Archive - mai 2001

Date

Décalé

J'ai pris un rythme de sommeil assez bizarre ces derniers temps. Jamais couché avant trois ou quatre heures du matin. Levé à une heure de l'après-midi... Bientôt j'aurai douze heures de décalage avec la France au lieu de six. Le retour risque d'être folklorique. J'aurais toutefois tort de m'en plaindre. Si je reste ainsi debout jusqu'à des heures où le comptable moyen dort du sommeil du juste, c'est pour cause de fiestas intenses et non pour finir des travaux en retard.

Mardi, par exemple, je suis allé à la soirée que donnait Charlotte dans son appartement. Depuis quelques semaines, elle partageait ce dernier avec Yannick, car Laure est rentrée en France depuis quelques semaines. Il y avait beaucoup de monde ce soir là : Aline, Charles, Caroline, et une foule d'autres personnes. La fête a été riche en animation : concerto de guitare, salsa et discussions animées.

Nous sommes nombreux à trouver que l'année est vraiment passée trop vite. C'est assez frustrant de constater que plusieurs d'entre nous doivent partir alors que des liens se sont tissés, que ce soit avec des Québécois ou d'autres expatriés. Yannick s'est mieux débrouillé que moi sur ce point, car il continuera ses études à Montréal l'année prochaine. Ayant rencontré la charmante Québécoise qui ne doit pas être tout à fait étrangère à cette décision, je ne peux que l'approuver dans son choix.

Yannick repartait toutefois le lendemain pour la France où il restera quelques mois, et nous nous croiseront sans doute à Paris avant qu'il ne retourne au pays des caribous. Avant que je ne regagne mon doux foyer, nous avons donc farouchement contenu notre émotion et nous sommes quittés sur une franche accolade virile à faire passer les GIs pour des teletubbies.

Montréal by night

Dimanche soir, je suis allé à la soirée de célébration du 27ème anniversaire des deux Pierrots. C'était excellent. Tous les chansonniers étaient là et faisaient un boeuf ensemble. Il y avait tellement de gens qui se relayaient sur la scène qu'on ne savait plus quel musicien appartenait à quel groupe. Mais le résultat était très bon, et le public vraiment enthousisaste. J'ai même eu droit à un T-shirt pour prouver que j'étais présent lors de cet évênement mémorable. J'ai rencontré des amis réunionnais qui sont aussi fans de ce café. Ils sont partis vers 1h, mais je voulais rester encore un peu. Vers 1h30, toutefois, je me suis décidé à rejoindre Aline et Charlotte à la Salsathèque. Histoire d'économiser le taxi et de succomber à ma vieille manie des balades urbaines nocturnes, j'ai décidé d'y aller à pied.

J'ai donc descendu la place Jacques Cartier, puis j'ai continué jusqu'à la rue Saint-Antoine, que j'ai eu le bonheur de prendre dans le bon sens grâce à un des nombreux plans affichés dans la ville. Au croisement de Saint Antoine et du boulevard Saint-Laurent, je suis passé devant les locaux de la Presse, où j'ai pu voir les rotatives tourner à travers les vitrines. C'est dingue. Y'a des gens qui se lèvent avant que je me couche. Ensuite, j'ai traversé le (petit) quartier chinois, vraiment très tranquille. A la sortie, j'ai croisé un mec qui me demandait si j'avais du papier à rouler. Ben non, je ne fume pas.

On trouve beaucoup de gens bizarres en remontant le boulevard Saint-Laurent à cette heure tardive. Un mari complètement saoul qui engueule sa femme devant un bar à danseuses ("viens ! j't'ai dit qu'on rentrait à la maison") des jeunes qui traînent dans un terrain vague, sûrement à fumer du pot, des tas de types louches que je préfère ne pas regarder... Et des dames qui seraient sûrement très gentilles avec moi si je leur donnais quelques dollars, mais non.

Ensuite, j'ai pris Sainte-Catherine Ouest. Bars à danseuses again, employés qui affichent les nouvelles promotions dans la vitrine du Mac Donald, Théâtre du nouveau monde, la place des arts, déserte, Planet Hollywood, Sam the Recordman, d'où on peut voir les jeunes filles faire de l'aérobic dans le bâtiment d'en face lorsqu'on écoute les CDs (le jour), la Cathédrale Christ Church, avec l'énorme building anachronique qui lui sert de toile de fond... J'ai fini par atterrir sur la rue Peel, où se trouve la boîte recherchée, très fier de ne pas m'être perdu une seule fois. Charlotte et Aline étaient encore là, et nous sommes restés jusqu'à la fermeture de l'établissement (pas tard, la plupart des boîtes ferment à 3h, ici). Ensuite, nous avons marché jusqu'à chez Charlotte, près du métro Place Saint-Henri, où j'ai laissé mes petites camarades, et j'ai pris un bus de nuit jusqu'à Snowdon. Belle promenade.

