Autour du lac (I)
- Montréal -
6 h 30 du matin. Après avoir sauvagement jeté par la fenêtre le réveil qui sonnait avec insolence, je me suis habillé un peu hagard et me suis dirigé vers le métro Snowdon. J'ai retrouvé Charlotte à Côte-Des-Neiges et nous nous sommes rendus devant la station Saint-Michel pour attendre notre lift. Sur le bord de la route, nous avons fait la connaissance de Daniel, un étudiant sympathique qui se rendait à Chicoutimi avec le même chauffeur que nous. Ce dernier est arrivé un peu en retard, mais nous avons pu quitter sans encombre l'île de Montréal. J'ai discuté un peu avec lui. Il m'a expliqué qu'il travaillait à l'université de Chicoutimi et qu'il avait déjà passé un an en France, à Paris. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la vie parisienne, et il a dû comprendre que c'est des filles parisiennes dont je parlais, car il m'a répondu que de toutes façons, il y était allé avec sa femme (déçu ?). Après la ville de Québec, nous sommes passés devant la résidence servant de quartier général aux Hell's Angels. C'est une impressionnante bâtisse entourée d'un solide mur et truffée de caméras extérieures. Charlotte discutait à l'arrière avec Daniel. Il se rendait chez ses parents à Roberval, au sud-ouest du lac Saint-Jean, et nous a proposé de nous héberger pour la nuit. Nous avons accepté son invitation. Peu avant notre arrivée à Chicoutimi, nous nous sommes arrêtés à une station service où j'ai découvert une publicité totalement absurde de Petro-Canada : un plein = un arbre offert à l'office des forêts du Québec.
- Chicoutimi -
Manger, enfin
Nous sommes arrivés vers 11h30 du matin à l'université de Chicoutimi. Daniel rentrait directement chez lui en faisant du pouce. De notre côté, nous souhaitions visiter un peu la ville. Nous lui avons donc proposé de le recontacter dès que nous serions arrivés à Roberval. Chicoutimi est bien plus calme que Montréal. Il y a de nombreuses maisons individuelles et les rues sont peu passagères. Après quelques tergiversations, nous avons décidé d'aller dîner (Français : lire "déjeûner") au DeVinci. C'est un restaurant végétarien aux prix très abordables, avec un buffet à volonté. Le décor convivial et la gentillesse du personnel donnent plus l'impression d'avoir été invité à manger chez des amis que d'être au restaurant (hormis la facture en fin de repas, bien sûr). C'est donc avec délice que nous nous sommes jetés sur la soupe de betteraves, les salades de pâtes, le gratin de légumes, les boulets au millet, et j'en passe. Tout cela terminé par un sympathique thé à la menthe.
Promenade digestive
Après avoir bien rempli notre estomac, nous avons marché tranquillement en longeant le Saguenay. Les bordures sont très bien aménagées, avec beaucoup de verdure, des bancs, et une jolie fontaine représentant des baleines avec leurs petits. Ayant repéré une gloriette au milieu de la pelouse, nous nous y sommes précipités pour y interpréter quelques mémorables duos sur des chansons de Jean-Jacques Goldman, malgré l'absence totale de public humain. Ensuite, nous avons longtemps marché à la recherche du musée du Saguenay, que jamais nous n'avons trouvé, car celui-ci a été transféré et n'était pas encore réouvert. Nous nous sommes donc rabattus sur l'office du tourisme, où nous avons découvert l'existence d'une chocolaterie que nous nous sommes empressés de rejoindre.
Le vendeur devait avoir plus d'une soixantaine d'années et était très bavard. Il n'était pas possible de visiter la chocolaterie, mais il nous a décrit les divers produits qu'il proposait et nous en a fait goûter plusieurs d'entre eux : chocolats , bien sûr (noir, au lait, aux amandes, aux noisettes, rhaa...), mais aussi du sirop de bleuet et des bonbons à l'érable avec de la tire à l'intérieur. Il nous a également raconté l'histoire de la petite maison blanche, seule du quartier à tenir debout lors de l'important déluge qui s'est abattu sur la région du Saguenay en juillet 1996. C'est en sortant pour aller la voir que nous nous sommes rendus compte que le crachin que nous subissions depuis notre arrivée s'était transformé en méchante pluie. Nous avons vu la petite maison, perchées en haut d'une pile de rochers où coule une cascade, puis nous avons décidé de nous rendre à Jonquière en auto-stop.
Daniel nous avait dit qu'il était facile de faire du pouce dans la région. Au bout de 15 mn sous une pluie abondante, nous commencions néanmoins à désespérer. Heureusement, une jeune femme de Jonquière a fini par nous accueillir dans son van. Elle s'occupait de magasins de vêtements à Jonquière et Chicoutimi, et rêvait de faire le tour de la France. Charlotte lui a donc laissé son adresse en Alsace en cas de besoin.
- Jonquière -
Notre chauffeur nous a déposés devant la Puzzle, un bar célèbre du coin, où nous avons bu un bon chocolat pour réchauffer nos pauvres carcasses humides. Le décor était digne d'un sitcom. Seule derrière son bar, une serveuse discutait avec trois ou quatre habitués d'humeur joviale. Elle résumait à elle seule tous les stérotypes de barmaid que j'ai pu voir au cinéma : enjouée, psychologue, gentille avec les clients, du moment que ces derniers ne lui manquent pas de respect. Une fois remis, nous avons levé le camps pour essayer de joindre Roberval. Nous avions compris que la meilleure manière de se faire prendre par les automobilistes était d'afficher un large sourire. Après vingt minutes d'attente, nous avons embarqué dans la voiture d'un homme d'âge mûr, calme et courtois, qui s'est auparavant assuré que nous étions étudiants. Discuter avec lui fut très intéressant, car il semblait aimer beaucoup la région, et connaissait de nombreuses histoires sur la colonisation du Canada et les personnages qui l'ont marquée. En fait, nous étions assez bien tombés, car notre chauffeur s'est avéré être un ancien maire de Roberval qui occupe actuellement un poste politique important dans la région. Il a beaucoup voyagé en Europe, au Québec également, mais peu dans les autres provinces car, disait-il, "je ne me sens pas chez moi au Canada".
- Roberval -
Quand nous sommes arrivés à Roberval, il nous a prêté son cellulaire pour appeler chez Daniel. Celui-ci était parti voir des amis et avait oublié de prévenir ses parents de notre arrivée. Heureuse coïncidence, ces derniers étaient des anciens collègues de notre automobiliste. Celui-ci nous a amené directement chez eux, les rassurant en disant que nous étions des gens biens. La mère de Daniel nous a très chaleureusement accueillis. Elle se confondait en excuses car la seule chambre où elle pouvait nous héberger était un peu en désordre. De notre côté nous étions gênés devant tant de gentillesse, alors que nous arrivions totalement à l'improviste. Le père regardait le base ball à la télévision. J'ai essayé de comprendre ce qu'il se passait à l'écran, mais j'avoue que les règle de ce sport me sont totalement étrangères. Daniel est revenu, nous avons un peu discuté, mais la journée avait été assez agitée, et nous n'avons pas tardé à nous coucher.
Beaucoup de gens m'avait parlé de l'accueil chaleureux des habitants du lac Saint-Jean. Bien que je n'aime pas trop faire des généralisations, qu'elles soient positives ou négatives, je dois avouer que pour l'instant, nous avons rencontré une foule de gens sympathiques, toujours prêts à rendre service.

