'est la raison pour laquelle la plupart des compagnies canadiennes qui organisent des concours ajoutent systématiquement à leur tirage au sort cette fameuse question mathématique. Bien entendu, celle-ci s'avère soigneusement étudiée pour être la plus simple possible, dans le but que même un diplômé de l'ENSAM soit capable d'y répondre.
Le dernier point à élucider est de savoir pourquoi les cafés Starbucks excluent de leur concours tous les habitants de la province de Québec. Il faudra que j'en parle à mes stagiaires quand ils auront fini de dégager la neige de mon allée.