Là, il faut vraiment que je me couche. Je me relirai tout à l'heure.

Niaiseux

Aujourd'hui, je suis allé avec Aline et Charlotte me promener dans le centre-ville pour voir les magasins de disques. Mes amies souhaitaient s'acheter des CDs de salsa et de merengue, styles dont elles sont très friandes. De mon côté, j'avais la ferme intention d'enrichir ma collection d'oeuvres de chanteurs et de groupes québécois en récupérant des galettes des Cowboys fringants, de Yelo Molo, des Respectables etc. Promis, je ferai un compte-rendu de toutes mes découvertes bientôt.

Aline et Charlotte ont littéralement assiégé le comptoir d'écoute pour tester une pile de disques sur lesquels elles avaient jeté leur dévolu. Heureusement, il n'y avait pas grand monde, et l'employé qui s'occupait des platines ne se plaignait pas d'être en si agréable compagnie. C'est alors qu'un Français également présent, les prenant vraisemblablement pour des touristes, leur a grogné : "C'était pas la peine de venir au Québec pour passer vos journées dans le sous-sol de Archambault. Vous auriez pu rester à la FNAC." Aline lui a répondu qu'elles avaient eu le temps de voir bien d'autres choses, puisqu'elles vivaient ici depuis près de 10 mois, et qu'il ferait mieux de s'occuper de ses affaires.

Ensuite, il est devenu tout rouge et il n'a plus rien dit.

Siouplé !

Florence est repartie pour la France dimanche dernier. Je l'aurais volontiers accompagnée à l'aéroport avec Aline et Mélanie, mais j'avais du travail à finir. Elle va passer quelques jours à Paris, où elle ne semble pas trop se plaire. Par exemple, elle s'est approchée d'une femme dans la rue pour lui demander l'heure, et celle-ci a pressé le pas en lui disant qu'elle ne pouvait rien pour elle, sans prendre le temps de l'écouter.

Cette attitude est assez fréquente dans la capitale. Les gens sont tellement sollicités toutes la journée qu'ils sont en permanence sur la défensive. 9 fois sur 10, lorsque lorsqu'une personne en interpelle une autre dans la rue, c'est pour lui demander de l'argent. A l'intérieur du métro, les mendiants se succèdent dans les wagons au fil des stations, répétant inlassablement le discours qu'ils débitent comme des automates. Je sors de prison, j'ai pas droit au RMI, j'ai des enfants à nourrir, je suis séropositif...

Je n'ai pas une once de haine envers les gens qui en sont réduits à de tels pratiques pour assurer leur subsistance. Mais c'est très dur à vivre au quotidien. On a le choix entre ne pas donner et passer pour une ordure, ou jouer le rôle du bourgeois qui se donne bonne conscience en faisant sa bonne action du jour. Personnellement, j'alterne ces deux attitudes et aucune ne me satisfait. Je n'arrive pas à comprendre que dans mon pays, au troisième millénaire, des gens soient obligés de dormir dehors, et d'inspirer la pitié pour pouvoir se nourrir. Il existe bien des associations caritatives, mais pour que les choses changent vraiment, il faudrait les politiciens bougent leur postérieur rendu trop lourd par l'abus des petits fours. Ils préfèrent cacher la misère en instaurant des arrêtés anti-mendicité.

On ressent moins cela à Montéral, car de manière générale, la densité de population est moindre. Et j'ai la nette impression qu'on interdit l'accès du métro aux clochards. La misère existe, cependant. Il suffit de descendre le boulevard Saint-Laurent le soir ou de se promener du côté de Berry-UQAM pour s'en rendre compte. "Vous auriez pas une p'tite pièce ?", "T'as pas un peu d'change ?", même problème. Juste l'accent qui varie.

Problème de pellicules

Nan, j'ai pas d'actions chez eux !En France, il ne viendrait à l'idée de personne d'entrer dans une pharmacie pour y acheter un paquet de chips. Au Québec, par contre, c'est une pratique tout à fait courante. En effet, les pharmacies font souvent également office de petites épiceries. On peut s'y procurer quelques aliments de base, des billets de loterie ou y déposer des colis à expédier. Les bureaux de poste se trouvent en effet rarement dans des locaux qui leur sont propres, mais disposent d'un guichet dédié à l'intérieur de certains magasins.

Cet aspect hétéroclite est bien résumé par le slogan de la chaîne de pharmacies Jean Coutu, véritable institution : "On trouve de tout, même un ami". Il est vrai que dans la plupart de ces magasins, il est même possible de s'acheter un appareil photo et de faire développer ses pellicules (dire "films" pour faire couleur locale). Pour l'ami, je cherche encore, anyway. Peut-être qu'il faudrait que je drague les caissières.

