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Le Québécois du jour : Mike Ward

Mike Ward est un humoriste québécois qui n'a absolument aucun sens du sacré. Plutôt que d'aborder les sujets graves de notre siècle avec un air accablé et des trémolos dans la voix comme le font si bien nos journalistes et nos politiciens, il a l'extrême mauvais goût d'en rire. Aucun sujet tragique n'échappe à ses saillies, que ce soit l'obésité, la guerre en Afghanistan, les femmes battues ou le racisme. C'est le plus mauvais exemple que l'on pourrait trouver pour notre jeunesse et un signe certain de la décadence de notre société. Je suis fan.

L'art de (ne pas) retenir un employé en sept étapes

Photo:Amit Gupta

J'ai décroché ma première job à Montréal en janvier 2007, quelques semaines après avoir posté mon CV sur monster.ca. Mon rôle était de développer de nouvelles fonctionnalités pour le site web d'une grosse entreprise québécoise. Je n'étais pas directement employé par cette dernière mais par une agence de placement, prestataire à laquelle de nombreuses sociétés délèguent la sélection et le recrutement de leurs salariés en échange d'une commission. Cette approche est gagnante pour tout le monde puisqu'elle soulage à la fois la compagnie d'une tâche fastidieuse et le travailleur de 10 à 30 % de son salaire annuel, qu'il aurait certainement dépensés dans des cochonneries.

Bien que ce premier emploi m'ait été précieux pour disposer d'une première expérience professionnelle au Canada, le travail était loin de me passionner. Au bout d'un an, j'ai donc envoyé ma lettre de démission à l'agence de placement pour aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Dès qu'il a reçu ma missive, le responsable de mon dossier (que j'appellerai Edmond en guise de représailles) m'a proposé d'aller dîner à la foire alimentaire jouxtant mon lieu de travail afin de discuter plus en détails des raisons de mon départ.

Ayant l'habitude des employeurs qui ne daignent s'intéresser à mes problèmes qu'au moment où je décide de les quitter, je me doutais bien qu'Edmond aller faire quelques tentatives pour m'encourager à rester. En revanche, je ne m'attendais pas à ce qu'il use d'une telle diversité de techniques de manipulation plus ou moins éthiques pour conserver un salarié. À savoir :

  1. Le lavage de cerveau : "Tu n'es pas content du poste que tu occupes ? Je ne comprends pas. C'est une entreprise très réputée, le travail est passionnant et il y a une excellente ambiance."
  2. La flagornerie : "Franchement, c'est dommage que tu partes, on est vraiment très satisfaits de ton travail. Tu fais partie de nos meilleurs éléments."
  3. Les promesses : "On ne peut pas te changer de client tout de suite, mais si tu patientes encore six mois, on peut te trouver un site qui te conviendra mieux et même te proposer une augmentation de salaire."
  4. La démoralisation : "Tu es sûr de trouver un autre emploi ? Le marché est très difficile en ce moment. Tu risques de te retrouver au chômage."
  5. La culpabilisation : "Tu ne peux pas quitter la compagnie maintenant. Ils ont besoin de toi pour le projet. Tu vas vraiment les mettre dans la merde."
  6. La menace : "Tu sais, si tu pars maintenant et qu'un employeur nous appelle pour nous demander ce qu'on pense de toi, on sera obligés de lui dire que tu nous a laissés tomber au mauvais moment."
  7. Le faux-fuyant : "Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Je te propose de bien y réfléchir et on en rediscutera plus tard."

Trop ingrat pour m'extasier devant l'affabilité de mon interlocuteur, je me suis empressé de demander un entretien avec la responsable du site où je travaillais pour négocier dans le dos de mon ami Edmond les conditions de mon départ. J'ai finalement accepté de partir deux mois plus tard, dont un à mi-temps, ce qui m'a permis une transition en douceur vers le nouvel emploi que j'occupe aujourd'hui. Ayant été pris de vitesse, Edmond s'est trouvé devant le fait accompli et n'a pu que prendre acte de notre entente. Ce dernier devait cependant être moins rancunier qu'il voulait me le faire croire puisque depuis mon départ, je reçois régulièrement par courriel de nouvelles offres de son agence.

Français en difficulté, gros préjugés

Il y a quelques semaines, le magazine Marianne a reproduit sur son site web un billet du blog L'Hérétique qui explique qu'un couple de Français installé au Canada s'est vu refuser son renouvellement de permis de travail. Le gouvernement justifie sa décision en disant que leur fille handicapée représente une charge financière trop lourde pour la société canadienne. L'histoire est d'autant plus absurde que les deux Français ont suffisamment d'argent pour prendre en charge tous les soins médicaux de leur fille et se sont engagés à le faire. Bien que je partage la révolte de l'auteur, cette phrase m'a vraiment fait sortir de mes gonds :

"Les Canadiens sont favorables, d'après un sondage, à 70 % au rétablissement de la peine de mort, comme le rapporte le Scriptorium. A quand une majorité pour euthanasier les handicapés ?"

