Archive - oct. 2006

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Retrouvailles

Mon bloc

Dimanche dernier, nous avons reçu Charlotte, Hélène et Yannick à dîner (au sens québécois du terme, c'est à dire en tout début d'après-midi). J'ai retrouvé avec plaisir la bonne ambiance que j'appréciais beaucoup lors de de ma première saison au Québec. Après le repas, nous nous sommes lancés dans une palpitante partie de tarot, tout en jasant et en buvant un excellent thé. Nos invités nous avaient en effet offert un assortiment de boîtes de ce breuvage ainsi qu'un très joli service qu'il aurait été dommage de ne pas inaugurer pour l'occasion. Nous nous sommes quittés vers 20h de très bonne humeur, même la personne que je ne nommerai pas qui est passée de la deuxième place à la dernière avec un total de -700 points.

Ce n'était pas la première fois que nous nous retrouvions. Dès le lendemain de notre arrivée à Montréal, Charlotte nous avait emmenés avec elle à l'avant-première d'un court-métrage mexicain, puis nous avait invités une semaine plus tard à souper avec Yannick, Hélène et deux autres amis québécois.Depuis notre retour à Montréal, nous avons eu aussi l'occasion de revoir Mélanie et son chum Lionel, qui nous ont invités à souper, et que nous avons accueillis à notre tour après notre emménagement, Noémie, avec qui nous avons pris un verre dans le bar "Le réservoir", et Cécile, avec qui nous avons dîné dans un restaurant indien du centre-ville. Nous sommes donc loin de vivre le sentiment d'isolement que subissent beaucoup d'immigrants en arrivant dans un nouveau pays.

Grande bibliothèque

Comme j'avais du mal à m'imposer un rythme pour chercher du travail, je suis allé lundi à 10h du matin à la Grande bibliothèque avec mon iBook dans mon sac afin de m'obliger à travailler sur mon CV. Seule une partie est ouverte le lundi, mais on y trouve quand même des tables, des chaises et une connexion à Internet sans fil, ce qui me suffit largement pour travailler. J'ai d'ailleurs réalisé que j'aurais pu faire de précieuses économies si j'avais accédé au réseau ici dès le début de notre séjour, plutôt que d'aller au café et payer un capuccino à chaque fois que je souhaitais envoyer un mail.

La première demi-heure a été difficile, car une Québécoise totalement hystérique faisait un scandale devant les portes, visiblement parce que l'on ne la laissait pas entrer à cause d'un mauvais comportement. A entendre ses vocifération, je ne serais pas surpris que cette sanction était justifiée. Elle hurlait à s'en rompre les cordes vocales, et accessoirement les tympans de la centaine de personnes présentes à l'intérieur de la bibliothèque. Elle a heureusement fini par se calmer, à moins que les employés qui essayaient de la raisonner aient fini par se lasser et aient appelé les services de sécurité.

En définitive, j'ai bien avancé sur mon CV, et je pense le terminer cet après-midi. Il est temps, car plusieurs personnes m'ont proposé de le transmettre à des entreprises.

L’infâme déménage

Les déménageurs sont enfin passés mercredi dernier pour nous livrer les affaires que nous avions envoyées de la France. Pour accomplir cette mission, nous avions opté pour une société visiblement très prisée des expatriés français au Canada, et dont le site web accueille les visiteurs par une annonce vocale ressemblant à un message de répondeur téléphonique. Je ne me doutais pas que ce choix allait nous conduire à vivre une folle aventure, dont je ne résiste pas à la tentation de raconter tous les rebondissements.

Cartons

Mon premier contact avec la société de déménagement, que nous appellerons G par commodité, remonte au dimanche 9 juillet 2006. Après avoir récupéré sur Internet les coordonnées de plusieurs loueurs de bras musclés à l'aide de mon ami Google, je demande par l'intermédiaire de leurs sites web respectifs un devis pour envoyer deux mètres cube de cartons de l'autre côté de l'Atlantique. Le 10 juillet, je reçois un mail de la société G m'informant des tarifs et des conditions qu'elle est à même de me proposer. Devant l'absence de nouvelles de la concurrence, et à la vue des prix relativement alléchants qui me sont proposés, j'envoie un message le mercredi 12 pour les informer que j'approuve le devis et que l'enlèvement doit avoir lieu avant le 30 août, qui est la date à laquelle nous devons rendre notre appartement parisien.

