Archive - avr. 2001

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La bougeotte

Vendredi soir, Kalila m'a invité a une soirée qui se déroulait chez un de ses amis près du Plateau Mont Royal. Quand je suis arrivé, il y avait plus d'une quinzaine de personne, dont une bon nombre d'étudiants à l'université de Montréal. La foule a d'ailleurs continué a augmenter au fil des heures. J'ai même retrouvé Charlotte avec qui j'ai longuement discuté sur notre désir commun de profiter de notre folle jeunesse pour voyager un maximum. Car s'il est fort probable que je retourne en France pour régler certaines affaires, je n'aimerais pas y rester trop longtemps. En fait, que ce soit à Paris ou à Montréal, je crois que mon angoisse principale est de m'installer définitivement quelque part. J'aime bien l'idée de passer un ou deux ans dans une multitudes de pays différents. En ce moment, je rêve de l'Irlande ou du Japon, sans trop savoir pourquoi, car je connais assez peu ces pays, finalement. Mais peut-on connaître un pays sans y avoir vécu ? L'Afrique me tenterait aussi, mais je ne connaît pas assez ce continent pour penser à un pays particulier. Enfin, pour l'instant, ce ne sont que des idées. Il me faudra le courage de les concrétiser.

Cette soirée fut également l'occasion de discuter de mon site avec quelques Québécois qui l'avaient découvert par l'intermédiaire de Charlotte ou de Kalila. J'ai été ravi d'apprendre qu'ils l'avaient apprécié, car ma grande angoisse est de mal interpréter ce que je découvre ici et de blesser les gens malgré moi. Bien que cette soirée m'a permis de discuter avec de nombreuses personnes intéressantes, j'ai du m'éclipser assez tôt pour finir mon dernier projet universitaire. Maintenant que la session est finie, je vais enfin pouvoir me promener un peu et ne pas rentrer avant minuit. Et je n'aurai plus d'excuse pour ne pas mettre ce site à jour régulièrement :).

Vacances

Amusant, ça.

J'ai lu quelque part sur le net que si on n'avait pas construit un mur autour de Québec pour le sommet des Amériques, les violences auraient été encore plus importantes. Je n'en suis pas du tout sûr. La barricade était une véritable provocation, et il est logique que certaines personnes aient eu envie d'y répondre par la violence, même si ce n'était pas une bonne idée. Bon, c'est fini, maintenant, je vais arrêter d'en parler. D'autant que des personnes qui étaient dans le feu de l'action racontent ces évènements mieux que moi (1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ).

J'ai fini hier soir mon dernier projet pour l'université. Je vais enfin pouvoir profiter des vacances. Je ne sais pas si je l'ai déjà écrit, mais je n'ai jamais autant aprécié l'arrivée du printemps, même en étant un adepte de la neige. Le contraste entre les saisons est tellement important ici que le passage de l'une à l'autre ne peut laisser indifférent. Je suis sûr que beaucoup de Québécois se répètent tout l'hiver que le printemps est magnifique afin de déprimer le moins possible.

Je vais aussi profiter de mon temps libre pour améliorer ce site et corriger les fautes d'orthographe que j'ai accumulées ces derniers mois. Il y a du boulot.

Toujours vivant

Ma semaine a été tellement chargée que je n'ai pas eu le temps d'écrire une ligne dans ce journal. J'avais un gros programme a finir d'urgence, et j'ai passé une nuit blanche a travailler dessus à l'université entre mercredi et jeudi avec mon binôme. Bien que le code que nous allions remettre étais loin d'être complet, j'étais soulagé que notre calvaire arrive à sa fin. Et le professeur n'a rien trouvé de mieux que de repousser l'échéance à samedi soir. Donc, les vacances ne sont pas pour tout de suite. C'est dommage, il fait enfin beau à Montréal, et j'ai hâte de respirer un autre air que la climatisation des labos d'informatique.

Hier après-midi, vers 16 h, je me suis allongé pour me reposer un peu avant d'aller à une soirée où je devais voir plein de gens sympathiques. Je ne me suis reveillé qu'à 6 h ce matin, pas de chance.

Bon il faut que je me remette au travail.

J - 4

J'ai passé ma semaine à travailler pour l'université. J'ai encore deux examens et un projet en compilation que je ne suis pas sûr de finir à temps.