Premièrement, cette affirmation est fausse. D'après le sondage cité, ce n'est pas 70 % mais 62 % des Canadiens qui sont pour la peine de mort. Le seul chiffre que j'ai trouvé qui ressemble à celui énoncé est le 69 % de Québécois favorables à cette peine. Ce ne serait certes pas la première fois qu'un Français confond les paliers provincial et fédéral, mais l'auteur prouve qu'il est parfaitement conscient de cette nuance en disant que "Le Québec était pourtant tout prêt à les accueillir, mais l'échelon fédéral en a jugé autrement." Prendre des chiffres peu flatteurs du Québec, considéré comme le gentil de l'histoire, pour les attribuer au méchant Canada est un procédé plus que troublant.

Deuxièmement, l'auteur fait des rapprochements entre des sujets qui n'ont rien à voir entre eux : le refus d'un permis de travail pour un motif discutable et la peine de mort (les trois Français ne risquent pas la mort en rentrant en France, du moment qu'on ne leur fait pas prendre le Concorde) ; une décision du gouvernement canadien avec l'ensemble de la population canadienne (pour information, le parti conservateur actuellement au pouvoir n'a obtenu que 37,7 % des voix).

Ces associations absurdes ne pouvaient déboucher que sur une troisième aberration : émettre l'hypothèse que les Canadiens pourraient être favorables à l'euthanasie des handicapés. Je comprends qu'on puisse être choqué par la décision du Canada, mais il faudrait garder un léger sens de la mesure. J'imagine le scandale en France si un magazine canadien usait de la même rhétorique : "La France interdit le mariage aux homosexuels et expulse en masse les immigrés vers leur pays d'origine en guerre. À quand une expulsion des homosexuels français vers les pays en guerre ?"

Mise à jour

Malgré tout le mal que l'Hérétique voudrait que nous pensions des Canadiens, au moins deux médias locaux ont déjà pris la défense du couple français.

Quand Libération tombe d'accord avec Sarkozy

Il y a quelques jours, j'ai été intrigué par un billet de blog de Libération titré "Le Québec affiche son goût pour la diversité en France". La journaliste, Catherine Coroller, y raconte que le gouvernement de la Belle Province distribue devant la gare Montparnasse, à Paris, la brochure "Vous avez une place au Québec" dont le but est de recruter des immigrants francophones.

Manifestement subjuguée par le fait que deux des trois individus présents sur la photo de couverture semblent ne pas avoir d'origines gauloises, l'auteure se réjouit de cette "image souriante d'un pays accueillant", et souligne à quel point l'ouverture du Québec contraste avec la fermeture de la France qui "sépare deux jumelles marocaines, l'une ayant été expulsée ce matin, tandis que l'autre réussissait à échapper à l'arrestation".

J'ai sûrement un très mauvais esprit, mais lorsque je lis ce genre de comparaison, j'ai le réflexe d'en vérifier concrètement la pertinence. Je me suis donc amusé à remplir le formulaire d'"Évaluation préliminaire d'immigration" pour la jeune Marocaine qui a échappé à l'arrestation, au cas où elle voudrait s'installer au Québec. Pour ce faire, j'ai utilisé les informations livrées par les médias et inventé les éléments qui me manquaient en essayant de privilégier un peu la candidate.

Mauvaise nouvelle. Même avec une expression française avancée, un niveau d'anglais intermédiaire et en faisant sa demande de France, une femme de 18 ans qui n'a aucun diplôme et pas d'expérience professionnelle ne semble pas répondre aux critères de sélection du Québec. Si elle arrive à échapper à la police suffisamment longtemps pour finir son contrat d'apprentissage en restauration, la jeune Marocaine a en revanche ses chances, pour peu qu'elle réussisse à réunir les quelques milliers d'euros nécessaires pour les frais provinciaux et fédéraux, la visite médicale et le montant minimum d'installation. Un détail.

Bien sûr, il existe également un programme d'immigration pour les réfugiés, mais je doute que les résidants français puissent en bénéficier. Selon les accords Canada-Québec sur l'immigration, c'est d'ailleurs le fédéral et non le provincial qui détermine qui peut bénéficier de ce statut. Comme pour bon nombre de ses collègues français, cette nuance semble certes échapper à la journaliste, puisqu'elle confond les ministères de l'immigration canadien et québécois.