Mon contact dans la société, que nous appellerons JM afin de préserver son anonymat mais pas trop, m'envoie le lendemain un nouveau message m'indiquant qu'il a bien noté mon accord et qu'il reviendra bientôt vers moi pour me proposer une date. En l'absence de nouvelles, je me décide finalement à l'appeler le 17. JM ne pouvant pas encore me donner de date exacte, nous nous mettons au moins d'accord pour que celle-ci soit comprise entre le 15 et le 29 août. Mon interlocuteur me demande de confirmer tout ceci par mail, ce que je m'empresse de faire.

Il s'ensuit un silence radio total de plusieurs semaines durant lesquelles j'attends angoissé que l'on me recontacte pour me fournir le jour précis de l'enlèvement. La désinvolture dont à fait preuve mon correspondant à chaque coup de téléphone me pousse même à redouter que mon dossier ait été oublié sous une pile d'autres demandes. N'y tenant plus, je téléphone finalement à la société le 10 août. JM pense se souvenir de moi : "Ah oui, vous c'est pour un déménagement Montréal-Paris, c'est ça ?". Après avoir pris une bonne bouffée d'air pour ne pas m'évanouir, je lui dit que c'est le contraire, et il finit par retrouver ses notes. Nous convenons que les déménageurs viennent le 24 août, mais il ne peut pas encore me dire à quel moment de la journée. Sachant pertinemment qu'il ne m'appellera pas pour clarifier les choses, je lui passe ce que je pense être un ultime coup de fil le 23 août pour qu'il me dise à quelle heure arriveront ses collègues le lendemain. Il me répond qu'ils se présenteront dans la matinée.

Io et moi étant particulièrement en retard dans nos préparatifs, nous nous lançons alors dans une course éperdue pour préparer les derniers cartons, qui s'achève à 4h du matin. Epuisés, nous nous effondrons sur notre lit chéri pour profiter d'une bonne nuit de trois heures de sommeil. Ne sachant pas quand les déménageurs viendront exactement, nous nous levons à 7h30 pour avoir le temps de nous préparer et être frais et dispos pour les accueillir à 8h. Le terme "frais et dispos" devrait peut-être se voir remplacé par "cliniquement vivants", car la fatigue des dernières semaines ajoutée à notre quasi-nuit blanche fait de nous des candidats idéaux pour le casting de "La revanche des zombies insomniaques".

Une, deux, puis trois heures passent sans que personne ne daigne titiller notre interphone. J'appelle donc à nouveau notre ami JM qui m'annonce que ses camarades ont été retardés et qu'ils arriveront en fin de matinée. Etant donné qu'il est déjà presque 11h, je me dis qu'il ne faut pas attendre nos déménageurs avant 14h. C'est sans doute faire preuve d'un optimisme un peu démesuré, puisqu'il n'y a toujours personne chez nous après cette échéance. Les heures qui suivent se déroulent alors selon le cycle suivant :

  1. j'appelle JM pour l'informer que les déménageurs ne sont toujours pas là
  2. il me répond qu'il me rappelle dans x minutes pour me dire où en est la situation
  3. Au bout de x minutes écoulées, je n'ai aucune nouvelle
  4. revenir au point 1

Petit à petit, l'angoisse et la tension montent. Je m'imagine déjà être obligé de repousser la restitution de l'appartement, et même notre départ pour le Québec, tout ça parce que j'ai fait un peu trop confiance à une bande de déménageurs désordonnés. Quand, au bout de plusieurs appels, je me plains à mon interlocuteur que tout ceci n'est pas très sérieux, il s'emporte en m'expliquant que ce n'est pas de sa faute si des clients qui nous précèdent dans le parcours de ses collègues ne savent pas mesurer le volume de leurs affaires. C'est sans doute de la mienne.

