Archive - nov. 2000
C’est grave Docteure ?
Soumis par Ian le jeu, 30/11/2000 - 19:12.Ce mois-ci, je n'ai pas oublié de glisser le chèque de mon loyer dans la boîte à lettres de mon propriétaire. Je m'en voudrais de contrarier cet homme qui m'a généreusement prêté une commode (en ruine) pour ranger mes vêtements et un réfrigérateur qui transforme systèmatiquement tout liquide qui y est déposé en bloc de glace quel que soit le réglage choisi.
Je viens de lire un article indiquant qu'un amendement venait d'être adopté à l'Assemblée nationale française pour lever l'interdiction du travail de nuits des femmes. Ce qui m'étonne, c'est qu'autant de députés se soient prononcés contre, y compris des gens de droite que l'on a connu moins sensibles aux conditions des salariés. Mais ne nous leurrons pas. Ce qui gêne ces gens, c'est d'imaginer qu'une telle loi permettra à davantage de femmes de travailler alors qu'ils préfèreraient les voir rester à la maison à torcher les mômes. Si c'est le travail de nuit qui les choquait, il y a longtemps qu'ils auraient voté son abolition. L'égalité des sexes exclut la galanterie, et l'essentiel est de traquer les abus.
Je serais incapable de dire si une telle limitation existe au Québec. Cela me surprendrait car le féminisme a moins perdu de sa vivacité ici qu'en Europe. Pas de délire à la "girls power", Dieu merci, mais plutôt un simple souci d'égalité. Les Québécois et les Québécoises se sont bien amusés du débat qui a récemment animé la France à propos de la féminisation des titres. C'est une chose admise ici depuis près de 25 ans. Il existe même des guides très complets pour ceux et celles qui auraient du mal. En France aussi, mais c'est tout neuf.
Auprès de ma blonde
Soumis par Ian le mar, 28/11/2000 - 18:07.Dans leurs courriels, mes amis Français me posent souvent la question cruciale : "As-tu trouvé une copine ?". J'avoue que cette interrogation me laisse perplexe. Bien sûr, que j'ai trouvé une copine. Elle vit en ce moment à Paris et cela fait neuf mois que nous sommes ensemble. Enfin ensemble, c'est beaucoup dire, car nous n'avons pas pu nous voir très souvent. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis victime d'une malédiction chronique qui me pousse loin de mes blondes.
- Je trouve une copine à Blois, je pars faire mes études à Paris.
- Elle monte à Paris, je pars faire du théâtre dans le sud de la France.
- Je rencontre une demoiselle craquante dans le Sud, je plaque la troupe et remonte à Paris.
- Je découvre une fille adorable à Paris, et j'ai pas envie d'en parler ce soir.
- Enfin, je fais la connaissance d'une charmante personne à Marseille, et je trouve le moyen de partir pour Montréal, alors qu'elle décide de s'installer à Paris.
Hormis une prédisposition de l'auteur à raconter sa vie en public, on peut retenir une leçon de ce récit : on laisse toujours quelque chose ou quelqu'un derrière soit quand on décide de concrétiser ses rêves. A de rares exceptions, j'aurais pu rester auprès de mes compagnes, mais j'ai fait d'autres choix.
Une fois décryptée, la question de mes amis est bien entendu "As-tu trouvé une fille avec qui tu pourrais bien t'entendre en attendant de retrouver ta copine officielle en France ?". Si cela arrivait, ce n'est bien sûr pas ici que je l'annoncerais. ELLE me lit.
Jean plus fort que Jacques
Soumis par Ian le lun, 27/11/2000 - 17:37.Je suis en train de suivre le résultat des élections fédérales (sur Internet, puisque je ne possède pas la télévision). Le site de radio Canada est assez bien fait. On peut regarder le score des 5 principaux partis remis à jour toutes les 30 secondes. Par contre, ça cafouille un peu de temps en temps. Ca se voit que je ne suis pas tout seul. Le parti libéral a largement la majorité relative. Ca tombe bien, car j'avais acheté des actions en ce sens sur newsfuture, un site que je viens de découvrir où on peut exercer ses talents de devin de l'actualité. Non pas que je sois partisan de Jean Chrétien, loin de là. Mais autant parier sur des pronostics qui rapportent. C'était pour voir si j'avais bien tout compris.
Le Premier ministre avait déclenché ces élections anticipées (1 an et demi plus tôt que normalement), car il n'était pas sûr d'être réélu s'il allait jusqu'au bout de son mandat. Le Président français actuel avait la même idée en tête lorsqu'il a dissous l'assemblée, pensant éviter la cohabitation. Jean Chrétien à l'air cependant un peu plus intelligent puisque ça marche. Mais il paraît qu'on a la droite la plus bête du monde alors...