A propos, la carte d'adhérent à la RAMQ, la sécurité sociale locale, doit obligatoirement être munie d'une photo d'identité que seuls les pharmaciens sont habilités à effectuer. Lorsqu'en septembre dernier, j'ai dû aller me faire tirer le portrait par l'apothicaire du coin, je me suis malheureusement rendu compte à mes dépends que la photographie n'était pas au programme des facultés de médecine québécoises. J'admets ne pas être photogénique, mais quand même.

Junky

J'ai beau faire l'innocent, je crois que j'ai toujours été fasciné dès que j'en voyais dans mon entourage. À quel âge ai-je commencé à devenir vraiment accro ? 15 ans ? 16 ans ?

On commence par défi, parfois pour s'opposer à son éducation, ou pour plein d'autres raisons généralement tout à fait valables. Peut-être est-ce dans la nature humaine, après tout. Bien sûr, au début, on est persuadé d'avoir assez de force de caractère pour ne pas se laisser dépasser. On se sent invincible, intouchable. Mais peu à peu, on se rend compte que l'on perd le contrôle, et lorsque l'on s'aperçoit avec effroi que l'on est devenu complètement dépendant, il est généralement trop tard. L'expérience ne change rien. Le drame, c'est d'y goûter.

Parfois, on me dit qu'il faut que je me méfie. Qu'on ne peut fonder sa vie sur des moments extatiques aussi fragiles. C'est peut-être vrai. Certains hypocrites ont même essayé de me faire croire que cela pouvait nuire à ma santé. Foutaises. Il suffit juste de prendre quelques précautions élémentaires. Qu'elle vienne d'Inde, du Maroc ou de Marseille, elle reste pour moi essentiellement une source de découverte, de plaisir et d'évasion. Même si je sais que je cours à ma perte.

C'est terrible.

J'aime les filles.

Préparez les mouchoirs

Ca y est, ça commence. Tout le monde s'en va.

Mercredi soir, je suis allé prendre un dernier verre avec Noémie(fr) car elle retourne en France dimanche prochain pour assister à un mariage. Il y a toutefois de fortes chances que je la recroise à Paris cet été, avant qu'elle ne revienne à Montréal quelques mois plus tard. Elle compte en effet rester ici aussi longtemps que possible.

Séverine est déjà rentrée, Florence prendra bientôt son avion, et moi-même, je ne me sens pas très bien. Ca fait bizarre de s'imaginer que ce réseau de connaissances qui s'est formé pour une année va petit à petit se dissoudre, entre ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qui ont fini leurs études...

Nous sommes nombreux à nous dire que nous reviendrons au Québec au moins en vacances, histoire de retrouver le décor et les personnes qui nous sont chers. J'espère qu'on y arrivera. Ce serait amusant de se retrouver comme ça comme au bon vieux temps. De mon côté je me dis que Montréal serait pour moi la ville idéale pour me poser. Mais je ne pense pas avoir envie de me poser tout de suite.

Parisien, tête de chien

Lorsque les Québécois que je rencontre apprennent de quelle ville de France je viens, cela jette parfois un froid. À tel point que je me sens obligé de préciser que je suis Parisien d'adoption seulement, et que j'ai passé les 18 premières années de ma vie dans le Loir et Cher. Je ne devrais pas me défendre ainsi. Après tout, même si j'ai gardé de la ville de Blois quelques amis et de bons souvenirs, je ne pense pas que je pourrais y vivre à nouveau. La capitale est la ville de France qui correspond le mieux à mon caractère, malgré tout le mal que j'en dis.

Si j'ai tendance à minimiser ainsi ma parisianitude, c'est néanmoins pour éviter que certaines personnes adoptent une idée toute faite sur ce que je suis censé être : un garçon totalement imbu de sa personne, ne pouvant se retenir de donner des leçons et prenant les Québécois pour une bande de bûcherons analphabètes. J'exagère à peine. Par exemple, à la soirée raï de samedi dernier, dévoiler mes origines parisienne m'a valu un ironique "tiens, t'as l'air sympa, pourtant" de la part d'un des Québécois présents. Bien sûr, cette phrase se voulait humoristique, et nous avons ri ensemble. Mais ce genre de plaisanterie revient régulièrement.

Cela me rappelle un ami qui ne peut s'empêcher de taquiner les Africains sur la couleur de leur peau. Je le connais suffisament pour savoir qu'il n'est pas du tout raciste. C'est surtout une tentative maladroite de nouer un dialogue. Mais quel que soit l'humour et la bienveillance de ses interlocuteurs, il n'est jamais agréable d'avoir en face de soi des gens nous rappelant en permanence qu'on n'est pas d'ici, qu'on est différent. J'ajoute que les Parisiens sont loin d'être tous des gens odieux, même si ce sont ces derniers dont on aura tendance à se souvenir.

