Archive - déc. 2007

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Révélations

Suite aux rumeurs qui circulent sur le net selon lesquelles j'aurais des liens avec des groupuscules visant à dissuader ou convaincre les Français d'immigrer au Québec, il me semble indispensable de révéler les véritables motifs qui m'ont conduit à m'installer dans la Belle Province et à créer ce blog.

Mon aventure québécoise débuta en juillet 2000. Le ministère français de l'agriculture publia ce mois là un rapport d'étude de plus de 400 pages imprimées en Arial 9 points qui devait bouleverser les secteurs de l'alimentation et de la restauration. Se basant sur une observation et une analyse minutieuses du marché, celui-ci expliquait qu'après l'engouement de la population pour les pizzas, les paninis, les chiches-kebabs et les sushis, la poutine serait le prochain plat à la mode sur laquelle se jetteraient tous les habitants de l'Hexagone.

Fort de ce constat, le M.E.U.H. (mouvement des éleveurs ultra-hermétique), association clandestine et secrète régie par la loi 1901, convint au cours d'une assemblée générale extraordinaire qu'il fallait à tout prix envoyer un agent au Canada avec la mission de s'emparer de la recette du fromage en crottes. Fabriquer et vendre directement en France l'un des principaux ingrédients de la spécialité québécoise permettrait en effet d'engranger des revenus très importants, et il était indispensable de commencer la production avant que des filières s'organisent pour en importer d'outre-Atlantique. Pour mener à bien cet objectif, il fallait un homme de poigne, mêlant force de caractère, rudesse et intelligence, avec un sex-appeal à faire craquer la plus sévère des crémières. Le choix se posa tout naturellement sur ma personne qui, en plus de posséder toutes ces qualités, s'était rendue célèbre en démantelant un réseau de contrefaçon de vache qui rit en 1998.

Le 16 août 2000, je m'envolai donc vers le Québec, sous l'identité d'un simple étudiant en informatique suivant un programme d'échange à l'université de Montréal. Afin de crédibiliser davantage mon alibi, je décidai de créer le site que vous consultez actuellement afin de raconter mes aventures au quotidien, omettant évidemment tous les éléments liés à mon infiltration des milieux laitiers québécois. J'étais loin de me douter à l'époque que des investisseurs sans scrupules me voleraient mon idée de journal de bord en ligne et en feraient un immense succès commercial, rebaptisant le concept en "blog" au passage afin de faire croire qu'ils en étaient les inventeurs.

Pour en revenir à nos vaches, ma tâche d'espionnage fut bien moins aisée que je ne l'aurais cru. Mes nombreux voyages entre Montréal, la Mauricie et Warwick étaient exténuants. Les éleveurs québécois esquivaient par ailleurs mes questions indiscrètes avec une dextérité fascinante. Mes recherches auprès des bovins eux-mêmes furent également infructueuses en dépit de mes excellentes notes obtenues à l'école en meuglement langue seconde. Les employés des fromageries se montrèrent tout aussi taciturnes et abominablement méfiants. Il s'en fallut de peu que l'on ne retrouvasse mon corps sans vie gisant au fond d'un tank à lait.

A l'aide d'un savant dosage de psychologie et de Molson Export, je réussis cependant un soir de juin 2001 à extorquer la recette tant convoitée à un ingénieur d'une prestigieuse fabrique de fromage en grains. Celui-ci me donna en outre un petit bocal qui renfermait selon lui la bactérie utilisée pour donner à ce produit son inégalable texture qui le fait crisser sous la dent. Heureux d'être enfin récompensé de mes efforts, je partis quelques jours plus tard pour Paris afin de remettre le précieux butin à mes commanditaires, avant de jouir d'un repos et d'un chèque bien mérités.