Bref, Catherine Coroller n'a visiblement pas compris que la campagne du Québec ne vise pas en priorité à accueillir les minorités opprimées en France, mais à recruter des personnes susceptibles de participer à l'économie de la Belle Province. Cette dernière ne fait finalement qu'appliquer la politique d'immigration choisie si chère à Nicolas Sarkozy et à laquelle, il me semble, la gauche dont se réclame Libération est farouchement opposée.

C'est le problème quand on récupère le moindre évènement pour servir une cause politique sans se documenter. On s'expose à soutenir le camp adverse sans s'en rendre compte.

Le maudit Français cause dans le poste

J'ai la chance de faire partie des cinq finalistes du concours "Le dernier mot", diffusé en deuxième partie de l'émission "Vous m'en lirez tant", sur la Première Chaîne de Radio Canada.

Cela n'a pas vraiment rapport avec ce blog, mais si vous mourrez d'envie d'entendre la voix charmeuse d'un maudit Français, je vous invite à allumer votre radio les dimanches 7, 14 et 21 février à partir de 14h. L'émission devrait également être consultable pendant un temps limité sur le site web de Radio Canada.

Suis-je bien intégré ?

Une question qui hante souvent les habitants d'un pays qui accueille des immigrants est "arrivent-ils à bien s'intégrer ?" En tant que Français installé au Québec depuis plusieurs années, j'ai pensé qu'il serait intéressant de faire un bilan de la situation dans mon propre foyer.

J'ai commencé par poser la question au chat. Il m'a répondu qu'il pensait que oui, malgré le voyage éprouvant dans la soute de l'avion et le changement de marque de croquettes. Évidemment, il ne ne me l'a pas dit comme ça, mais dans son langage de chat. C'est à dire avec un style ridiculement ampoulé rempli de métaphores lourdes et d'oxymorons inutiles.

J'en ai ensuite parlé à ma blonde qui m'a rétorqué qu'elle ne se sentait pas plus ou moins intégrée qu'ailleurs. Cette réponse qui m'a d'abord laissé soupçonner qu'elle me cachait des origines normandes s'est finalement révélée assez proche de ma propre vision des choses.

Comme tous les mots chéris des politiciens, "intégration" est en effet un terme très vague qui peut être interprété de mille et une manières différentes, augmentant d'autant le nombre potentiel d'électeurs susceptibles d'adhérer aux discours dans lesquels il est utilisé. Il semble toutefois y avoir un consensus sur certaines conditions nécessaires pour qu'un immigrant puisse obtenir ce qualificatif.

La première est d'assimiler les références sociales, culturelles et historiques du pays de destination. Sur ce point, je pense que j'ai fait beaucoup de progrès. Je ne demande plus aux personnes m'expliquant qu'elles étaient présentes aux évènements de Polytechnique si c'était un bon festival et j'arrive même à comprendre les blagues sur Anne-Marie Losique.

La deuxième est de s'impliquer à tous les niveaux dans sa société d'accueil. Je pense que là aussi, je m'en sors plutôt bien. J'ai trouvé un travail intéressant où mes compétences semblent appréciées, j'ai une vie sociale très riche et je contribue à la santé financière des entreprises de mon nouveau pays en acceptant les tarifs abusifs de Bell.

La troisième est d'adhérer aux grandes valeurs et à la vision du bonheur qui dominent dans le pays d'accueil. Là, j'avoue que c'est loin d'être parfait. Alors que les politiciens, les grands médias et une bonne part de la population estiment nous sommes sur terre pour gagner beaucoup d'argent, faire des enfants et devenir propriétaire de son logement, je m'obstine à vouloir travailler à temps partiel, refuser de me reproduire et laisser mon bailleur déneiger mon entrée. Penser de même à 35 ans, c'est sûrement pas normal.

Ce qui me rassure, c'est que je ne me sentais pas complètement intégré en France pour les même raisons.

Nouveau départ

Je me suis finalement décidé à reprendre ce blog. Par pure honnêteté, je me sens en effet obligé d'admettre que le blogueur qui prévoyait mon départ du Québec au plus tard pour fin 2009 ne s'est trompé que d'un mois. Après plus de trois années durant lesquelles nous avons accumulé galères, échecs et déceptions, ma compagne et moi nous apprêtons en effet à jeter l'éponge et à retourner vivre en France. Nous pensions que notre libre arbitre serait plus fort que notre identité nationale, mais nous avions tort. Dans les billets qui viennent, j'aborderai plus en détail les causes de ce choix douloureux ainsi que les différentes démarches et obstacles qui attendent l'immigré français au Québec qui rentre chez lui.