Heureusement, je n'ai pas eu à affonter ces remarques trop souvent et je n'ai tué personne jusqu'à date.

Fume, c’est de l’érable

De l'érable, je te dis !Décidément, il y a des gens avec qui je ne suis pas près de m'entendre.

Il ne fait vraiment pas beau en ce moment. Il a plu une bonne partie de la journée. Je suis sûr que ce sont les méchants Parisiens qui nous ont envoyés tous leurs nuages. Déjà qu'ils s'amusent à faire déborder la Somme. Cela ne m'a pas empêché de rejoindre Kalila et ses amis aux Bobards pour assister à un concert de raï. J'en parlerai sûrement demain, mais prenons les soirées dans l'ordre.

Hier, je suis en effet allé souper chez Cécile et Laurent, que je n'avais pas vus depuis des mois. Ce furent donc d'agréables retrouvailles. Isabelle et Eliza étaient également présentes. La soirée a été bien arrosée et riche en discussions très intéressantes. A un moment, le sujet de la conversation s'est porté sur le cannabis. Eliza, qui est Québécoise, m'a surpris en me disant qu'ici les adeptes de cette plante pouvaient se procurer beaucoup plus facilement de l'herbe (marijuana) que de la résine (haschisch). A l'inverse de la France, il me semble, où on s'estime généralement heureux de trouver cette substance sous la première forme. Je suis sûr que certains de mes amis auront envie d'immigrer rien qu'à lire ces lignes. Tant que j'y étais, j'ai voulu vérifier si mon intutition selon laquelle on fumait moins ici était fondée. On dirait bien, car selon des études récentes, 23.1 % des Canadiens affirment avoir déjà consommé du cannabis, contre 35 % de Français. Ou alors, les Français sont plus honnêtes sur ce point.

Je conseille les quelques personnes qui s'offusquent de la légèreté avec laquelle je traite le sujet de lire ceci.

Cécile m'a proposé de m'héberger au mois de juillet si je souhaitais rester plus longtemps à Montréal pour assister aux différents festivals d'été. J'ai trouvé cette proposition fort sympathique, d'autant plus qu'elle semblait sincère, aucun d'entre nous n'ayant consommé des substances illicites décrites plus haut. Il faut cependant que je réflechisse à la chose, car de multiples facteurs entrent en ligne de compte : billet d'avion, travail, blonde, etc.

Pour 10 $ de plus

Hier, en faisant mes courses, je suis tombé sur un panneau très intéressant dont le gouvernement québécois semble imposer l'affichage à tous les supermarchés. Celui-ci indique que si le prix d'un article à la caisse est différent de celui indiqué sur l'étiquette, c'est le montant le plus bas qui s'applique. Jusque là, rien d'étonnant. Il ajoute cependant que si le prix de ce produit est inférieur à 10 $, le magasin doit le céder gratuitement, ou offrir une réduction de 10 $ dans le cas contraire. Je crois que je serai dorénavant extrêmement vigilant à chaque fois que je ferai mes courses. Après tout, deux erreurs décelées, c'est un CD que je peux m'offrir. Il faudrait d'ailleurs que je me renseigne sur le sort réservé aux commerçants qui refourguent des pièces étrangères lorsqu'ils rendent la monnaie. Il y a sûrement un business intéressant, là. Dans quelques semaines, je serai milliardaire.

Je suis allé faire un tour à l'université de Montréal pour faire le ménage sur mon compte informatique et passer une annonce afin de céder mon bail. Ce dernier s'achève en effet le premier septembre, alors que je quitte le 28 juin. En théorie, je devrais facilement me trouver un remplaçant. Entre les étudiants qui jouent à la balle et ceux qui bronzent sur les pelouses des résidences universitaires, j'ai trouvé que l'ambiance était très décontractée sur le campus. La plupart font pourtant partie des gens courageux qui ont décidé de suivre la session d'été plutôt que de profiter de ces quelques mois de vacances bien méritées.

De mon côté, je continue à réfléchir aux endroits que je pourrais visiter ces prochaines semaines. Plusieurs personnes m'ont dit que s'arrêter à Chicoutimi n'était pas une bonne idée car il n'y a pas grand chose à voir. J'essaierai donc de trouver une auberge de jeunesse dans une des villes qui bordent le lac Saint-Jean. L'idée du camping m'a paru séduisante, mais je ne suis pas un expert de la chose. Je suis incapable de distinguer un piquet de tente d'une clef à ouvrir les boîtes à sardine. Je prends de toutes manières mon temps pour me décider, car je dois rendre deux articles à mon magazine pour le 20 mai. Je ne pourrai donc pas partir tout de suite. Si je trouvais des amis qui sont intéressés par l'expédition, ce serais encore mieux.