Plus tard, il tente de se débarrasser de moi en me disant que les déménageurs sont en train de l'appeler sur une autre ligne et qu'il me recontactera dans dix minutes dès qu'il leur aura parlé. Quand je rappelle trente minutes plus tard (car il ne m'a bien sûr toujours pas donné signe de vie), il me dit qu'il est en train d'essayer de les joindre. "C'est curieux, lui réponds-je. Vous m'aviez dit qu'ils étaient en train de vous appeler". Conscient que j'ai saisi la feinte, JM n'essaye nullement de se justifier et se contente d'un vague grommellement m'indiquant qu'il me téléphonera plus tard.

C'est la panique. Je commence à regarder sur le net si une autre entreprise n'est pas à même de nous dépanner dans le délai très restreint qui nous est accordé. Je réfléchis à une solution de stockage alternative qui nous permettrait de vider les lieux et d'organiser un départ plus tard. Aucune de ces hypothèses ne semble toutefois applicable. La tension est à son comble autour de 17h quand JM me demande si ça me dérange si les déménageurs passent plutôt le lendemain. Je lui réponds que ça ne me pose pas de problème, à condition qu'il ne me rejoue pas le même scénario qu'aujourd'hui, ce qui l'offusque. Finalement, il m'annonce vers 18h que ses collègues viendront prendre nos affaires à 19h.

Malgré notre scepticisme, on sonne enfin chez nous à l'heure prévue. Deux déménageurs, l'un me rappelant le dessinateur Fournier en plus jeune et plus trapu, et l'autre semblant connecté directement aux extra-terrestres, se présentent enfin à notre porte. L'enlèvement proprement dit dure à peine une demi-heure. Une fois cette opération terminée, je suis obligé de calculer moi-même le montant du chèque que je dois leur faire à partir des informations génériques qu'on m'a transmises auparavant, car il n'en ont aucune idée. Trop gentil ou pas assez rancunier, je m'abstiens de faire malencontreusement une erreur en ma faveur. Alors qu'ils s'apprêtent à quitter les lieux, je leur donne à chacun un billet de 20 euros en guise pourboire. Juste avant de sortir, le médiateur interstellaire fait allusion à un camarade resté en bas de l'immeuble pour garder le camion, ce qui ressemble à une tentative de m'extorquer un troisième billet. Je me contente de lui ouvrir la porte avec le sourire niais du gars qui n'a pas compris, et prie très fort intérieurement pour que nos affaires arrivent intactes à destination.

Curieusement, les choses se sont beaucoup mieux passées pour la livraison au Québec. j'ai obtenu un rendez-vous pour seulement deux jours après mon appel, et les déménageurs étaient là une heure plus tôt que prévu. J'en conclus que la personne qui gère les dossiers de ce côté ci de l'Atlantique est un peu plus sérieuse et moins désorganisée que son homologue en France. Cela ne rattrape toutefois pas complètement les sueurs froides que nous avons eues pour la première partie du déménagement. Je ne pense pas que je recommanderai cette société à mes amis, à moins qu'ils aient 35 ans d'expérience en méditation zen ou de conséquentes réserves de tranquillisants.

Jamais trop tard…

Quebecois.eu est un sympathique site qui agrège les flux RSS de blogs de Québécois expatriés en Europe et réciproquement. Ses créateurs ont gentiment ajouté mon site à leur liste, et je ne l'avais même pas signalé. Voici cet oubli réparé.

Quebecois.eu

Jeu des 342 erreurs

Je suis en train d'écrire le récit palpitant du déménagement de nos affaires de la France vers le Québec, mais ça me prend plus de temps que prévu. Pour patienter, voici deux photos représentant respectivement ce que nous apercevions de la fenêtre de notre salon à Paris, et de la même pièce à Montréal.

Avant Après

Maudit Français, le film

Je ne pouvais pas passer à côté de ça !

