Archive - juin 2001

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Pierres et feu

Aujourd'hui, je suis allé au musée d'archéologie Pointe-à-Callière avec Aline. Nous avons d'abord assisté à la séance multimédia qui raconte l'histoire de Montréal de sa fondation jusqu'à nos jours. Cette présentation très bien conçue explique comment la ville est devenue un important centre d'échanges commerciaux et culturels au fil du temps. Elle se termine naturellement par un discours digne des publicités touristiques les plus flatteuses, affirmant que Montréal est un lieu où il fait vraiment bon vivre. En écoutant cela, j'ai réalisé que je retournais à Paris exactement dans une semaine et que le choc risquait d'être dur. C'est d'autant plus dommage que je raterai une bonne partie des festivals qui se déroulent pendant l'été. Il faut cependant que je règle une fois pour toutes mes affaires universitaires et professionnelles. Cela me permettra de voyager vers d'autre destinations et, j'espère, demander un jour mon statut de résident canadien.

J'ai trouvé la visite du musée assez instructive. Celui-ci a été construit sur des vestiges de la ville, et une une promenade dans le sous-sol permet de découvrir les fondations des anciens bâtiments, ainsi que leur fonction et l'histoire qui leur est liée.

Le soir, je suis allé voir l'ouverture du festival de feu d'artifices avec Hélène (la blonde de Yannick). Les feux étaient lancés de l'île Saint-Hélène, dont l'accès était payant, mais nous avons pu les voir gratuitement du vieux port où une foule nombreuse était présente. J'aime beaucoup les feux d'artifices, particulièrement lorsqu'il ne sont pas accompagnés de défilés militaires débiles. Cette soirée a été l'occasion d'effacer le souvenir des 14 juillet stressants de mon enfance, car l'ambiance était vraiment détendue et il n'y avait aucun imbécile pour faire exploser des pétards n'importe où. Ce spectacle nous a ouvert l'appétit et nous sommes allés déguster des queues de castor dans les environs. Hélène est Québécoise, et l'un de nos sujets de conversation préféré est de comparer les us et coutumes de nos pays respectifs. Nous avons même inventé un jeu qui consiste à mixer des jurons français et québécois. Je m'abstiendrai toutefois de donner des exemples afin de ne pas faire fuir les lecteurs.

Débranché

Ca y est, je sens le départ qui approche, j'ai prévenu tous le monde que je quittais bientôt ce beau pays : mes chums d'HydroQuébec, mes potes de Bell Canada, sans oublier mes copains d'US Airways.

Demain, mes amis de Videotron, viennent me soulager du modem câble qui me relie au monde virtuel depuis septembre 2000. La fréquence de mise à jour de ce site risque encore de s'en faire sentir. Je vais profiter de cette cyberpause pour finir Harry Potter et apprendre les accords septièmes, tiens.

Autour du lac (VI et fin)

- La Baie -

Je ne narguerai pas une fois de plus le lecteur en décrivant notre déjeûner, mais il était tout à fait succulent. De bon matin, nous sommes partis en excursion pour rejoindre le calvaire qui surplombe la ville. C'est une marche de plus d'une heure dans un sentier assez escarpé. Nous avons croisé un gros lièvre sur le chemin, qui ne semblait pas spécialement gêné de notre présence. Après avoir profité de la vue qui s'offrait en haut de la colline, nous sommes allés faire un tour à la fromagerie Boivin, qui paraît-il, fait le meilleur fromage de la région. En maudit Français qui se respecte, j'ai une nette préférence pour les pâtes bien coulantes et odorantes comme le Munster ou le Brie de Melun. Les pâtes cuites que nous avons goûtées ne m'ont donc pas spécialement séduit, à part les tortillons, petits batonnets de fromage très salés qui doivent assez bien accompagner l'apéritif.

Comme le lieu était très passager, nous sommes allés chercher nos bagages au gîte et nous sommes revenus afin de trouver un lift pour Chicoutimi. A tour de rôle, nous abordions les visiteurs sur le parking pour leur demander s'ils pouvaient nous emmener. Un jeune couple a accepté de nous prendre, et nous avons embarqué à l'arrière de leur grosse voiture, à côté des deux enfants qui attaquaient déjà sauvagement le fromage fraîchement acheté. Comme il nous restait pas mal de temps, nous avons mangé chez Vio, qui est un restaurant tout à fait correct. Nous sommes ensuite allés faire un tour dans le centre d'achat qui ne se trouvait pas loin, puis nous sommes retournés attendre notre automobiliste. Celui-ci possédait un grand camping-car, et nous avons eu pour compagnon de route une jeune infirmière et un étudiant en infographie, avec qui j'ai eu d'intéressantes conversations.