Aujourd'hui et hier, j'ai révisé une bonne partie de la journée avec Kalila. Je crois que j'essaierai davantage de travailler en binôme à l'avenir, aussi bien pour les devoirs à rendre que pour préparer les examens. Ca m'oblige à ne pas m'éparpiller. Quand je révise seul chez moi, les sources de distractions ne manquent pas, et j'avance beaucoup plus lentement.

Comme Kalila s'est faite une entorse il y a deux semaines, nous sommes allés travailler à la bibliothèque des sciences de Mc Gill, qui se trouve tout près de chez elle. Les bâtiments de cette université sont assez ancien et vraiment très beaux. Ca fait un contraste avec les buildings du centre-ville. Lors de mon arrivée à Montréal, j'était assez oppressé par ces grandes tours ornées de noms de banques diverses. A présent, je m'y suis habitué et j'apprécie vraiment me promener dans ce quartier. Il y a de nombreux coins que je n'ai pas encore pu visiter.

Allez. Dans quatre jours, les vacances.

Le syndrome de 68

Il y a cinq ou six ans, j'ai participé à une contre-manifestation devant la maternité des Lilas avec mon ami Arnaud. Un groupe extrémiste religieux devait en effet défiler pour protester contre l'interruption volontaire de grossesse, et nous souhaitions empêcher toute tentative de commando anti-avortement, comme c'était la mode en France à l'époque. Nous étions donc une petite centaine à monter la garde devant la clinique : étudiants, militants, médecins... l'ambiance était très décontractée.

Ensuite, nos adversaires sont arrivés, mais sans doute surpris de notre présence, il ne se sont pas approchés et ont préféré se regrouper devant une église à quelques mètres de là. Les choses auraient pu en rester là, mais une bande de militants cagoulés, que l'on n'appelait pas encore si poétiquement "activistes radicaux", s'est soudain jeté sur les culs-bénis pour leur jeter des oeufs à la figure, acte totalement puéril et inutile. Les policiers sont intervenus immédiatement et un des jeunes militants s'est fait sévèrement matraqué. À côté de moi, une vieille dame leur criait "salauds ! salauds !" J'étais moi aussi très choqué par la violence des forces de l'ordre, car leur réaction était largement disproportionnée. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si on ne leur avait pas donné un prétexte pour déchaîner leur haine, elles n'auraient jamais osé ouvrir les hostilités.

Si je raconte cette histoire, c'est qu'elle ressemble aux affrontements qui ont eu lieu ces deux derniers jours à Québec entre les policiers et certains manifestants anti-mondialisation. Au départ, il y avait une majorité de gens pacifiques, qui tentait de faire passer le message sans agressivité, et quelques dizaines de personnes sont venues tout gâcher, en donnant paradoxalement un bon prétexte au gouvernement pour justifier le périmètre de sécurité qu'elles prétendent combattre.

Je les connais ces Che Guevara des bacs à sable qui s'amusent à semer la zone dans les manifestations. Parfois, se sont des flics en civil chargés de décrédibiliser le mouvement. Souvent, ce sont des bandes des frustrés de la vie qui n'ont rien trouver de mieux pour se mettre en valeur que de jouer à la guerre avec les forces de l'ordre. Qu'ils se battent contre la mondialisation ou pour le recyclage des brosses à dents n'a pas grande importance. Ce qu'ils veulent, c'est balancer des pierres sur les casques, et éventuellement passer pour des martyrs lorsqu'on leur réplique.C'est aussi stupide que de donner un coup de pied à un pitbull pour se plaindre ensuite qu'il nous a mordu. Même en lisant les médias indépendants, on constate que la provocation n'était pas toujours du côté des méchants policiers. Du coup, plutôt que la pacifique marche des peuples qui s'est déroulée le même jour, la télévision abreuve les spectateurs de scènes d'affrontement. Le discours de fond contre la mondialisation, il a disparu derrière les gaz lacrymogènes.

Je n'approuve pas du tout l'attitude de la police. Les canons à eau, les balles en caoutchouc, c'est lamentable et dangeureux. Mais je pense qu'il faut justement se montrer plus intelligent qu'eux et éviter toute forme de violence, qui de toutes manières est inutile.

Québec : on ferme !