Dans la Province où je me trouve, le Bloc québécois dépasse les libéraux de 2 têtes avec un total de 27 sièges sur 52.
Sauve Paris, tue un teckel.
Soumis par Ian le sam, 25/11/2000 - 17:56.
Si on fait abstraction des dérives ultra-libéralistes décrites dans le précédent article, et qui existent malheureusement dans le monde entier, je dois dire que je me plais assez bien à Montréal. Un détail important à signaler, bien qu'il paraisse anodin, c'est que l'on peut se promener dans cette ville sans risquer à chaque minute de marcher sur une crotte de chien. Le non-Parisien trouvera cette remarque tout à fait déplacée, à la limite de la scatologie. Il faut cependant préciser qu'il devient de plus en plus difficile de se déplacer dans la capitale française sans mettre le pied sur une déjection canine. Plutôt que de verbaliser systématiquement les maîtres incapables d'éduquer leur Yorshire ou de ramasser l'objet du délit, Jean Tibéri (ex-membre du RPR et futur ex-maire de Paris) et Jacques Chirac (ex-maire de Paris et futur ex-Président de la République si la justice fait son travail) ont préféré doper les services d'entretien. En clair, cela consiste à transmettre le message "Salissez tout, on fera le ménage derrière vous !". Il faut croire que la majorité de l'électorat de droite est constitué de mémères à clébart. Au contraire, Montréal est une ville très propre, et cela semble autant dû à l'efficacité des services sanitaires qu'à une responsabilisation des habitants. Très peu de personnes possèdent d'ailleurs un chien. J'ai cru lire quelque part qu'un décret interdisait aux Montréalais de posséder plus de deux animaux domestiques, mais je suis incapable de retrouver cette information. Autre surprise de taille, les gens d'ici ont semble-t-il compris que les poubelles n'avaient pas uniquement une fonction décorative, ce qui n'est toujours pas le cas de bon nombre de Parisiens qui continuent à jeter leurs papiers par terre.
De la nouvelle économie
Soumis par Ian le jeu, 23/11/2000 - 20:42.Ce soir, les mots me viennent difficilement. C'est souvent comme ça quand je suis en colère. Le 13 septembre 2000, les Québécois apprenaient dans les journaux le rachat de Vidéotron, gros groupe de communication par Québecor, groupe de communication encore plus gros. Je me fous de savoir quel petit actionnaire a sauté de joie en apprenant la nouvelle ou de combien de dollars à monté ou baissé l'action de chacun des protagonistes. Tout ce que je sais, c'est que les dirigeants de la société nouvellement rachetée sont désormais sommés de réduire de 112 millions de dollars les coûts de l'entreprise, ce qui entraînera la suppression de centaines d'emplois, dont probablement celui de Cécile. Elle avait malheureusement raison de craindre cette fusion depuis les premiers indices. J'ai toujours été dégoûté par ces entrepreneurs qui se montrent prêts à tout pour gagner le moindre centime/cent et qui jouent sans vergogne au monopoly grandeur nature sans se soucier des drames humains qu'ils entraînent. Entendre Cécile me faire part de sa tristesse et me raconter l'ambiance glauque qui règne actuellement dans sa société ne fait qu'accentuer ma révolte. Et pendant ce temps, Québécor fait sa promotion en organisant la Guignolée Pierre-Péladeau (du nom du fondateur de la société) qui consiste à collecter jouets et nourriture pour les plus démunis. "Quebecor, avec l'appui de ses filiales et de ses divisions, a rassemblé une équipe de partenaires croyant fermement que, tous ensemble, nous pouvons faire une différence et travailler à combattre la faim.". Pincez-moi, je rêve.
Dernier détail qui vaut son pesant de stock-options : l'acquisition de Vidéotron n'aurait pas pu se faire sans le soutien de la Caisse des dépôts dont un des principaux investisseurs n'est autre que la régie des rentes du Québec. On peut donc considérer qu'en cotisant pour leur retraite, les salariés de Vidéotron ont indirectement financé le rachat de leur entreprise, et donc leur licenciement. Pincez-moi plus fort.
Hiver en novembre, Noël en septembre
Soumis par Ian le mer, 22/11/2000 - 14:23.Si j'étais malhonnête, j'effacerais la grosse bourde que j'ai écrite le 21 novembre, où je me croyais au premier jour de l'hiver. J'ai toutefois quelques circonstances atténuantes :
a) Je m'étais couché à 4 heures du matin ce jour-là.
b) Etant habitué à voir la neige tomber en décembre plutôt qu'en novembre, je me suis cru un mois plus tard. (moi, de mauvaise foi ?)
c) J'aì déjà du mal à savoir quel jour on est, si en plus, il faut que je me souvienne du mois...