- Montréal -

Notre chauffeur nous a laissé à la station Radisson. J'ai laissé Charlotte, qui attendait que les amis qui l'héberge viennent la chercher, et j'ai pris le métro. Arrivé chez moi, j'avoue m'être un peu écroulé sur mon lit. Malgré la fatigue et les coups de soleils, je suis très content d'avoir pu faire ce voyage, aussi bien pour tous les gens accueillants que nous avons rencontrés que pour les beaux paysages que nous avons découverts. Je ne pense pas avoir le temps de m'offrir un autre excursion dans ce style avant mon retour en France. Cela me fera un bon prétexte pour revenir.

Autour du lac (V)

- Sainte-Monique -

Nous sommes partis tôt le matin de l'auberge pour augmenter nos chances d'être pris en auto-stop. Bien nous en a pris car nous avons pu embarquer dans la troisième voiture qui s'est présentée à nous. Elle était occupée par un grand-père est un jeune homme qui se rendaient à un meeting aérien à Québec et qui nous ont déposés près de Saint-Bruno. Nous avons marché un instant au bord de la route, et nous avons soudain aperçu une bête qui sortait la tête d'un trou. Après plusieurs tentatives infructueuses pour la prendre en photo, alors que seul son museau dépassait du sol, nous avons dû laisser tomber. Je pensais notamment que nous aurions été désagréablement surpris si cela avait été une moufette, mais il semble que c'était plutôt une marmotte (il y en a des tonnes dans le coin). Finalement, nous avons embarqué dans le véhicule de trois jeunes hommes de Chibougamau qui travaillent dans le reboisement. Leur voiture était très vieille et sa marque m'était totalement iconnue, comme celle de la plupart des véhicules que nous avons investis depuis le début de notre voyage. Ils nous ont laissés à Jonquière et nous sommes allés prendre un petit déjeûner chez Mikes.

- Jonquière -

Nous sommes ensuite allés dans la petite épicerie qui sert de relais allo-stop, où nous avons obtenu un lift Chicoutimi-Montréal à 16 h. Un client qui attendait à la caisse et avait entendu notre conversation nous a proposé de nous emmener à Chicoutimi. Bien que nous ne partions que le lendemain, nous avons acceptés car nous souhaitions repérer les lieux. Bien que nous ne sachions pas encore où nous irions passer nos derniers jours dans la région, nous nous sommes dits qu'il serait plus facile de faire du pouce de Chicoutimi. La spontanéité avec laquelle les gens nous proposent leur aide est vraiment surprenante et agréable. Notre sympathique chauffeur nous a donc emmené jusqu'à Vio, le restaurant où nous avons rendez-vous le dimanche.

- La Baie -

Nous avions initialement prévu de nous rendre à Tadoussac, mais le temps nous manque. Nous avons donc décidé de nous rendre à la ville de La Baie. Heureuse coïncidence, nous avons été rapidement pris par un automobiliste qui s'y rendait également. Il travaillait dans les finances et avait beaucoup voyagé : Brésil, Cuba, Taiwan... Il nous a conduit au gîte que nous avions choisi afin que nous laissions nos affaires, puis nous a déposé en ville. Nous sommes allés faire un tour au centre touristique où Charlotte à récupéré une tonne de . Après avoir vu la pyramide des Ha ! Ha !, un peu décevante, nous nous sommes promenés sur les quais, avec une magnifique vue sur le lac, puis nous avons décidé de nous rendre aux Murailles, un joli coin de nature où coule une cascade. Nous avions cependant sous-estimé la distance, et Charlotte a finalement profité d'un feu rouge pour demander à un automobiliste s'il pouvait nous rapprocher. Celui-ci avait un look assez original. Grand, totalement chauve, il possédait une multitude de boucles d'oreilles à faire pâlir d'envie un acunpuncteur. Il a trouvé notre idée de promenade tellement sympathique qu'il nous a proposé de nous accompagner. Nous nous sommes auparavant arrêtés devant sa maison. Tandis qu'il était à l'intérieur à se changer, Charlotte et moi commencions à nous demander si nous avions bien fait de le suivre, tant son attitude était bizarre. D'autant plus qu'il avait appelé 5 mn auparavant un ami à lui pour expliquer qu'il allait emmener deux jeunes touristes faire une balade. J'imaginais déjà les gros titres dans la presse : "L'égorgeur en série de La Baie fait deux nouvelles victimes". Nous ne nous sommes pourtant pas enfuis, et nous sommes allés aux murailles avec lui. Sur la route, il nous a expliqué que sa blonde l'avait quitté il y a quelque mois, ce qui expliquait peut-être son besoin de compagnie.

