Autour du lac (II)

- Roberval -

Nous nous sommes levés vers 10 h. Daniel nous a offert le déjeûner, et nous avons pu discuter un peu avant de reprendre la route. Ce matin là, nous avions décidé de nous rendre à Val Jalbert, un village qui fut prospère grâce à sa pulperie. Cette usine produisait de la pulpe de bois, nécessaire à la production de la pâte à papier. Lorsque celle-ci a fermé en 1927, le village a été totalement abandonné et a depuis été transformé en une attraction touristique et culturelle. Apres avoir échangé nos coordonnées avec Daniel, nous nous sommes dirigés vers la route 169, la seule qui fait le tour du lac Saint-Jean, afin de refaire du pouce. Nous avons pu constater avec bonheur que malgré quelques nuages, la pluie ne tombait plus. Nous avons fini par embarquer dans le pickup d'un jeune homme, mineur de profession, qui nous a déposé juste devant le site. Le soleil s'est enfin montré et nous avons pu mieux voir le lac qui était la veille camouflé par un épais mur de pluie et de brouillard. Il est immense et très beau, contrairement à ce que prétend le guide du routard.

- Val Jalbert -

Nous nous sommes arrêtés dans un magasin de souvenirs, où une gentille vendeuse a accepté de garder nos énormes sacs le temps de notre visite. Le village proprement dit est un peu plus loin que le guichet où l'on achète les billets. Il faut marcher 5 mn puis prendre un petit bus maquillé en train qui nous amène devant le moulin de l'usine. C'est l'occasion de découvrir le village en écoutant les commentaires du chauffeur. Une fois arrivés, nous sommes allés sur le belvédère pour voir la chute d'eau qui alimentait le moulin au début du siècle. Elle est vraiment très haute et le paysage est magnifique. Nous avons pris une tonne de photos que j'espère pouvoir mettre sur mon site bientôt. Nous sommes ensuite entrés dans le moulin. En passant dans la salle du restaurant, nous sommes tombés sur une fête familiale ou associative qui s'achevait et dont les participants semblaient particulièrement émêchés. "Désolé, il ne reste plus rien, on a tout mangé", nous a dit l'un d'entre eux. A l'arrière du bâtiment, nous avons pu examiner les vestiges de machinerie de la pulperie. Les vieilles installations mécaniques m'ont toujours fasciné. Nous sommes ensuite montés dans le téléphérique pour nous rendre en haut de la chute. J'étais seul dans la cabine avec Charlotte, et nous avons commencé à théoriser sur les conséquences éventuelles d'un décrochage de celle-ci (la cabine, pas Charlotte). Contre toute attente, nous somme cependant arrivés intacts à destination. Le magnifique panorama du lac et de ses environs ne nous a pas fait regretté d'avoir pris ce risque inconsidéré. Nous sommes ensuites allés à la deuxième chute (chute Maligne), à laquelle on accède par une longue passerelle en bois serpentant au milieu de la forêt. Celle-ci est moins impressionnante que la première mais le décor est tout aussi beau. Nous nous sommes posés quelques instants pour une méditation intense, et un oiseau minuscule, rappelant un peu un colibri s'est soudain mis à voler à 2 mètres de moi. Je n'ai malheureusement pas eu le temps d'attraper mon appareil photo car il est parti immédiatement.

Nous sommes redescendus en empruntant les escaliers en bois, au milieu des épinettes. En bas, nous avons pu regarder un film relatant l'histoire du village, avec des lumières qui s'allument au fil du récit sur une carte de la région et sur une maquette de l'usine pour expliquer son fonctionnement. C'est très intéressant de voir avec quelle ingéniosité toutes les ressources naturelles étaient exploitées. Par exemple, la chute servait à la fois à acheminer les troncs d'arbre jusqu'à l'usine, faire tourner les meules pour broyer le bois, produire de l'électricité, etc. Touchant également de voir comment une commune considérée comme à la pointe du progrès (électricité et eau courante dans toutes les maisons, technologie moderne, syndicalisme,...) tombe soudain dans l'oubli après la faillite. Nous avons rejoint notre magasin de souvenirs en longeant le canyon qui succède à la chute. À l'occasion, nous avons trouvé un passage secret pour entrer gratuitement dans le village, mais nous ne dirons rien, même sous la torture. Nous souhaitions prendre une tarte aux bleuets pour notre goûter, car c'est le fruit typique de la région, mais aucun magasin n'en vendait sur le site. Nous nous sommes donc fait ramenés en stop à Roberval par un couple sympathique. L'homme s'apprêtait à dire du mal sur les Parisiens, mais il s'est rendu compte que j'en étais un. Dommage, j'étais curieux.

- Roberval -

En dégustant un sundae au bleuets à la crèmerie du lac, nous avons convenu que Saint-Félicien serait notre prochaine destination. Malheureusement, au bout d'une heure d'auto-stop, personne ne nous avait encore pris. Le chauffeur d'un bus qui se rendait là-bas a accepté de nous embarquer si nous payions le ticket à l'arrivée. En fait, il semblait ne pas trop s'en soucier et il nous a laissé nous en aller sans que nous laissions une cenne.

- Saint-Félicien -

Nous avons posé nos bagages au gîte du jardin fleuri. Le nom de cet établissement n'est sans doute pas dû au hasard. La propriétaire est une charmante grand-mère. Elle parlait avec passion des pivoines qu'elle sortirait lorsqu'il ne gèlera plus, des tomates qui allaient bientôt sortir, et de toutes les plantes, fruits et légumes qu'elle allait planter. Nous sommes ensuite aller manger au Café du boulevard. Au menu : soupes aux gourganes (fèves vertes et orge avec bouillon de boeuf) et doré (filet de dorade). Nous avions une jolie vue sur la rivière Chamouchouane. Bref, à part la serveuse qui nous a facturé le service comme à de vulgaires touristes, tout était parfait. Nous avons fait une rapide promenade dans le village, nous arrêtant dans un parc d'où nous avons pu admirer un magnifique coucher de soleil et la pleine lune, puis nous sommes entrés au gîte.

C'est dingue, le nombre de mille-pattes et de papillons qu'il y a dans le coin.