Fin d’us

Notre session "Us et coutumes" s'est terminée mercredi vers 13h. Selon moi, tout immigrant au Québec qui n'a jamais vécu de choc culturel a tout intérêt à assister à cette rencontre.

Lorsque l'on débarque dans une société sensiblement différente de la nôtre, on court constamment le risque de passer pour impoli ou de blesser des gens sur un simple quiproquo. Une Française m'avait ainsi raconté qu'elle avait subi la honte de sa vie à Montréal en montant dans un bus à la parisienne, sans ce soucier des autres usagers qui faisaient la queue. Sentant que tous les gens présents dans le véhicule la regardaient d'un oeil noir, elle a demandé à son voisin de siège si elle avait fait quelque chose de mal. Il lui a simplement rétorqué qu'elle était passée devant tout le monde. Ce fut un grand moment de solitude.

La formation que nous avons suivie nous a enseigné de nombreuses particularités de la société québécoise dont la connaissance nous évitera sans aucun doute quelques situations gênantes de ce style, notamment dans le monde professionnel. Même après avoir vécu un an au Québec, de nombreuses subtilités m'étaient encore inconnues. Ayant passé une bonne partie de mon temps à l'université, je ne pouvais par exemple pas savoir que ne pas se rendre dans les 5 à 7 en entreprise était souvent mal vu, ou qu'il valait mieux éviter d'ouvrir le tiroir d'un collègue de bureau sans y avoir été expressément autorisé, même si c'est juste pour lui emprunter son agrafeuse.

Après nous avoir présenté durant deux matinées des notions théoriques pour appréhender une culture, l'animatrice a consacré la dernière demi-journée à un rapide cours d'histoire de la Belle Province, dans l'optique de nous éclairer sur les origines de la manière de penser des Québécois. Nous avons passé le reste de la séance à travailler en groupe sur des études de cas tirées de témoignages reçus par le Ministère de l'Immigration. Chacun d'eux présentait un exemple de conflit ou de malentendu entre immigrants et Québécois dans le monde du travail, et nous devions les commenter. Le but n'était surtout pas de désigner un coupable, mais de déceler les raisons qui avaient amené chaque protagoniste à agir ainsi à l'aide des méthodes et des concepts qui nous avaient été transmis.

Dans notre groupe, nous devions par exemple analyser l'histoire d'un immigrant d'Europe de l'Est nommé Victor, employé très apprécié qui se voit promu superviseur de ses anciens coéquipiers. Contre toute attente, ces derniers se plaignent rapidement au grand patron de leur nouveau supérieur, accusé de ne plus les respecter et de donner des ordres en restant les bras croisés. Plutôt que de condamner les subalternes forcément jaloux ou le superviseur forcément méprisant, nous devions essayer de déceler l'origine du désaccord. En l'occurrence, le superviseur provenait d'un pays où le rôle de superviseur consiste essentiellement à prendre des décisions et à donner des directives, tandis que dans la société québécoise, les employés s'attendent à ce que ce dernier les consulte avant de faire des choix et mette la main à la pâte. Je résume mais l'idée est là.

Je trouve cette approche très saine et pragmatique. Selon moi, les conflits entre cultures proviennent très souvent d'une méconnaissance réciproque, chacune attribuant erronément à l'autre une intention de nuire. On peut certes tomber sur des personnes faisant preuve d'une mauvaise volonté monstrueuse, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Prendre de la distance et essayer d'analyser une situation permet en outre de s'en détacher et de moins en souffrir. J'ai également aimé la conclusion de l'animatrice selon laquelle, même si on peut dresser le portrait générique d'une société, ce sont toujours des individus à qui l'on a affaire, et qu'il faut aussi tenir compte de leur identité.

Pour quitter en beauté cette session, j'ai infligé un revers à l'ours qui sommeille en moi en réussissant à réclamer les coordonnées des personnes avec qui j'avais sympathisé durant la formation.