Heureusement, à l'entrée du parc, notre nouveau guide a sympathisé avec un autres groupes de touristes, avec qui nous avons fait une bonne partie de la promenade, ce qui nous a un peu rassurés. Mis à part un de ses passe-temps consistant à tirer au fusil sur les ours bruns et les marmottes qui avaient l'audace de pénétrer dans son jardin, cet homme semblait être un amoureux de la nature, et il connaissait très bien la région. Il nous a ensuite ramené au centre-ville en nous souhaitant une bonne visite. Nos craintes, bien que légitimes, étaient donc totalement injustifiées.

Nous avons ensuite visité le musée du Saguenay. Il y avait trois expositions moyennement intéressantes : les oeuvres d'artistes du Saguenay, avec quelques jolies peintures et sculptures, un insectarium et une dernière sur "le magnesium, métal d'avenir". Nous avons ensuite regardé le film racontant le déluge de 1996, dont La Baie est une des ville à avoir le plus souffert. L'accent était mis essentiellement sur les drames humains qu'elle avait causés et sur le courage des valeureux sauveteurs. On ne peut pas nier cet aspect, mais cela était tellement rabâché qu'on avait plus l'impression de suivre un reality show qu'un reportage. Dommage. Les commentaires d'un scientifique interviewé à propos des causes probables de cette catastrophe (Effet de serre, mauvaise gestion des barrages) et sur la pollution du Saguenay auraient mérité qu'on s'y attarde. Il est vrai que les gens de la région sont été complètement traumatisés par cet évênement. On en trouve des photos placardées dans tous les restaurants, et les gens ne manquent jamais une occasion d'en parler. Il leur est donc encore sans doute difficile de prendre de la distance.

Le soir, nous sommes allés voir un chansonnier au gîte du vieux hibou. Nous avons dû rentrer chez notre hôtesse sous une pluie battante et dans une obscurité presque totale. Pour plaisanter, j'ai dit à Charlotte qu'on allait peut-être voir notre chauve sortir sa tête d'un buisson en criant "coucou !". Ca ne l'a pas faite rire.

Autour du lac (IV)

- Sainte-Monique -

Ce matin, nous avons décidé de faire une promenade dans le parc de la pointe Taillon. Nous avons loué des vélos tout terrain à l'office du tourisme et nous sommes engouffrés dans les bois, non sans nous être procurés des bouteilles d'eau et de la crème pour repousser les moustiques qui sévissent toujours. Après 18 km de forêt, nous sommes arrivés à la plage qui borde le lac Saint-Jean, avec du vrai sable. On se serait cru au bord de la mer, à part que l'endroit été totalement dépourvu de beaufs faisant crier leur poste de radio ou d'enfants vous balançant leur ballon à la figure. En fait, il n'y avait personne, à part la vendeuse de la cafétéria à qui j'ai acheté quelques croquettes de poulets à la sauce barbecue. Voyager en dehors des périodes touristiques comportent de nombreux avantages.

Nous nous sommes un peu arrêtés sur la plage, mais pas longtemps car nous devions rendre les vélos à l'heure. Sur le chemin du retour, je me suis rendu compte qu'il fallait que je me mette à faire du sport, car les derniers kilomètres furent assez éprouvants. J'ai cependant trouvé cette promenade très agréable. Nous avons passé le reste de notre journée à lézarder et à compter nos coups de soleil. Demain, nous devons être en forme car nous repartons pour Chicoutimi. Nous ne savons pas encore quelle sera la destination suivante.