Quelle introduction émouvante pour la reprise d'un blog ! J'en pleurerais presque si elle contenait le moindre élément véridique. Trêve de plaisanterie, la seule raison pour laquelle je reprends le maudit clavier après un an et demi d'interruption est que j'ai à nouveau plein d'idées de billet. Après avoir vécu tout ce temps dans la Belle Province, il m'est certes plus difficile de m'extasier devant la profusion d'écureuils dans les rues, de croustilles dans les pharmacies et de témoins de Jehovah à la station Acadie. Il reste heureusement de nombreux autres sujets intéressants. Au programme et dans le désordre, j'aimerais très égocentriquement faire un petit état de ma situation dans différents domaines (travail, logement, argent, drogue...), présenter des artistes québécois peu connus en France et émettre quelques commentaires sur la société et la politique québécoises et françaises qui me vaudront sans doute des remarques acerbes des militants bornés de toutes les tendances.

Si cette annonce vous a plongé dans un état d'attente insoutenable à la limite du manque, je vous invite à vous tenir informé des mises à jour en devenant fan de ce blog sur Facebook via le bloc à droite de cette page ou en vous abonnant aux flux RSS.

À bientôt !

Fin

Nous voici au moment fatidique de la fermeture de ce blog. Je tiens toutefois à rassurer mes adeptes qui s'inquiétaient de voir disparaître à jamais ce fleuron de la littérature bloguique francophone. Le terme ambigu "fermeture" ne signifie en effet nullement que j'ai décidé de mettre totalement ce blog hors-ligne, mais simplement que je ne souhaite plus m'en occuper afin de concentrer mon esprit sur d'autres projets.

L'effet concret de cette décision est que je ne posterai plus de nouveaux billets et qu'il ne sera plus possible de laisser des commentaires. Il reste néanmoins l'option de me laisser un message via le formulaire de contact. Les journalistes me demandant en catastrophe de les rappeler dans les dix minutes sur leur cellulaire en France pour une entrevue parce qu'ils sont à la bourre pour rendre leur papier se réjouiront (à tort) de cette bonne nouvelle.

J'aimerais par ailleurs présenter mes excuses aux diverses personnes qui m'ont contacté pour avoir plus d'informations pratiques sur le Québec, mais je n'ai malheureusement pas le temps de leur répondre. Elles trouveront tous les conseils nécessaires sur le site des hébétés naïfs ou celui des déçus aigris.

Il convient enfin de rasséréner les groupies qui craignent que j'abandonne définitivement l'écriture pour me consacrer exclusivement aux joies subtiles du débogage PHP. J'ai en effet d'autres idées de blog ou de trucs plus prétentieux, que j'écrirai cependant sous un autre patronyme. Il n'est d'ailleurs pas exclus que je reprenne un jour mauditfrancais.com (dans très longtemps).

Il ne me reste plus qu'à remercier mes deux millions de lecteurs quotidiens pour avoir suivi mon humble prose. Prenez soin de vous, n'hésitez pas à relire mes billets pour réussir parfaitement votre immigration au Québec et obtenir un retour de l'être aimé dans les dix jours, et À Dieu vat ! comme dirait le comique.

La fin approche

Par solidarité avec Makette, j'ai décidé à mon tour de fermer définitivement ce blog.

Certaines mauvaises langues prétendront sans doute qu'il s'agit d'un prétexte pour me débarrasser d'un loisir qui était devenu progressivement une corvée, que mes billets se faisaient de moins en moins fréquents, et que j'avais de plus en plus de mal à me renouveler.

En paix avec ma conscience, je laisserai toutefois ces vipères siffler au fond du puits de l'anonymat qu'elles ne quitteront jamais, tandis qu'un chat à la main et la pipe sur les genoux, je goûterai de temps en temps à la nostalgie de l'époque à laquelle j'étais un dieu vivant du web.

Afin de ne pas briser trop brutalement le coeur de mes innombrables groupies, j'ai cependant décidé unilatéralement d'un préavis d'un mois avant le dépôt de bilan. Avec un peu de chance, cela me laissera le temps d'achever et poster une partie des billets qui dorment depuis des semaines sur mon disque dur.

Le décompte commence maintenant.

Cherchez l'erreur

Il y a des ghettos en France.
Donc les Français sont racistes.
De nombreux habitants des ghettos sont français.
Donc, les habitants des ghettos sont racistes.
Donc, les Français sont racistes envers les racistes.
Donc, les Français sont anti-racistes.

(Marche aussi avec le Québec et les Québécois)