Aphorismes

Histoire d'illustrer mon précédent billet, j'ai noté ce matin quelques propos tout en nuances proférés par la grande philosophe de notre groupe dont j'ai parlé hier. Je tiens à préciser qu'ils n'engagent que leur auteure.

"En général, les Portugais sont très sérieux."

"Comparativement aux Allemands, les Français sont paresseux."

"Un homme qui n'est jamais jaloux, c'est embêtant."

"La société française est très assistée."

"La grève, ça ne sert à rien puisque l'on est pas payé."

(très fière) "Je n'ai jamais travaillé en France, ce sont les Français qui ont travaillé pour moi."

"Je connais bien la France. J'y ai vécu 14 ans, mais je ne me suis jamais sentie Française."

"Je sais que vous avez 5 semaines de congé en France : une pour Noël, une pour la Toussaint..."

"Pour rentrer chez moi en voiture, je prends le sens interdit pour aller plus vite. Je ne vais pas m'amuser à faire le tour de la maison."

"Je m'en fiche. On m'a déjà enlevé mon permis 20 fois !"

"En Tunisie, il y avait une soixantaine de personnes qui attendaient à la douane. J'ai glissé 10 euros dans mon passeport en le donnant à l'agent, et j'ai pu passer devant tous les autres qui ont dû attendre 1/2 heure."

"Dans les hôpitaux, si on ne veut pas glisser de billet, il reste toujours les cliniques privées."

"Au Québec, lorsqu'une femme vit avec un homme pendant un an sans se marier, elle obtient automatiquement la moitié de ce qu'il possède, non ?"

Non.

Us, coutumes et tête d’enclume

Aujourd'hui, Io et moi avons assisté à la première séance d'information sur les "Us et coutumes du Québec".

Contrairement aux rencontres précédentes, cette session ne se déroulait pas dans le centre-ville, mais dans le nord, juste à côté du métro Crémazie. Nous avons donc pris de bon matin le bus 161 en direction du métro Rosemont, sous un soleil toujours aussi radieux.

Soleil radieux

A la vue du titre de cette session, on pouvait craindre d'avoir à subir durant trois matinées une interminable énumération des fêtes québécoises avec description des costumes traditionnels et des danses folkloriques, suivie d'un exposé sur la manière de fabriquer une cabane en rondins et d'une séance pratique de préparation de la poutine. Il n'en est rien. Avant de s'attarder sur les spécificités du Québec, cette session semble en effet avoir été créée pour que ses participants puissent mieux appréhender une culture qui leur est étrangère, quelle qu'elle soit. Elle part notamment du principe que certains aspects d'une culture qui nous choquent de prime abord peuvent être compris et tolérés si on fait l'effort de dialoguer avec ses représentants. Cela semble assez logique mais nécessite un efforts que ne font pas la majorité de mes compatriotes quand on voit la personne qu'ils souhaitent élire président, fut-elle d'origine hongroise.

Pour le moment le seul reproche que je pourrais faire à cette session est de s'appuyer sur des théories qui m'ont paru un peu simplistes et caricaturales, comme celle de Geert Hofstede qui tente de décrire une culture en mesurant entre autres sa masculinité/féminité ou son individualisme/collectivisme. On nous a également servi le concept d'oscillation adaptive de Jacques Demorgon, qui me semble être une manière bien pédante et compliquée de dire que deux personnes de culture différente peuvent s'entendre facilement sur certains aspects et plus difficilement sur d'autres, mais que ça dépend aussi du contexte. Cela prouve au moins que les études en sciences humaines n'étaient pas faites pour moi.

Oscillation adaptive

Heureusement, les exemples concrets que nous donnait l'animatrice et le dialogue qu'elle avait avec son auditoire rendait la chose plus concrète et moins académique.