Autour du lac (III)

- Saint-Félicien -

Réveil à 7 h 30

Nous avons pris un excellent petit déjeûner préparé par notre hôtesse : chocolat chaud, cretons, pain brun et blanc maison, une demi-douzaine de confitures différentes (gelée de bleuets, rhubarbe-fraise, citrouille...), cookies et pavé aux dattes, maison également. Nous avons laissé nos bagages au gîte et nous sommes rendus sur la route 169, qui n'a décidément plus de secrets pour nous, afin de nous rendre au zoo de Saint-Félicien. Comme personne ne semblait vouloir nous prendre, nous avons traversé la rivière Chamouchane et nous nous sommes placés sur le bord d'une rue qui semblait se diriger directement vers le zoo. Après une assez longue attente, un homme a fini par nous accueillir dans sa voiture. Nous le trouvions fort sympathique jusqu'à ce qu'il sorte une bouteille de bière bien épaisse et en boive une bonne rasade en tenant le volant d'une main. Bien qu'il nous ait affirmé que c'était la première de la journée, nous étions moyennement rassurés. Heureusement, la route était droite et nous ne sommes pas restés très longtemps dans son véhicule.

Les p'tites bêtes

Le zoo de Sant-Félicien est assez original. Les animaux ne sont pas enfermés dans des cages mais dans de vastes enclos reproduisant leur milieu naturel le plus fidèlement possible. Il existe en outre un immense parc où les bêtes évoluent en toute liberté et que les visiteurs peuvent parcourir dans un petit train, protégés par un grillage. Une sorte de zoo à l'envers. C'est cette promenade que nous avons choisie en premier. Les personnes présentes étaient essentiellement des enfants accompagnés de leurs animateurs et quelques retraités. La promenade dure plus d'une heure et nous avons pu voir de nombreuses espèces animales : ours bruns, wapitis, orignaux, chiens de prairie, bisons, boeufs musqués, loups, et j'en oublie sûrement beaucoup. Nous avons appris qu'une loi obligeait toute personne trouvant des caribous orphelins sur le territoire québécois à les confier à ce zoo afin qu'il s'en occupe. Le conducteur du train faisait des commentaires au fil de notre progression et une une bande sonore enregistrée avec des comédiens prenait le relais en fonction de l'endroit où nous nous trouvions. En plus des animaux, cette balade est un moyen de découvrir l'histoire de la colonisation du Canada, en passant dans différents décors : camp de bûcherons, village indien, bureau de poste, etc.

Le miaulement du colibri

Après avoir échappé de justesse à une horde d'ours bruns affamés (comment ça, j'exagère ?), nous avons pu admirer de nombreux autres animaux dans le reste du zoo. Un lynx jouait avec les papillons. Un touriste qui avait mal lu une pancarte affirmait très sérieusement que ce gros chat était un colibri. Il y avait aussi des loutres qui avançaient en fil indienne en se dandinant comme dans un dessin animé, des phoques, et des castors que l'on pouvait voir dormir dans leur hutte. Mais ce qui m'a le plus émerveillé, c'est sans aucun doute l'ours polaire dont nous avons assisté au repas. Un homme perché sur une passerelle jetait de la nourriture dans le bassin, et on pouvait voir grâce à une vitrine cet énorme mammifère nager sous l'eau pour les attraper. La grâce avec laquelle cet animal évolue est tout à fait surprenante et émouvante. On en oublierait presque qu'il pourrait nous arracher la tête d'un coup de patte. Malgré tous les soins dont font preuve les responsables du zoo, je me suis demandé si tous les animaux étaient bien ici. En effet, avant son repas, l'ours blanc effectuait sans relâche quelques pas en avant et en arrière tout en ce balançant de droite à gauche, à la manière d'un danseur. C'était assez comique à voir mais ce comportement était peut-être le signe que quelque chose n'allait pas.

So far away from Peribonka...

Le retour au centre-ville n'a posé aucun problème. Charlotte à accosté deux Suissesses en vacances qui ont accepté de nous prendre dans leur voiture. Après les avoir quittées, nous nous sommes arrêtés dans une brasserie où nous avons pu déguster une tourtière, spécialité locale que Charlotte voulait absolument goûter. Aucune trace cependant de la tarte aux bleuets que nous cherchons depuis notre arrivée dans la région. Après avoir récupéré nos affaires, nous nous sommes remis à faire du pouce pour nous rendre à Peribonka. Nous avons été pris successivement par :

- Une jeune femme de Jonquière qui nous a amené jusqu'à Normandin

- Un étudiant peu bavard qui nous à conduit jusqu'à Dolbeau, où nous avons fait une petite sieste au bord de la route

- Un sexologue qui a fait sa maîtrise à l'UQAM et qui allait voir ses petits-enfants à Mistassini

- Une Québécoise de je ne sais plus où, qui nous a pris en même temps que le fils de la présidente de l'auberge de jeunesse où nous nous rendions. Nous avons appris à l'occasion que cette dernière ne se trouve pas à Peribonka mais à Sainte-Monique, quelques kilomètres plus loin, où nous sommes arrivés en fin d'après-midi.