Cette trêve bénie fut malheureusement de courte durée. Quelques semaines après avoir pris congé de mes employeurs, j'appris par la presse que l'on avait retrouvé le corps de tous les membres du M.E.U.H. à moitié dévoré gisant dans la salle de réunion de leur laboratoire secret du Larzac. L'examen des dépouilles révéla que ces derniers avaient trépassé suite à l'absorption du premier prototype de fromage en grain qu'ils venaient de produire. Les analyses de la fiole que m'avait donné l'ingénieur montrèrent que nous étions tous tombés dans un ignoble piège. Contre toute attente, celle-ci ne contenait pas un ingrédient miracle, mais un redoutable croisement de bifidus avec une forme foudroyante de la bactérie mangeuse de chair qui par chance n'était pas transmissible entre humains.

Dans les années qui ont suivi, j'ai essayé d'oublier cette tragique histoire et de refaire ma vie, mais j'étais sans cesse hanté par le visage de René, Alphonse, Marguerite et de tous les autres qui avaient payé cette mystification de leur vie. En septembre 2006, je suis finalement revenu au Québec afin de retrouver l'auteur de cet abominable crime et lui faire payer son acte. Bien qu'il m'ait fallu écumer des centaines de bars, d'étables, de fromageries et autres lieux sordides pour parvenir à mes fins, j'ai enfin pu remettre la main sur cet ingénieur maudit et l'attirer dans un traquenard. Au moment où je m'apprêtais à faire justice moi-même à l'aide d'un croc de boucher, j'ai cependant réalisé que la vengeance était une mauvaise chose, et j'ai préféré livrer l'odieux personnage aux autorités canadiennes.

A présent que tout est fini, je pourrais essayer de faire une croix sur cette histoire et rentrer en France, mais finalement je me plais bien au Québec. Je me suis fait des amis, je paye un loyer deux fois moins élevé qu'à Paris, et Montréal est une ville agréable. L'un des rares points négatifs avec le système de santé et le prix du fromage est que je me suis retrouvé au milieu d'une bagarre un peu vaine que se livrent depuis quelques années plusieurs sites d'immigrants français déçus ou béats de leur expérience. J'espère que ce récit aura fait comprendre à tout le monde que mon blog n'est qu'une couverture pour mes activités occultes et que je n'appartiens à aucun de ces deux camps.

Réponse à Ballistic

Si vous venez du site jaune, vous pouvez lire ma réponse à Ballistic sur bistroquebec.com.

Nos amis les sociologues (lettre ouverte)

Chers messieurs Vilbrod et Papinot,

Je viens de lire sur le site web de Ouest France un article annonçant que vous lanciez une étude sur les jeunes Français qui tentent de s'installer au Québec et rentrent finalement au pays. Je tiens à vous applaudir pour cette initiative qui permettra de mieux comprendre un phénomène encore mal cerné.

Bien que les recherches du démographe québécois Marc Termote aient permis d'estimer que la moitié des immigrés français quittent le Québec dans les huit ans qui suivent leur tentative d'installation, il n'existe en effet aucune statistique sur les motifs de ces retours. Disposer de ces données enrichira considérablement le débat sur une supposée détresse des Français dans la Belle Province qui ne repose aujourd'hui que sur des spéculations.

Afin que votre recherche soit vraiment complète, il me semblerait toutefois judicieux que vous ne vous contentiez pas de récolter en France des témoignages de compatriotes qui sont rentrés du Québec, mais que vous traversiez également l'Atlantique afin de rencontrer ceux qui y sont installés depuis des années et n'ont pas l'intention de s'en aller. Savoir ce qui peut retenir un Français au Québec est en effet selon moi aussi important que les raisons qui le font partir. Il me paraît par ailleurs indispensable de comparer le taux de retour et les motifs qui conduisent les Français à quitter le Québec avec ceux qui les poussent à abandonner d'autres pays où ils tentent de s'installer. Selon mon expérience, l'immigration comporte en effet à elle seule suffisamment d'obstacles (mal du pays, éloignement de la famille, difficulté d'adaptation au milieu) pour qu'on abandonne, quel que soit le pays d'accueil.

