A Philippe Val (1)
Cher Philippe,
Pour commencer ma missive, je tiens à préciser que j'ai toujours été un fan des spectacles de Font & Val et que pendant plusieurs années, j'ai acheté fidèlement Charlie Hebdo sans manquer un seul numéro. Ceci n'est pas de la flagornerie, mais plutôt un moyen de te faire comprendre que le discours qui suit n'est en aucun cas le fruit d'une haine quelconque à ton égard, ni de la supposée campagne nationale de dénigrement dont tu sembles te sentir victime.
Si je prends la plume aujourd'hui, c'est pour réagir aux propos purement scandaleux que tu as tenus dans ton édito du Charlie daté du 17 janvier dernier, concernant le contenu des sites web et la nature de leurs auteurs. Je passerai rapidement sur les approximations techniques qui le parsèment, auxquelles tu nous as longtemps habitués dès qu'il s'agissait de parler du réseau. Pas besoin en effet d'être un génie de l'informatique pour savoir que contrairement à tes déclarations hasardeuses, il est bien plus facile de protéger le contenu d'un mail, par exemple par le cryptage, que de publier des pages sur le web de manière totalement anonyme. En France, l'amendement Bloche oblige ainsi tout internaute à préciser son nom et son adresse auprès de son hébergeur sitôt qu'il créé un site personnel. En outre, si l'abonné entre des données erronées, les fournisseurs d'accès disposent d'une panoplie d'outils pour l'identifier sans aucune difficulté en cas de réquisition judiciaire.
Ce qui est plus choquant, c'est que tu présentes l'Internet comme une immense vitrine mondiale à la gloire du grand capital et du frustré sexuel de base, en faisant totalement abstraction du web indépendant. Lassés des sites de bourse et d'information bidon, de nombreux internautes ont en effet depuis longtemps décidé de jouer leur rôle de citoyen en créant leur propre site sur la toile. Certes, le pire côtoie le meilleur, et on trouve de tout, y compris du rut et de la domination. Mais c'est avant tout un immense espace de liberté d'expression où chacun est libre d'aborder tous les thèmes imaginables, qu'ils soient politiques, personnels, culturels ou autre, avec souvent une qualité qui n'a rien à envier à la presse traditionnelle. Evidemment, comme chaque auteur est son propre éditeur, il ne court aucun danger de se faire censurer par un rédacteur en chef soucieux de préserver sa carrière ou une ligne politique dictatoriale. Pour éviter de voir leur site défiguré par des bandeaux publicitaires, certains webmestres n'hésitent pas à payer eux-même leur hébergement pour quelques centaines de francs annuels. Une broutille par rapport aux centaines d'heures qu'ils auront passées à apprendre à créer un site, à récolter les informations et à rédiger des articles, tout cela sur leur temps de loisirs et sans aucune rémunération. Une telle contribution à l'enrichissement du web intelligent et non commercial mérite un minimimum d'analyse avant que l'on traite de délateur, de maniaque ou de nazi quiconque se lance dans une telle aventure. Ce n'est cependant pas innocemment que de nombreux journalistes matraquent sans relâche les histoires de pédophilie ou de violation de la vie privée sur le web, qui sont pourtant très marginales. Ils sont en effet dégoûtés de ne plus être les seuls à disposer du privilège immense qui consiste à pouvoir diffuser des idées à un très large public, et perdre ainsi leur statut de maître à penser.
Mais je perds mon temps à t'expliquer toutes ces choses que tu sais sûrement déjà. Ton papier semble en effet être avant tout une réponse fort maladroite aux articles parus récemment dans Uzine et presselibre.org, qui contestaient ton "troc" de page de pub avec Libé, et surtout, ton attitude de chéfaillon à la rédaction de Charlie Hebdo, où tu n'hésites pas à imposer tes choix de plus en plus réactionnaires, à censurer les articles et les dessins qui te dérangent, toi ou tes amis de gôche, et à te compromettre avec les défenseurs de l'ultra-libéralisme que tu prétends combattre. Je comprends que ces critiques aient pu blesser ton amour-propre. Quel plaie que ce réseau où tous les gens qui ne sont pas d'accord avec toi peuvent s'exprimer en toute liberté et arrivent à développer une argumentation qui se tienne sans avoir besoin de citer Montaigne et Diderot toutes les trois lignes. Si ces critiques sont infondées (ce dont je doute), la meilleure solution aurait été de les affronter de front plutôt que de pondre cet article lamentable et lâche qui ne fait que leur donner davantage de crédit. Méfie-toi, cependant. Penser que ton "ami lecteur" puisse adhérer sans broncher à tes délires paranoïaques et mégalomanes est une grave erreur.
J'ai vu qu'après avoir rejeté en bloc tout ce qui ressemblait de près ou de loin à l'Internet, tu t'es finalement procuré une adresse électronique (sans doute critiquais-tu aussi les scooters avant d'en posséder un toi-même). Les conneries que tu as écrites vont te permettre de recevoir des tonnes de mails. Tu dois être content. Quant à moi, je n'aurais jamais imaginé envoyer une lettre de protestation aussi virulente au rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Il me semblait qu'on partageait globalement les mêmes valeurs de liberté d'expression et de respect de l'individu.
Je te prie d'agréer, Philippe Val, unique vrai penseur du millénaire passé et à venir, l'expression de ma profonde tristesse,
Ian Webmaster du site web taré-maniaque-fanatique-mégalomane-paranoïaque-nazi-délateur http://www.mauditfrancais.com, qui s'enorgueillit néanmoins de marcher à 100 % sans publicité et sans échange d'annonces avec Libération. Luz, Charb, Gébé, Cyran, Cavanna, ... , vous dormez ou quoi ?
-- (1) Les lecteurs qui souhaitent en savoir plus peuvent se rendre ici, ici et ici. Pis aussi ici, ici et ici.