- Sainte-Monique -

L'auberge est sur une île à l'embouchure de la rivière Peribonka. La vue est très belle mais nous sommes probablement dans un des trous les plus perdu de la région. Nous sommes allés acheter à manger au dépanneur du coin, qui fait à la fois office d'épicerie, tabac, SAQ et video-club. Après une balade sur l'île, à l'heure où les maringouins attaquent, nous n'avons pas tardé à aller dormir, un peu épuisés après cette journée chargée.

Autour du lac (II)

- Roberval -

Nous nous sommes levés vers 10 h. Daniel nous a offert le déjeûner, et nous avons pu discuter un peu avant de reprendre la route. Ce matin là, nous avions décidé de nous rendre à Val Jalbert, un village qui fut prospère grâce à sa pulperie. Cette usine produisait de la pulpe de bois, nécessaire à la production de la pâte à papier. Lorsque celle-ci a fermé en 1927, le village a été totalement abandonné et a depuis été transformé en une attraction touristique et culturelle. Apres avoir échangé nos coordonnées avec Daniel, nous nous sommes dirigés vers la route 169, la seule qui fait le tour du lac Saint-Jean, afin de refaire du pouce. Nous avons pu constater avec bonheur que malgré quelques nuages, la pluie ne tombait plus. Nous avons fini par embarquer dans le pickup d'un jeune homme, mineur de profession, qui nous a déposé juste devant le site. Le soleil s'est enfin montré et nous avons pu mieux voir le lac qui était la veille camouflé par un épais mur de pluie et de brouillard. Il est immense et très beau, contrairement à ce que prétend le guide du routard.

- Val Jalbert -

Nous nous sommes arrêtés dans un magasin de souvenirs, où une gentille vendeuse a accepté de garder nos énormes sacs le temps de notre visite. Le village proprement dit est un peu plus loin que le guichet où l'on achète les billets. Il faut marcher 5 mn puis prendre un petit bus maquillé en train qui nous amène devant le moulin de l'usine. C'est l'occasion de découvrir le village en écoutant les commentaires du chauffeur. Une fois arrivés, nous sommes allés sur le belvédère pour voir la chute d'eau qui alimentait le moulin au début du siècle. Elle est vraiment très haute et le paysage est magnifique. Nous avons pris une tonne de photos que j'espère pouvoir mettre sur mon site bientôt. Nous sommes ensuite entrés dans le moulin. En passant dans la salle du restaurant, nous sommes tombés sur une fête familiale ou associative qui s'achevait et dont les participants semblaient particulièrement émêchés. "Désolé, il ne reste plus rien, on a tout mangé", nous a dit l'un d'entre eux. A l'arrière du bâtiment, nous avons pu examiner les vestiges de machinerie de la pulperie. Les vieilles installations mécaniques m'ont toujours fasciné. Nous sommes ensuite montés dans le téléphérique pour nous rendre en haut de la chute. J'étais seul dans la cabine avec Charlotte, et nous avons commencé à théoriser sur les conséquences éventuelles d'un décrochage de celle-ci (la cabine, pas Charlotte). Contre toute attente, nous somme cependant arrivés intacts à destination. Le magnifique panorama du lac et de ses environs ne nous a pas fait regretté d'avoir pris ce risque inconsidéré. Nous sommes ensuites allés à la deuxième chute (chute Maligne), à laquelle on accède par une longue passerelle en bois serpentant au milieu de la forêt. Celle-ci est moins impressionnante que la première mais le décor est tout aussi beau. Nous nous sommes posés quelques instants pour une méditation intense, et un oiseau minuscule, rappelant un peu un colibri s'est soudain mis à voler à 2 mètres de moi. Je n'ai malheureusement pas eu le temps d'attraper mon appareil photo car il est parti immédiatement.