Je n'y peux rien, je fais partie de ces personnes qui réfléchissent deux ou trois secondes avant de répondre à la question "Quel âge as-tu ?", ou même "Où habites-tu ?", ce qui peut s'avérer problématique. Dieu merci, quelques signes distinctifs me permettent de me rappeler chaque jour que je suis un garçon lorsque je prend ma douche (ou même plus tôt dans la matinée, mais passons), et si j'ai un doute sur mon prénom, je peux toujours le vérifier sur mon passeport. Que celui qui n'a jamais trempé par mégarde son croissant dans son verre de jus d'orange le matin me jette la première pierre.
Récemment, un étudiant Français a lancé un débat dans mon cours d'intelligence artificielle, en demandant à avancer la date de l'examen final (prévue pour le 20 décembre, je crois). Il souhaitait en effet pouvoir rentrer en France pour les fêtes, et les billets d'avion sont hors de prix après cette date. Des étudiants l'ont envoyé balader en lui expliquant que si on prenait en compte les impératifs de chacun, on ne s'en sortirait jamais. De mon côté, je ne compte vraiment pas retourner en France pour Noël. Une telle rupture dans mes aventures québécoises me donnerait l'impression de ne pas l'avoir vécue pleinement, sans compter le stress Parisien qui est intense durant cette période. Il y a certes des gens que j'aimerais bien revoir, et je n'ai strictement aucune idée de ce que je ferai lors des réveillons du 24 et du 31 décembre. Mais tout ce que je sais, c'sst que je resterai de ce côté-ci du Pacifique, pouf pouf, de l'Atlantique.
Re v’la la neige
Soumis par Ian le mar, 21/11/2000 - 09:09.
Les choses sont bien organisées ici. Les vrais flocons tombent dès le premier jour de l'hiver. L'épaisseur de neige n'est heureusement pas très importante, juste de quoi me faire penser à acheter des bottes avant que cela n'empire. Les rues et les trottoirs devant chez moi ont toutefois déjà été dégagés. Très efficace. A croire qu'ils ont l'habitude dans le coin.
L'approche du froid est vécue avec un certaine angoisse par pas mal d'expatriés que je connais ici (enfin, ceux qui sont arrivés il y a moins d'un an). De mon côté, je dois être un peu inconscient car lors de la soirée d'il y a trois jours, Julie s'est inquiété de savoir si j'avais prévu un manteau plus chaud que celui que je porte pour passer l'hiver. La réponse est "non", mais je vais peut-être changer d'avis, du coup. Petit à Petit, je découvre des bars et des restaurants sympas à Montréal. Il faudra que je commence à faire une liste. Vendredi, nous étions allés aux "Grandes gueules", un pub sympa du côté de Cote-des-Neiges. On était juste un peu serrés. Ce que j'aime dans cette ville c'est que les prix sont beaucoup plus bas qu'à Paris. J'ai pu m'empiffrer de hot-dog, de nachos et de bière sans me ruiner.
Question
Soumis par Ian le dim, 19/11/2000 - 17:57.Lors de la soirée de vendredi dernier, j'ai discuté avec une Parisienne qui est à Montréal depuis presque autant de temps que moi. Elle m'a expliqué que durant les premières semaines qu'elle a passé sur ce nouveau continent, son seul souhait était de rentrer en France. Cela m'a un peu réconforté car j'étais à peu près dans le même état. Je ne souhaitais pas réellement faire marche arrière, mais j'avais tellement attendu ce moment que je ressentais une certaine amertume, comme si j'étais déçu de ce que j'avais trouvé. A présent que je connais plus de monde et que tous les problèmes matériels sont enfin règlés, je commence vraiment à apprécier ce pays et je me demande si j'arriverai à m'en détacher quand le moment sera venu. Mais je me sens vraiment tranquille que depuis quelques semaines. Même si cela ne doit pas être systématique, je suis sûr que de nombreuses personnes qui s'expatrient vivent cette succession de sentiments contradictoires. Ce n'est pas le mal du pays, mais plutôt des difficultés à réaliser qu'on est enfin parti et à s'adapter à cette nouvelle vie. Je suppose que le pire est maintenant derrière moi (si on fait abstraction de l'hiver qui s'en vient). Certains se laissent dévorer par cette mélancolie et préfèrent prendre le premier avion pour rentrer chez eux. C'est dommage.
Je me suis amusé à comparer la superficie de Paris et de Montréal :
Paris : 105 km2 Montréal 496 km2
Pourquoi est-ce que je croise sans arrêt des gens que je connais même quand je ne suis pas près de la fac alors ?
Météo, quilles, Julie, profs
Soumis par Ian le sam, 18/11/2000 - 18:19.
