Cher journal
J'ai commencé à écrire mon premier journal intime à 14 ans. J'utilisais comme support un grand cahier Clairefontaine à couverture rose (couleur que je déteste, mais je n'en avais pas d'autre sous la main). Il a suffit que la charmante petite Laotienne avec qui je sortais à l'époque me laisse tomber pour que j'abandonne cette première mouture. Depuis cette période, cependant, je passe régulièrement par des périodes de diarisme plus ou moins longues ou intenses, ce qui m'a permis de me constituer avec le temps une précieuse banque de souvenirs personnels, dont le volume pourrait sans problème couvrir plusieurs romans (je parle de volume, pas de qualité).
Si j'évoque le sujet, c'est que j'ai pris ce soir le temps de récupérer une partie de ces journaux qui traînaient sur un cd-rom (je suis passé au format numérique en achetant mon premier Macintosh à 19 ans). J'ai remarqué que finalement, je m'autocensurait beaucoup moins que je ne le pensais dans ces textes. Cela est d'autant plus surprenant que j'ai autorisé certaines de mes blondes à en parcourir les pages, leur permettant de découvrir mes pensées et mes actes les plus inavouables. Exhibitioniste, moi ?
Le maudit Français est un cas un peu particulier. D'un côté, j'en suis très content, car de tous mes projets pseudo-littéraires, c'est celui que je mène avec le plus de rigueur et de discipline. D'un autre côté, je sens bien que je me retiens d'écrire beaucoup de choses, par pudeur, par prudence, ou le plus souvent, parce que je me dis que cela n'intéressera pas le lecteur. La frontière est mince entre carnet de voyage et journal intime. Et il y a malheureusement des périodes comme celle que je traverse où je ne sors pas assez pour avoir des choses à raconter sur Montréal. J'ai une bonne excuse : les températures oscillent actuellement entre -25 et -30 ºC. Puis-je me laisser aller à des délires philosophico-autobiographiques sans aucun rapport avec le but initial de ce site ? Ou dois-je chercher absolument à rassasier les lecteurs avides de témoignages pittoresques, quitte à partir à la chasse aux caribous muni de simples raquettes comme moyen de transport et d'une crosse de hockey pour seule arme ? Bonne question, d'autant plus que je suis aussi lu par des Québécois qui ont peut-être envie de m'entendre parler d'autres choses que de la neige.
Je n'ai pas encore trouvé de réponse.