Nous sommes redescendus en empruntant les escaliers en bois, au milieu des épinettes. En bas, nous avons pu regarder un film relatant l'histoire du village, avec des lumières qui s'allument au fil du récit sur une carte de la région et sur une maquette de l'usine pour expliquer son fonctionnement. C'est très intéressant de voir avec quelle ingéniosité toutes les ressources naturelles étaient exploitées. Par exemple, la chute servait à la fois à acheminer les troncs d'arbre jusqu'à l'usine, faire tourner les meules pour broyer le bois, produire de l'électricité, etc. Touchant également de voir comment une commune considérée comme à la pointe du progrès (électricité et eau courante dans toutes les maisons, technologie moderne, syndicalisme,...) tombe soudain dans l'oubli après la faillite. Nous avons rejoint notre magasin de souvenirs en longeant le canyon qui succède à la chute. À l'occasion, nous avons trouvé un passage secret pour entrer gratuitement dans le village, mais nous ne dirons rien, même sous la torture. Nous souhaitions prendre une tarte aux bleuets pour notre goûter, car c'est le fruit typique de la région, mais aucun magasin n'en vendait sur le site. Nous nous sommes donc fait ramenés en stop à Roberval par un couple sympathique. L'homme s'apprêtait à dire du mal sur les Parisiens, mais il s'est rendu compte que j'en étais un. Dommage, j'étais curieux.

- Roberval -

En dégustant un sundae au bleuets à la crèmerie du lac, nous avons convenu que Saint-Félicien serait notre prochaine destination. Malheureusement, au bout d'une heure d'auto-stop, personne ne nous avait encore pris. Le chauffeur d'un bus qui se rendait là-bas a accepté de nous embarquer si nous payions le ticket à l'arrivée. En fait, il semblait ne pas trop s'en soucier et il nous a laissé nous en aller sans que nous laissions une cenne.

- Saint-Félicien -

Nous avons posé nos bagages au gîte du jardin fleuri. Le nom de cet établissement n'est sans doute pas dû au hasard. La propriétaire est une charmante grand-mère. Elle parlait avec passion des pivoines qu'elle sortirait lorsqu'il ne gèlera plus, des tomates qui allaient bientôt sortir, et de toutes les plantes, fruits et légumes qu'elle allait planter. Nous sommes ensuite aller manger au Café du boulevard. Au menu : soupes aux gourganes (fèves vertes et orge avec bouillon de boeuf) et doré (filet de dorade). Nous avions une jolie vue sur la rivière Chamouchouane. Bref, à part la serveuse qui nous a facturé le service comme à de vulgaires touristes, tout était parfait. Nous avons fait une rapide promenade dans le village, nous arrêtant dans un parc d'où nous avons pu admirer un magnifique coucher de soleil et la pleine lune, puis nous sommes entrés au gîte.

C'est dingue, le nombre de mille-pattes et de papillons qu'il y a dans le coin.

Autour du lac (I)

- Montréal -

6 h 30 du matin. Après avoir sauvagement jeté par la fenêtre le réveil qui sonnait avec insolence, je me suis habillé un peu hagard et me suis dirigé vers le métro Snowdon. J'ai retrouvé Charlotte à Côte-Des-Neiges et nous nous sommes rendus devant la station Saint-Michel pour attendre notre lift. Sur le bord de la route, nous avons fait la connaissance de Daniel, un étudiant sympathique qui se rendait à Chicoutimi avec le même chauffeur que nous. Ce dernier est arrivé un peu en retard, mais nous avons pu quitter sans encombre l'île de Montréal. J'ai discuté un peu avec lui. Il m'a expliqué qu'il travaillait à l'université de Chicoutimi et qu'il avait déjà passé un an en France, à Paris. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la vie parisienne, et il a dû comprendre que c'est des filles parisiennes dont je parlais, car il m'a répondu que de toutes façons, il y était allé avec sa femme (déçu ?). Après la ville de Québec, nous sommes passés devant la résidence servant de quartier général aux Hell's Angels. C'est une impressionnante bâtisse entourée d'un solide mur et truffée de caméras extérieures. Charlotte discutait à l'arrière avec Daniel. Il se rendait chez ses parents à Roberval, au sud-ouest du lac Saint-Jean, et nous a proposé de nous héberger pour la nuit. Nous avons accepté son invitation. Peu avant notre arrivée à Chicoutimi, nous nous sommes arrêtés à une station service où j'ai découvert une publicité totalement absurde de Petro-Canada : un plein = un arbre offert à l'office des forêts du Québec.