Le véritable point noir tombant sur cette demi-journée comme une dent à pivot dans une can de sirop d'érable était en fait incarné par une participante algérienne d'environ 70 ans ayant vécu en France et à Monaco, et qui vient de s'installer au Québec pour rejoindre ses filles. Rien de bien grave jusque là, à part Monaco. Le problème est que cette femme dotée d'un égo démesuré ne pouvait s'empêcher de lancer toutes les deux minutes des lieux communs sur les méditerranéens (dont elle est fière d'être un échantillon), les hommes (auxquels elle voue une mystérieuse rancune) et les syndicats ouvriers (qu'elle déteste). J'ai ainsi appris à mon grand étonnement qu'à chaque fois qu'il y avait une dispute dans un couple, c'était toujours de la faute du mâle, et que lorsqu'elle était chef d'entreprise, deux syndicats avaient voulu la faire licencier juste parce qu'elle était un peu exigeante.

A entendre tous les stéréotypes qu'elle déclamait à chaque fois qu'une nationalité ou un pays était évoqué, on pouvait au moins se dire qu'assister à un cours sur l'interculturalité et l'ouverture ne pouvait que lui être bénéfique. Trois demi-journées paraissent néanmoins nettement insuffisantes pour son cas limite désespéré.

Nous avons frisé l'incident diplomatique au moment où, par une digression quelconque, l'animatrice a demandé à Io comment elle fait son couscous. Miss Algeria 1928 s'est en effet empressé de répondre à sa place avec un rire condescendant : "Elle doit ouvrir une boîte !". Ce qui, en plus d'être totalement faux, témoigne d'un mépris et d'une incorrection tout à fait hallucinants.

Bref, j'ai tellement apprécié cette personne qu'elle inaugure le tag niaiseux sur ce blog.

Panier percé

Lundi dernier, j'ai établi un joli planning répartissant équitablement le temps entre mes projets d'écriture et de programmation, mes diverses démarches administratives, et la recherche d'un emploi. Arrivé au samedi soir, je constate que j'ai essentiellement passé ma semaine dans les magasins avec Io à acheter les nombreux objets qui manquent encore dans notre logement. Cette activité nous rajeunit de quelques années car elle nous ramène à l'époque où nous avons emménagé pour la première fois ensemble. J'avais en revanche oublié que s'installer coûtait aussi cher.

Depuis notre arrivée à Montréal il y a un mois, nous avons en effet déjà dilapidé plus de 3000 euros. Cette somme est déjà supérieure au montant minimum exigé par les services d'immigration du Québec pour que deux adultes puissent subvenir à leurs besoins durant leurs trois premiers mois dans la province. La location d'un meublé dans la tour Trylon, l'acquisition d'une imprimante et l'achat d'une pointe de Brie ont certes pesé dans la balance, mais je doute qu'un couple beaucoup plus économe que nous arrive à survivre avec une aussi petite somme sans se faire héberger par des amis.

La bonne nouvelle est que nous avions anticipé ce genre d'hémorragie financière. En considérant que les dépenses les plus importantes ont lieu les premières semaines, nos économies devraient nous permettre de survivre encore 6 ou 9 mois sans que nous ayons besoin de vendre des poulets Mac Croquettes ou nous adonner au squeegee.

Il n'en reste pas moins que l'absence de revenus nous oblige à limiter nos achats. Hormis le chat, notre salon est ainsi toujours dénué de siège confortable sur lequel on puisse s'écrouler, j'ai renoncé pour le moment à m'offrir le dernier disque de Jean Leclerc, et je n'ai pas encore pu écumer les bars sympathiques que j'ai entrevus sur le boulevard Saint-Laurent.

Le temps dont nous disposerons la semaine prochaine pour chercher un emploi sera toutefois réduit, puisque nous nous sommes inscrits à une session "Us et Coutume du Québec" qui occupera nos matinées de lundi à mercredi.

Ca mouille

Chaque année, au mois d'octobre, de nombreux blogueurs résidant au Québec postent de chatoyantes photos d'arbres aux feuilles jaunes et rouges dont le soleil réhausse les couleurs, incitant au romantisme et au recueillement.

Il ne faut cependant pas oublier que l'automne montréalais ressemble aussi parfois à ça :

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Bon, moi je m'en fiche. J'aime bien la pluie.