Le périmètre de sécurité de la ville de Québec a été fermé aujourd'hui. Impossible d'y entrer sans posséder de laisser-passer. Les habitants qui ont le malheur de vivre à l'intérieur de celui-ci devront attendre la fin du sommet pour pouvoir accueillir leur vieille mémé. Ils ne vont quand même pas se plaindre, on les laisse déjà rentrer chez eux. Je suis complètement stupéfait par le mépris de l'opinion publique qui caractérise ce rassemblement. On barricade et on sécurise de tous les côtés, comme si les manifestants contre la ZLEA étaient les pires criminels qui soient. Et bien sûr, on trouve quelques méchants terroristes à arrêter, histoire de justifier ces mesures délirantes.

Pour moi, les vrais criminels, ce sont les chefs d'état qui décident de vendre leur pays aux multinationales tout en cachant la vérité aux peuples qui les ont élus. Quand on découvre l'accord qu'ils s'apprêtent à signer, on comprend cependant qu'ils ne souhaitent pas le crier sur les toits. Les dirigeants réunis essaye de rassurer la population en disant qu'une clause sur la démocratie sera obligatoirement adoptée lors de la signature de celui-ci. On est super rassurés. Bon, j'arrête les frais avant de me faire traiter de marxiste.

Il est vraiment dommage que je sois en pleine période d'examen. Je serais volontiers aller faire un tour dans la capitale québécoise, histoire d'avoir des choses à raconter. En tous cas, le 4 mai, je vais normalement à Québec avec Mélanie. Ils ont intérêt a avoir enlevé les barricades.

Au pied du mur

Piqué à Xanax (pardonne-moi)Du 20 au 22 avril prochain se déroule à Québec le sommet des Amériques. Celui-ci regroupe les dirigeants de 34 pays du continent Américain ainsi que des gros bonnets de l'industrie et de la finance mondiale. Le principal but de cette rencontre est de négocier la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), qui devrait permettre de faciliter énormément le commerce à l'intérieur du continent.

Tout cela est bien joli, mais de nombreuses associations craignent avec raison que l'on veuille nous refaire le coupe de l'AMI. Le but essentiel de cet accord gardé soigneusement secret semble en effet de permettre aux multinationales d'encaisser un maximum d'argent tout en aggravant la situation des peuples les plus pauvres. Angoissées par les actions militantes qui pourraient survenir lors du déroulement du sommet, les autorités ont déployé des moyens humains et techniques dignes d'une invasion martienne. Un périmètre de sécurité a été mis en place tout autour de la vieille ville à l'aide de gros blocs de béton très laids surmontés de grillages. De quoi ravir les nostalgique du Berlin d'avant 1989. L'ambiance à Québec est donc assez spéciale. Il suffit de voir ici et ici pour s'en rendre compte.

Bien sûr, dans ce rassemblement à la gloire du capitalisme, la présence de personnes ressemblant même de très loin à des communistes pouvait sembler inopinée. La règle stipule donc que seuls les états dont le chef a été élu démocratiquement peuvent y participer, ce qui permet d'exclure Cuba, et curieusement d'accepter les Etats-Unis. De toutes façons, le libre échange, hein, avec le blocus...

Rendez-moi mes sous

Ca doit faire plus d'une semaine que j'ai demandé à ma banque en France de virer le montant de ma bourse vers mon compte montréalais. Je veux bien admettre que la poste ne soit pas très rapide, mais il y a des limites. J'ai toujours été fasciné par la vitesse à laquelle les actions peuvent changer de mains sur les places boursières internationales, et le temps durant lequel les particuliers doivent attendre dès qu'il s'agit de transférer les faibles fonds qui leur permettraient d'assurer leur subsistance. Et bien, sûr, impossible d'envoyer un bête fax. Il faut que je me fende d'une lettre classique, histoire de ralentir davantage le processus.

Lors de mon arrivée, j'avoue toutefois avoir été agréablement surpris par l'efficacité des banques québécoises (enfin, de la mienne, mais je pense qu'on peut généraliser). En premier lieu, il est possible de règler toutes ses factures par l'Internet ou par un serveur vocal en quelques minutes, ce qui ne m'empêche pas d'être systématiquement en retard pour payer ma note de téléphone, mais c'est une seconde nature. Ensuite, les retraits aux guichets ou les paiements par carte sont pris en compte immédiatement dans les relevés, ce qui doit ravir les personnes dans mon style qui suivent peu leurs comptes. Ce n'est pas pour cela que les banquiers d'ici sont plus philanthropes que les notres. Ayant eu le malheur de commander des chèques, je me suis retrouvé avec 4 ou 5 carnet en contenant 25 chacun, que je n'utiliserai jamais quand bien même je resterais ici 5 ans. Cela n'a cependant pas empêché mes amis financiers de me les facturer (oui, les chèques sont payants ici). Si j'avais voulu y mettre le prix, j'aurais même pu m'offrir de beaux chèques personnalisés, avec le fond et le dessin qui correspondent à mes goûts. L'extase.