- Chicoutimi -

Manger, enfin

Nous sommes arrivés vers 11h30 du matin à l'université de Chicoutimi. Daniel rentrait directement chez lui en faisant du pouce. De notre côté, nous souhaitions visiter un peu la ville. Nous lui avons donc proposé de le recontacter dès que nous serions arrivés à Roberval. Chicoutimi est bien plus calme que Montréal. Il y a de nombreuses maisons individuelles et les rues sont peu passagères. Après quelques tergiversations, nous avons décidé d'aller dîner (Français : lire "déjeûner") au DeVinci. C'est un restaurant végétarien aux prix très abordables, avec un buffet à volonté. Le décor convivial et la gentillesse du personnel donnent plus l'impression d'avoir été invité à manger chez des amis que d'être au restaurant (hormis la facture en fin de repas, bien sûr). C'est donc avec délice que nous nous sommes jetés sur la soupe de betteraves, les salades de pâtes, le gratin de légumes, les boulets au millet, et j'en passe. Tout cela terminé par un sympathique thé à la menthe.

Promenade digestive

Après avoir bien rempli notre estomac, nous avons marché tranquillement en longeant le Saguenay. Les bordures sont très bien aménagées, avec beaucoup de verdure, des bancs, et une jolie fontaine représentant des baleines avec leurs petits. Ayant repéré une gloriette au milieu de la pelouse, nous nous y sommes précipités pour y interpréter quelques mémorables duos sur des chansons de Jean-Jacques Goldman, malgré l'absence totale de public humain. Ensuite, nous avons longtemps marché à la recherche du musée du Saguenay, que jamais nous n'avons trouvé, car celui-ci a été transféré et n'était pas encore réouvert. Nous nous sommes donc rabattus sur l'office du tourisme, où nous avons découvert l'existence d'une chocolaterie que nous nous sommes empressés de rejoindre.

Le vendeur devait avoir plus d'une soixantaine d'années et était très bavard. Il n'était pas possible de visiter la chocolaterie, mais il nous a décrit les divers produits qu'il proposait et nous en a fait goûter plusieurs d'entre eux : chocolats , bien sûr (noir, au lait, aux amandes, aux noisettes, rhaa...), mais aussi du sirop de bleuet et des bonbons à l'érable avec de la tire à l'intérieur. Il nous a également raconté l'histoire de la petite maison blanche, seule du quartier à tenir debout lors de l'important déluge qui s'est abattu sur la région du Saguenay en juillet 1996. C'est en sortant pour aller la voir que nous nous sommes rendus compte que le crachin que nous subissions depuis notre arrivée s'était transformé en méchante pluie. Nous avons vu la petite maison, perchées en haut d'une pile de rochers où coule une cascade, puis nous avons décidé de nous rendre à Jonquière en auto-stop.

Daniel nous avait dit qu'il était facile de faire du pouce dans la région. Au bout de 15 mn sous une pluie abondante, nous commencions néanmoins à désespérer. Heureusement, une jeune femme de Jonquière a fini par nous accueillir dans son van. Elle s'occupait de magasins de vêtements à Jonquière et Chicoutimi, et rêvait de faire le tour de la France. Charlotte lui a donc laissé son adresse en Alsace en cas de besoin.

- Jonquière -

Notre chauffeur nous a déposés devant la Puzzle, un bar célèbre du coin, où nous avons bu un bon chocolat pour réchauffer nos pauvres carcasses humides. Le décor était digne d'un sitcom. Seule derrière son bar, une serveuse discutait avec trois ou quatre habitués d'humeur joviale. Elle résumait à elle seule tous les stérotypes de barmaid que j'ai pu voir au cinéma : enjouée, psychologue, gentille avec les clients, du moment que ces derniers ne lui manquent pas de respect. Une fois remis, nous avons levé le camps pour essayer de joindre Roberval. Nous avions compris que la meilleure manière de se faire prendre par les automobilistes était d'afficher un large sourire. Après vingt minutes d'attente, nous avons embarqué dans la voiture d'un homme d'âge mûr, calme et courtois, qui s'est auparavant assuré que nous étions étudiants. Discuter avec lui fut très intéressant, car il semblait aimer beaucoup la région, et connaissait de nombreuses histoires sur la colonisation du Canada et les personnages qui l'ont marquée. En fait, nous étions assez bien tombés, car notre chauffeur s'est avéré être un ancien maire de Roberval qui occupe actuellement un poste politique important dans la région. Il a beaucoup voyagé en Europe, au Québec également, mais peu dans les autres provinces car, disait-il, "je ne me sens pas chez moi au Canada".