J'ai fait un tour sur yahoo.fr, histoire de voir la météo. A l'heure où j'écris ces lignes, il fait 9 degrés à Paris et -2 degrés à Montréal (je serai éternellement reconnaissant à quiconque me dira comment écrire le symbole degré avec un clavier canadien francophone). Pas étonnant que je recommence à geler. Et dans les territoires du Nord-Ouest, il fait -21 si on compte le facteur éolien. Au secours !
Hier soir, je suis allé à une soirée bowling (pardon, quilles) à laquelle Florence m'a convié. C'était à la station de métro Saint-Michel, au bout de la ligne bleue. Quand je suis arrivé, on était au moins une douzaine. C'est l'avantage de bien m'entendre avec une personne plus sociable ou moins timide que moi. Je peux profiter de ses amis. Étaient présents une Suisse, trois Québécois, un Allemand, un Camerounais, pas mal de Français... enfin, je n'ai pas noté l'origine de chacun d'entre nous, mais je trouve très amusant que des personnes venant d'endroits ausi divers puissent se retrouver. Très enrichissant, aussi. C'est en partie pour cela que j'aime les grandes villes.
Le bowling était amusant, bien que je ne pense pas devenir un jour un inconditionnel. Peut-être parce que je préfère les jeux où je gagne. J'ai papoté avec Julie, une Québécoise qui étudie en communication à l'université de Montréal. On a un peu discuté politique et beaucoup des différences de langue et de culture entre Québécois et Français. C'est décidément un sujet de conversation qui revient très souvent entre cousins. On se connaît assez mal, finalement.
Il y a une chose qui m'a agréablement surpris à l'université, c'est qu'on demande aux étudiants d'évaluer chaque professeur à l'aide d'un questionnaire anonyme en fin de semestre. Une note est attribuée dans divers domaines : intérêt du professeur pour sa matière, encouragement aux étudiants à participer, maîtrise du sujet enseigné, etc. On peut également laisser un commentaire afin d'être plus précis. J'aurais bien aimé faire ça en France. Pas pour mon université actuelle, où je n'ai eu à me plaindre que d'un ou deux professeurs sur une vingtaine, mais pour le lycée et la première fac qui m'a accueilli. C'est quand même hallucinant de voir à quel point on surveille les professeurs des écoles maternelles et primaires, et à quel point on les laisse faire ce qu'ils veulent (ou plutôt ne rien faire) dans les établissements supérieurs. Si je compte les professeurs qui m'ont marqué positivement de mes 11 ans à mes 20 ans, j'arrive à 5-6 sur plus d'une soixantaine.
Ces soirées là
Soumis par Ian le jeu, 16/11/2000 - 11:18.Je pense que je dois une fière chandelle au dénommé AmiCalmant, qui a écrit une brève à propos de mon site sur le babillard électronique pssst mardi dernier. Le nombre de visites à beaucoup augmenté depuis, et j'ai reçu pas mal de courriels encourageants. Donc, grand merci. J'ai intérêt à pas dire trop de bêtises, maintenant.
Les clichés de la cueillette des pommes sont disponibles sur le site web de la fac. Au fond de la photo 1, juste derrière le Père Jacques, on peut voir, de droite à gauche : moi, Laura, Noémie(Fr). Seuls les cyborgs pourront cependant distinguer les traits de nos visages.
Hier soir, je suis allé à la fameuse soirée Megamatch avec les deux demoiselles citées plus haut. J'ai vraiment beaucoup de sympathie pour elles. J'espère que c'est réciproque. J'ai un côté martien qui peut sembler bizarre. À l'entrée je suis tombé sur Noémie(QC) qui vendait les tickets, mais on ne s'est pas beaucoup parlé ensuite. Chaque visiteur se voyait offrir un macaron de la couleur de son choix (jaune pour moi et mes deux petites camarades) et un préservatif, ce qui témoigne du sérieux des organisateurs :). Les musiques qui passaient étaient globalement les mêmes que celles que j'ai pu entendre en France : Red Hot Chili Peppers, Louise Attaque, Imagination, Rita Mitsouko, Pills, Madonna, Michael Jackson Jean Leloup... et quelques tubes québécois que je ne connaissais pas du tout. C'était vraiment une bonne soirée. Laura semblait avoir un ticket avec un gosse beau, mais finalement non :)
Conversation de sortie de boîte :
Laura : Ca m'énerve, il me drague et après il m'annonce qu'il a déjà une copine.
Noémie(Fr) : D'ailleurs, elle était présente et elle faisait trois fois ta carrure.
Laura : S'il fallait en plus que je me batte avec la petite grosse ! Il était en informatique, comme Ian !
Ian : En info, il y a deux types de personne : les infidèles et les tueurs psychopathes. Tu aurais préféré un tueur psychopathe ?
Noémie(Fr) : Elle aurait préféré un mec qui n'est pas étudiant en informatique.
Ca m'énerve que quelqu'un d'autre que moi ait le dernier mot !