Si je me permets d'évoquer ces quelques points au risque de me faire passer pour un petit prétentieux qui apprend leur métier aux sociologues, c'est que certaines citations de l'article de Ouest France telles que "Certes, les relations sont « relâchées » au travail, mais il faut des mois avant d'être invité à manger chez un Québécois de souche." me font craindre que vous ayez tiré des conclusions de votre étude alors qu'elle vient à peine de commencer. Je trouverais par ailleurs dommage que le discours virulent de certains immigrés déçus abondamment relayé par une presse en manque de sujets vous fasse oublier qu'il existe beaucoup de Français heureux au Québec. Afin de contrebalancer le discours négatif d'une partie de leurs compatriotes, certains ont même créé sur le site de réseau social Facebook un groupe nommé "Les Français heureux au Québec ça existe !" (inscription requise) qui ne cesse de grandir.

En dépit de mes angoisses sûrement irrationnelles, je fais totalement confiance à votre rigueur scientifique, et je vous souhaite sincèrement bonne chance dans vos recherches dont j'attendrai les résultats avec impatience.

Je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de mes sincères salutations.

PS : j'ai publié une copie de ce courriel sur mon blog http://www.mauditfrancais.com/. J'ai créé ce dernier en août 2000 lorsque je suis parti pour un an en programme d'échange étudiant à l'Université de Montréal dans le cadre de mes études à Paris VIII. Je l'ai repris en septembre 2006 à l'occasion de mon immigration au Québec, qui pour le moment se passe très bien.

J’oubliais…

On a un truc qui ressemble à peu près à un hiver cette année. C'est cool.


Exercices de logique

Exercice 1

Trouvez les failles de logique dans les raisonnements qui vous sont proposés.

Exemple :

Affirmation : "Les chiens sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chien."
Solution : Le fait que les chiens soient mortels n'exclue pas que d'autres animaux le soient aussi, par exemple, les hommes. En conséquence, le fait que Socrate soit mortel n'implique pas que Socrate soit un chien.

Affirmations

a) "Certains immigrants français au Québec vivent mal leur expérience, donc tous les Français qui immigrent au Québec se planteront."

b) "Si un ingénieur ne réussit pas au Québec, personne ne réussira."

c) "Les immigrés français qui réussissent au Québec sont des losers."

d) "Certains Français sont victimes de racisme de la part de certains Québécois, donc, tous les Québécois sont racistes."

e) "Ma copine québécoise m'a largué donc toutes les Québécoises sont d'infâmes féministes castratrices."

f) "La meilleure façon d'écrire un article impartial sur l'immigration des Français au Québec est d'interroger uniquement ceux qui sont déçus."

g) "Après 2 ans 1/2, 20% des immigrants français quittent le Québec, après 5 ans, plus d’un tiers partent, après 8 ans, 50% partent. Donc, au bout de 10 ans, 75% partent."

h) "En dépit de la moindre statistique sur le sujet, on peut affirmer avec certitude que tous les Français qui quittent le Québec le font par déception."

i) "J'ai le droit de censurer les commentaires qui me déplaisent sur le site que j'ai originellement créé pour échapper à la censure."

j) "J'ai à la fois le droit de cracher sur les personnes qui postent sous pseudonyme sur Internet et de défendre mes propres propos sous diverses identités dans les forums en me répondant à moi-même."

k) "Dix ans après avoir quitté le Québec, je serai toujours la référence sur les immigrants français dans cette province."

l) "Le gouvernement québécois ne fait jamais rien pour les immigrés français. Quand le gouvernement québécois fait des choses pour les immigrés français, c'est parce que j'ai râlé"

Exercice 2

Trouvez d'autres exemples de paralogisme dans votre entourage (site web, presse, etc.)

N'oubliez pas d'écrire votre nom sur la copie, d'encadrer le titre en rouge et de laisser une marge de trois carreaux pour les corrections.

Bonne chance !