- Roberval -

Quand nous sommes arrivés à Roberval, il nous a prêté son cellulaire pour appeler chez Daniel. Celui-ci était parti voir des amis et avait oublié de prévenir ses parents de notre arrivée. Heureuse coïncidence, ces derniers étaient des anciens collègues de notre automobiliste. Celui-ci nous a amené directement chez eux, les rassurant en disant que nous étions des gens biens. La mère de Daniel nous a très chaleureusement accueillis. Elle se confondait en excuses car la seule chambre où elle pouvait nous héberger était un peu en désordre. De notre côté nous étions gênés devant tant de gentillesse, alors que nous arrivions totalement à l'improviste. Le père regardait le base ball à la télévision. J'ai essayé de comprendre ce qu'il se passait à l'écran, mais j'avoue que les règle de ce sport me sont totalement étrangères. Daniel est revenu, nous avons un peu discuté, mais la journée avait été assez agitée, et nous n'avons pas tardé à nous coucher.

Beaucoup de gens m'avait parlé de l'accueil chaleureux des habitants du lac Saint-Jean. Bien que je n'aime pas trop faire des généralisations, qu'elles soient positives ou négatives, je dois avouer que pour l'instant, nous avons rencontré une foule de gens sympathiques, toujours prêts à rendre service.

Gna plus

Il pleut sur une bonne partie du Québec depuis quelques jours. Lorsque je devais passer mes journées dans un labo sans fenêtre à l'université il y a quelques semaines, il faisait pourtant un soleil maginifique. Ne nous plaignons pas, cependant. D'après la météorologie, science aussi exacte que la lecture des viscères d'orignal, nous devrions bénéficier de quelques éclaircies dans les jours qui viennent. Si je m'interroge ainsi sur le climat, élément qui me perturbe peu quand il ne fait pas trente degrés sous zéro, c'est parce que je pars comme prévu pour le Lac Saint-Jean demain matin avec Charlotte. Je ne sais pas si j'aurai accès à l'Internet cette semaine. Je me suis donc acheté un petit carnet pour noter mes impressions, que j'espère tenir plus sérieusement que lors de mon dernier voyage à Québec.

Bon. Il faut que je me dépasse de finir de préparer mes affaires si je veux avoir une chance de dormir quelques heures cette nuit. J'ai tout prévu pour pallier une soudaine crise de manque urbain lors de mon voyage : bombonnes de gasoil, posters géants de building et cassettes audio de voitures qui klaxonnent. Si vous n'avez pas de nouvelles dans deux semaines, envoyez une équipe de secours.

Sur la route

Je vais enfin pouvoir respirer un peu la nature et relancer mon imagination, que j'ai de plus en plus de mal à creuser pour trouver des choses à écrire dans ce journal.

Je pars en effet mardi prochain avec Charlotte pour le Lac Saint-Jean. Nous avons d'abord trouvé un lift par allo stop qui nous mènera jusqu'à Chicoutimi. Il faudra que je pense à règler mon réveil, car le rendez-vous avec l'automobiliste est fixé à 7 h du matin, à l'autre bout de Montréal. Nous essayerons ensuite de prendre le bus pour nous rendre à l'auberge de Peribonka que m'a conseillé Noémie(Fr). Je les appellerai demain pour savoir s'il y a de la place ou si nous devons emprunter une tente en catastrophe, mais il ne devrait pas y avoir de problème.

Nous n'avons strictement aucune idée de combien de temps nous resterons ni de ce que nous ferons ensuite. Nous aimerions bien aller faire un tour du côté de Tadoussac pour voir les baleines, puis redescendre en passant par Charlevoix et ses beaux paysages. Mais nous disposerons au maximum d'une semaine pour notre voyage, car Charlotte doit accueillir un ami à Montréal en fin de semaine prochaine. Aussi insouciant l'un que l'autre, nous préférons cependant nous fier à notre inspiration du moment que de définir un plan de route précis. C'est beau, l'aventure.