Le syndrome de 68
Il y a cinq ou six ans, j'ai participé à une contre-manifestation devant la maternité des Lilas avec mon ami Arnaud. Un groupe extrémiste religieux devait en effet défiler pour protester contre l'interruption volontaire de grossesse, et nous souhaitions empêcher toute tentative de commando anti-avortement, comme c'était la mode en France à l'époque. Nous étions donc une petite centaine à monter la garde devant la clinique : étudiants, militants, médecins... l'ambiance était très décontractée.
Ensuite, nos adversaires sont arrivés, mais sans doute surpris de notre présence, il ne se sont pas approchés et ont préféré se regrouper devant une église à quelques mètres de là. Les choses auraient pu en rester là, mais une bande de militants cagoulés, que l'on n'appelait pas encore si poétiquement "activistes radicaux", s'est soudain jeté sur les culs-bénis pour leur jeter des oeufs à la figure, acte totalement puéril et inutile. Les policiers sont intervenus immédiatement et un des jeunes militants s'est fait sévèrement matraqué. À côté de moi, une vieille dame leur criait "salauds ! salauds !" J'étais moi aussi très choqué par la violence des forces de l'ordre, car leur réaction était largement disproportionnée. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si on ne leur avait pas donné un prétexte pour déchaîner leur haine, elles n'auraient jamais osé ouvrir les hostilités.
Si je raconte cette histoire, c'est qu'elle ressemble aux affrontements qui ont eu lieu ces deux derniers jours à Québec entre les policiers et certains manifestants anti-mondialisation. Au départ, il y avait une majorité de gens pacifiques, qui tentait de faire passer le message sans agressivité, et quelques dizaines de personnes sont venues tout gâcher, en donnant paradoxalement un bon prétexte au gouvernement pour justifier le périmètre de sécurité qu'elles prétendent combattre.
Je les connais ces Che Guevara des bacs à sable qui s'amusent à semer la zone dans les manifestations. Parfois, se sont des flics en civil chargés de décrédibiliser le mouvement. Souvent, ce sont des bandes des frustrés de la vie qui n'ont rien trouver de mieux pour se mettre en valeur que de jouer à la guerre avec les forces de l'ordre. Qu'ils se battent contre la mondialisation ou pour le recyclage des brosses à dents n'a pas grande importance. Ce qu'ils veulent, c'est balancer des pierres sur les casques, et éventuellement passer pour des martyrs lorsqu'on leur réplique.C'est aussi stupide que de donner un coup de pied à un pitbull pour se plaindre ensuite qu'il nous a mordu. Même en lisant les médias indépendants, on constate que la provocation n'était pas toujours du côté des méchants policiers. Du coup, plutôt que la pacifique marche des peuples qui s'est déroulée le même jour, la télévision abreuve les spectateurs de scènes d'affrontement. Le discours de fond contre la mondialisation, il a disparu derrière les gaz lacrymogènes.
Je n'approuve pas du tout l'attitude de la police. Les canons à eau, les balles en caoutchouc, c'est lamentable et dangeureux. Mais je pense qu'il faut justement se montrer plus intelligent qu'eux et éviter toute forme de violence, qui de toutes manières est inutile.