Enfin, il est strictement interdit d'être à découvert. Le moindre cent en dessous de zéro entraîne la fermeture immédiate du compte. Je trouve cela plutôt sain car cela incite moins à se surendetter que les hypocrites facilités de caisse que l'on nous propose en France. Mais il faudrait quand même qu'ils se bougent un peu de l'autre côté de l'Atlantique. Il me reste moins de 200 dollars.

Je vous aimeuh

Ca sent la fin de session. La plupart des cours s'achèvent cette semaine, et entre les gens qui ont déjà terminé et ceux qui sèchent, je croise de plus en plus rarement des personnes que je connais dans les couloirs de l'université. C'est d'ailleurs en faisant ce constat que je me suis rendu compte que je connais pas mal de monde. La semaine dernière encore, il était rare que je fasse trois mètres sans avoir l'occasion de discuter avec une foule d'étudiants avec qui j'ai travaillé ou fais la fête. C'est ce qui me plaît le plus dans les voyages, rencontrer de nouvelles têtes, me faire des nouveaux amis. Et j'avoue que cette année fut particulièrement enrichissante, car j'ai pu cotoyer des gens vraiment ouverts et naturels, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'université. Seule la pudeur m'empêche de faire une grande envolée lyrique sur l'amitié et sur les bienfaits des échanges interculturels.

Bientôt, on s'échangera nos coordonnées comme des adolescents à la fin de la colonie de vacances. J'espère pouvoir garder le contact avec un maximum de personnes, aussi bien ceux qui resteront au Québec que ceux qui rentreront dans leurs pays respectifs. Mais quoiqu'il arrive, il restera de bons souvenirs et je pense que nous allons bien profiter des derniers jours qui nous resteront une fois les examens terminés.

Ego trip

Je regrette un peu d'avoir parlé à mes amis et dans ce journal de mon idée de rester éventuellement au Québec. Depuis, je sens une pression s'exercer sur moi. Comme si mon retour en France ou mon installation à Montréal constituaient le noeud de l'intrigue, le suspens qui devrait tenir le lecteur en haleine jusqu'à la dernière minute. Je ne peux toutefois pas en vouloir à Mélanie et Cécile de me demander régulièrement si j'ai pris une décision. Je suis touché qu'elles aient envie que je reste, et je sais qu'elles me manqueront quand je retournerai en France.

Si je n'ai pas mis la phrase ci-dessus au conditionnel, c'est que mes chances de rester ici me semblent assez minces. J'aurai sûrement des matières à repasser pour obtenir ma licence. Et achever mes études au Québec me paraît très compliqué, aussi bien au niveau financier que des équivalences que je devrais obtenir. En outre, je me dis qu'il faut prendre les problèmes dans l'ordre et que la recherche d'un emploi implique de savoir quel métier on souhaite exercer, ce qui reste pour moi encore bien flou, même si je sais que mes activités seront vraisemblablement en rapport avec le journalisme ou l'informatique, ou les deux, idéalement.

Bref, peut-être est-il préférable que je retourne en France fin juin comme prévu pour règler une fois pour toutes les affaires universitaires et une partie de mes questions existentielles, quitte à repartir lorsque j'aurai l'esprit plus clair. C'est sûrement mieux que de rester ici sur un coup de tête et d'être obligé de rentrer au bout de trois mois complètement cassé. J'essaye cependant de garder un peu d'espoir. Peut-être arriverai-je à cartonner aux examens et à négocier avec mon université d'origine. Mais c'est peu probable.

Ce qui me fait peur, c'est que les gens puissent me coller l'étiquette "loser" en pensant que je ne suis pas allé au bout de mes rêves. J'ai beau détester qu'on me dise ce que je dois faire, je suis très sensible au regard des autres, et les critiques me blessent facilement. Il serait dommage que je rentre en France avec une sensation d'échec. J'ai réussi à passer l'hiver, j'ai rencontré pleins de gens intéressants, et j'ai écris un journal.